Les villages historiques des Aurès en Algérie
un patrimoine culturel à valoriser

Sonia Mechiat
Université de Constantine 3, Algérie

Résumé :

La notion de patrimoine culturel est présentée dans cet article comme un élément de reconnaissance de la richesse et de la valorisation de lieux porteurs de mémoire et qui peuvent donc constituer un facteur de développement local dans certaines régions. En effet, le patrimoine culturel reflète l'identité d'un lieu, relie la population à son passé, garantit les identités locales et permet le développement économique et touristique. Notre article traite de la question du patrimoine culturel, de sa valorisation et de sa protection dans la région montagneuse et rurale des Aurès en Algérie. C'est une question qui reflète les préoccupations d'une certaine catégorie de la population locale et de nous-mêmes en matière de sauvegarde de cette richesse contre les formes de négligence. Car la région des Aurès est riche en potentialités culturelles et en villages historiques mais pauvre en actions du fait de l'absence totale d'une politique de promotion et de valorisation de son patrimoine culturel et naturel, ce qui l'a rendue mal connue et sous-développée touristiquement.

Mots-clés :

villages historiques, patrimoine, culture, tourisme, Aurès.

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The historic villages of the Aurès in Algeria
A cultural heritage to be developed

Sonia Mechiat
University of Constantine 3, Algeria

Abstract:

The notion of cultural heritage is presented in this article as an element of recognition of the richness and the valorisation of places that are bearers of memory and that can therefore constitute a factor of local development in certain regions. Indeed, cultural heritage reflects the identity of a place, connects the population to its past, guarantees local identities and allows economic and tourist development. Our article deals with the issue of cultural heritage, its enhancement and protection in the mountainous and rural region of the Aurès in Algeria. It is an issue that reflects the concerns of a certain category of the local population and of ourselves in terms of safeguarding this wealth against forms of neglect. For the Aurès region is rich in cultural potential and historical villages but poor in actions due to the total absence of a policy of promotion and enhancement of its cultural and natural heritage, which has made it poorly known and underdeveloped for tourism.

Keywords:

historical villages, heritage, culture, tourism, Aurès.

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Texte :

Introduction :

En Algérie, l'extension urbaine se fait à un rythme spectaculaire. Il s'agit d'un phénomène complexe qui brouille l'opposition classique entre villes traditionnelles et villes nouvelles.

Dans les villages vernaculaires connus pour leur mode de vie et leur style architectural originaux et spécifiques, ce phénomène anarchique pose de nombreux problèmes car il n'est pas compatible avec les spécificités culturelles et naturelles des milieux traditionnels, tant par son ampleur que par son accélération rapide. Ainsi, la généralisation excessive d'un modèle standard dit moderne dans une société traditionnelle et conservatrice, telle que la société rurale, altère l'originalité du paysage et accélère, par son pouvoir attractif, le déclin et la dévalorisation d'un riche patrimoine architectural, entité essentielle du patrimoine culturel national.

Dans une société rurale ou montagnarde comme celle des Aurès, où le poids de la tradition est encore fort et où le patrimoine culturel et naturel est remarquablement riche et diversifié, le processus de développement doit s'appuyer largement sur la valorisation de ces ressources et potentialités endogènes.

1 - Aperçu sur l'Aurès :

Cette partie de l'Algérie a toujours été habitée par les Chaouia (Berbères)(1), qui forment la majorité de cette région aux côtés des Arabes. Ce territoire chaoui se résume au massif des Aurès, et se divise en deux parties distinctes : le versant saharien et le versant de la plaine des Sbakhs. Bien qu'il soit connu géographiquement par ses montagnes, il présente une grande diversité de paysages : de vastes plaines au nord et au nord-est où prédominent l'élevage et la céréaliculture et d'importantes oasis au sud et au sud-est où prédominent les palmiers et le maraîchage. Entre les plaines et les oasis s'intercalent plusieurs chaînes de montagnes, totalement dénudées au sud et relativement boisées au nord, dont les points culminants sont Ras Keltoum dans le mont de Chélia (2328 m d'altitude) et le Djabel Al Mahmel (2321 m d'altitude).

Le massif des Aurès est creusé par quatre vallées, deux importantes qui sont la vallée de l'oued Labiod et la vallée de l'oued Abdi et deux secondaires qui sont la vallée de l'Oued el-Kantara et la vallée de l'Oued el Arab ou se trouve un riche patrimoine culturel. Selon l'idée de Danièle Jemma Gouzon : "A l'Aurès la vallée constitue la colonne vertébrale de toute la vie économique et sociale elles se distinguent entre elles par les formes des habitations"(2). Grâce à leur patrimoine valorisé, ces vallées peuvent devenir l'une des meilleures destinations touristiques d'Algérie.

2 - Présentation de l'espace :

L'Aurès se distingue par un patrimoine culturel et naturel riche et varié, qui en fait l'une des meilleures destinations touristiques d'Algérie. Les villages historiques de cette région, à l’instar de ceux de la Kabylie ou de la vallée du M'zab, se distinguent par une particularité dans l'architecture et une spécificité dans la topographie et le climat. Ces contraintes naturelles ont guidé l'homme de la région à prendre toutes les mesures possibles pour harmoniser son habitat avec cet environnement naturel, dont les techniques de construction sont encore visibles aujourd'hui et révèlent le génie de ses bâtisseurs.

Cet espace immense est composé de plusieurs villages nommés localement "Dechras"(3) géographiquement presque identique, avec un monde divers sur le plan des modes de vie et des cultures traditionnels qui sont les premières sources d'inspirations et d'attractivités des touristes fanent de la culture, mais qui reste peu ou pas valorisé. Une situation qui nous laisse entrevoir un grand désir pour leur sauvegarde et leur mise en valeur.

En effet, ces villages sont généralement perchés sur des montagnes, habités par des tribus unies par une histoire, fondée sur des pratiques sociales et culturelles identiques. C'est une entité compacte qui représente l'aboutissement de l'habitat vernaculaire, un habitat qui suit souvent le cours des différents oueds, où se trouvent les terres fertiles, car la fusion entre l'oued et la terre cultivable conditionne la formation des "Dechras".

Ces villages étaient également le centre d'un large éventail d'activités artisanales, comme le confirme le Lt. Colonel Delartigue qui a déclaré que dans ses derniers : "On y travaillait la laine et le poil de chèvre, le fer, le cuir, la terre, l’alfa. Il y avait aussi des babouchiers et des bijoutiers"(4). Mais, bien sûr, le travail essentiel était celui de la terre avec une pratique d’irrigation extrêmement ancienne et particulière.

Cependant, à l'Aurès nous distinguons trois types de Dechra qui sont :
- Dans la vallée de l'Oued Labiod, le bassin central, les Dechras prennent la forme de maisons, accrochées à la pente, face à la vallée, grimpant les unes sur les autres et formant une succession de terrasses, la terrasse de l'une servant de seuil à l'autre, jusqu'au sommet couronné par un grenier collectif, appelé localement "Guelâa"(5).
- Dans le canyon de l’Oued Labiod, bassin méridional les Dechras prennent une forme différente de celle du bassin central selon la description de Mathea Gaudry "les Dechras sont incrustées au flanc du roc vertical comme les antres de fauves ou déposées tout au sommet, à l’extrême bord des falaises comme des repaires d’oiseaux de proie"(6).
- Dans la vallée de l’oued Abdi nous trouvons un troisième type : les villages sont construits de la même manière que dans les autres vallées, perchés sur des hauteurs au-dessus des vergers étroits qui suivent les rivières mais avec une absence de la Galâa.

Comme nous venons de le voir, les dechras sont le plus souvent placés le long des vallées, parfois sur une petite hauteur à flanc de rocher, parfois sur une petite hauteur au-dessus de l'oued, et parfois ils sont perchés sur une butte isolée, comme c'est le cas du village Rhoufi.
Enfin, les Dechras de l'Aurès semblent émerger de la roche pour ne faire qu'un avec elle.

Concernant les zones habitées elles sont depuis longtemps situées sur les sommets et les flancs des collines escarpées. Les fonds de vallée sont des terres arables. Ce schéma socio-économique est reproduit dans l'ensemble des vallées.

En effet, la Dechra aurèssienne dans son ensemble obéit à une certaine hiérarchie spatiale, c'est-à-dire que l'espace est divisé en trois parties distinctes : privée, où se trouvent les habitations et les forteresses (Galâa) ; sacrée, où sont établis les espaces religieux de la mosquée et de la Zaouia ; et publique, où se pratiquent les rituels qui rythmaient leur existence selon les cycles saisonniers.

Il faut noter que la stratégie de regroupement des villages traditionnels dans cette région ne se limite pas au seul espace résidentiel, en réalité d'autres espaces socioculturels et économiques sont présents afin de satisfaire les besoins et les exigences des populations autochtones. Il s'agit généralement d'espaces de culte, d'éducation et de rassemblement qui renforcent les liens entre les membres d'une même communauté.

3 - Mode de vie :

Le monde berbère est diversifié en termes de modes de vie traditionnels, de densités humaines, de cultures matérielles et d'insertions géopolitiques. Chaque communauté se distingue des autres par ses mythes et ses valeurs, ainsi que par ses activités agropastorales et ses coutumes. Chaque culture doit s'adapter à l'environnement naturel dans lequel elle se trouve, selon une tradition appropriée aux conditions particulières d'existence.

Comme toutes les sociétés maghrébines, la société aurèssienne était fondée sur l'institution maraboutique qui avait été intégrée dans leur mode de vie et jouait "un rôle plus sociale et politique que véritablement religieux"(7). L'existence de ces institutions est attestée dans presque toutes les tribus, d'où la présence fréquente de zaouïas. Ces dernières étaient le plus souvent situées près des mosquées et formaient ainsi un espace culturel. En plus de ces pratiques religieuses, des rituels selon des cycles saisonniers ponctuaient leur existence.

4 - Facteurs menaçant le patrimoine culturel :

La région des Aurès connaît depuis plusieurs années une expansion urbaine rapide qui pose plusieurs difficultés spatiales, culturelles, environnementales et socio-économiques nécessitant des interventions urgentes des différents acteurs.

Aujourd'hui, le style architectural, les techniques de construction et les matériaux utilisés sont étranges par rapport à l'environnement rural ou de montagne et introduisent la plus grande rupture dans le paysage et dans l'histoire culturelle, sociale et économique de la région. Cette modernisation a entraîné un changement dans tous les éléments du paysage : les matériaux de construction et leur utilisation, les maisons et leurs fonctions, l'esthétique de l'architecture... Il est en effet paradoxal que les villages historiques et traditionnels de la région des Aurès, qui recèlent des richesses culturelles, archéologiques, historiques, paysagères et naturelles uniques, ne fassent pas l'objet d'un processus de développement basé sur ce potentiel endogène inestimable.

Les profondes mutations dans les villages historiques de cette partie du pays ont entraîné une accélération du développement urbain qui a rapidement transformé l'image du paysage traditionnel. Il faut noter que le problème de l'avenir des tissus traditionnels, qui se pose à l'échelle nationale dans toutes les villes et tous les villages historiques ayant subi un développement urbain accéléré, se pose dans les Aurès en termes de survie et de développement interne des tissus anciens d'une part, et de relation entre ces derniers et le reste de l'agglomération d'autre part.

En conséquence, les villages historiques et traditionnels ont souvent tendance à perdre leur cohérence fonctionnelle, parallèlement au développement d'autres cohérences contemporaines dans la ville moderne, même si les fonctions originales de ce patrimoine ont parfois dû s'adapter à ses nouvelles réalités.

La confrontation et la rupture qui en résultent posent des problèmes fondamentaux pour l'avenir des villages historiques, du patrimoine culturel et de l'équilibre de l'espace rural et montagnard dans son ensemble. Néanmoins, l'intérêt pour le patrimoine culturel des villages historiques est croissant, car il constitue une manifestation remarquable d'un retour à l'identité culturelle et un véritable facteur de développement touristique et de promotion économique.

5 - L'Aurès des richesses patrimoniales à valoriser :

1. Protection du patrimoine culturel dans la région des Aurès :

L'habitat dans les villages historiques des Aurès, devrait être protégé en tant que patrimoine culturel algérien. Une telle mesure s'inscrirait directement dans le cadre défini par la recommandation de l'UNESCO 1972 qui définit comme patrimoine culturel, entre autres(8):
- Les ensembles : groupes de constructions isolées ou réunies qui, en raison de leur architecture, de leur unité, ou de leur intégration dans le paysage, ont une valeur spéciale du point de vue de l'histoire, de l'art ou de la science.
- Les sites : zones topographiques, œuvres conjuguées de l'homme et de la nature qui ont une valeur spéciale en raison de leur beauté ou de leur intérêt du point de vue archéologique, historique, ethnologique ou anthropologique.
Après avoir considéré que chaque pays a "l'obligation de sauvegarder cette partie du patrimoine de l'humanité et d'en assurer la transmission aux générations futures" et rappelé que "chaque bien du patrimoine culturel est unique et que la disparition de l'un d'eux constitue une perte définitive et un appauvrissement irréversible de ce patrimoine". Cette recommandation définit aussi un ensemble de principes de protection parmi lesquels on peut citer celui qui a trait à la politique nationale de gestion des biens de :
- patrimoine culturel : "chaque Etat devrait formuler, développer et appliquer, dans la mesure du possible et en conformité avec sa réglementation constitutionnelle et sa législation une politique nationale dont l'objectif principal consiste à : coordonner et à utiliser toutes les possibilités scientifiques, techniques, culturelles et autres en d'assurer une protection, une conservation et une mise en valeur efficaces de patrimoine culturel et naturel".

En effet, les villes et villages historiques en tant que patrimoine sont porteurs de valeurs essentiellement liées aux significations de leur identité. Ils représentent la dimension historique et singulière d'un lieu et d'un contexte social. Leur mise en valeur contribue à la préservation de l'identité culturelle d'une population ou d'un lieu.

2. L'intérêt au patrimoine :

L'intérêt pour la sauvegarde du patrimoine culturel se traduit par la reconnaissance croissante du rôle de la conservation de cette richesse culturelle et historique dans le processus de développement. Dans ce contexte, les acteurs de la conservation du patrimoine culturel doivent être conscients de la rentabilité économique d'une gestion efficace de ces biens culturels. En outre, les monuments et les sites, rigoureusement protégés et gérés efficacement, sont des facteurs clés pour attirer les touristes et constituent de véritables moteurs d'investissement. Pour ces raisons, la bonne gestion du patrimoine culturel est désormais un élément clé de la politique de planification et d'aménagement du territoire et de développement.

3. Les travaux d'inventaire du patrimoine culturel :

Compte tenu de la vitesse à laquelle de nombreuses villes historiques disparaissent et tombent en ruine dans la région des Aurès la nécessité d'une opération d'inventaire devient plus urgente que jamais. En outre, la photographie et les documentaires télévisés les concernant seront peut-être le seul moyen de documenter l'histoire de ce patrimoine culturel d'une valeur universelle inestimable après quelques années. Dans ce cas, l'ouverture des directions du patrimoine auxquelles seront confiées ses actions sera une nécessité afin d'assurer la meilleure gestion de cet héritage(9) en collaborations avec d'autres acteurs (Tourisme, culture, urbanisme, archéologie...).

Il est important de commencer à archiver et à centraliser toute la documentation existante sur ce patrimoine. Des méthodes de conservation minutieuses doivent être utilisées pour préserver les documents relatifs à l'histoire et à la valeur de l'architecture vernaculaire dans les villages historiques, qui est aujourd'hui sérieusement dégradée et risque de disparaitre.

6 - Le tourisme culturel dans les villages historiques :

Le tourisme culturel doit être pris en compte dans les études de développement touristique. C'est le rôle des autorités locales, en concertation avec la population locale, de participer à ces études et de donner des orientations pour la mise en valeur du patrimoine culturel, y compris l'architecture vernaculaire.

Le patrimoine culturel des villages historiques est une attraction très impressionnante pour les touristes, il brille à leurs yeux. Il doit être promu dans le sens d'un approfondissement des connaissances des étrangers sur les coutumes et la culture des habitants de ces villages, notamment ceux situés le long des vallées.

L'intérêt des touristes pour la visite des villages historiques ou traditionnels pourrait être développé en les intégrant dans les itinéraires culturels le long des vallées pour assurer leur survie.

7 - Villages historiques en tant que patrimoine en Algérie :

Malgré l'intérêt accordé aux villes et aux villages historiques dans les textes législatifs, plusieurs régions aux richesses culturelles pouvant répondre à toutes les motivations inhérentes au tourisme et favoriser le développement économique du pays ont été oubliées. C'est-à-dire qu'au moment où l'Etat était occupé par les problèmes de sécurité du pays, il est arrivé qu'au même moment, d'immenses richesses patrimoniales culturelles et naturelles soient négligées et exposées aux différents aléas du temps. Ceci est particulièrement vrai dans les zones montagneuses ou rurales où se trouvent les meilleurs villages historiques.

Ces villages, qui remplissaient des fonctions vitales dans la vie des sociétés traditionnelles, sont aujourd'hui vides et considérés comme précaires, le village historique Rhoufi dans les Aurès étant le meilleur exemple de cette réalité.

Cette situation révèle que la notion de patrimoine ou de patrimoine commun et ses valeurs socioculturelles ne représente aucun intérêt pour la majorité de la population locale ou même pour les acteurs locaux et reste confinée dans les textes et lois relatifs à sa protection. Et ce, malgré le fait qu'il s'agisse d'une richesse qui mérite d'être respectée, valorisée et transmise aux yeux de la population à laquelle elle appartient, comme le stipule la Charte du patrimoine bâti vernaculaire, 1999 (ICOMOS). La conséquence d'un tel sentiment peut être résumée dans une attitude qui s'exprime généralement par la phrase suivante : "manque de crédibilité envers sa propre culture"(10).

Cette particularité algérienne découle d'une réalité historique dont les effets se font lourdement sentir aujourd'hui. Cette situation amène les pouvoirs publics à accorder une attention plus sérieuse et particulière à la préservation et à la mise en valeur de la richesse patrimoniale du pays. Cela exige de nouvelles stratégies qui nécessitent des textes qualitatifs, intégrant l'intérêt économique de ce patrimoine longtemps ignoré, nous précisons ici que les possibilités d'investissement touristique autour des valeurs culturelles et historiques de cette richesse ont été laissées de côté, ce qui ne permettra pas l'amélioration de l'offre touristique et son extension au tourisme culturel.

Il convient de noter que l'absence d'une telle stratégie a conduit et encouragé, jusqu'à présent, toutes les formes de dégradation et d'atteinte au tissu ancien (démolition et fragilisation des bâtiments et de leur imbrication, modification de la composition sociale du lieu). C'est pourquoi il est impératif de renouveler les approches en s'adaptant aux nouvelles réalités et exigences, et d'investir dans une démarche cohérente et responsable qui prendra en compte les dimensions culturelles, économiques et sociales de ce patrimoine et son intégration dans la ville contemporaine.

Dans ce contexte, le résultat de cette étude est que le territoire des Aurès est riche en potentiel culturel mais pauvre en action en raison de l'absence d'une politique de promotion et de valorisation de son patrimoine, ce qui l'a rendu mal connu et sous-développé touristiquement.

Nous pensons qu'il est important aujourd'hui de rompre avec la vision réductrice qui consiste à concevoir les zones de montagne ou rurales uniquement d'un point de vue écologique. Aujourd'hui, il est plus que nécessaire d'opter pour une approche globale permettant la préservation du patrimoine culturel et naturel et l'amélioration des conditions de vie de la population locale dans une vision intégrée du développement durable. Car la recomposition de ces zones (de montagne) reste une condition préalable à leur revitalisation et à leur intégration dans la dynamique de développement économique, social et culturel du pays.

Conclusion :

Cette région a connu ces dernières années d'importantes mutations spatiales, culturelles, environnementales et socio-économiques, nécessitant un effort particulier de la part des différents acteurs pour la revitaliser à des fins touristiques éminentes.

Ces profondes mutations de cette partie du territoire national ont notamment entraîné de grands changements dans les pratiques et cultures ancestrales ainsi que des transformations de l'image du paysage traditionnel. Dès lors, la problématique spécifique du patrimoine culturel des Aurès se pose avec une acuité particulière.

Il est encore souvent négligé et marginalisé au profit d'autres stratégies de développement. C'est en effet un véritable paradoxe que cette région, qui recèle une richesse culturelle, archéologique, historique, paysagère et écologique unique, ne dispose pas d'un processus de développement basé sur ce potentiel endogène inestimable.

Cette situation appelle à la mobilisation des efforts pour la mise en œuvre d'une stratégie de développement dans l'espoir de sauver de la disparition les derniers témoignages d'un potentiel culturel inégalé.
A cet égard, nous considérons que la question de la finalisation sociale et économique de la protection du patrimoine culturel nécessite le développement de nouvelles approches et méthodes par lesquelles les acteurs de la culture et du patrimoine doivent travailler avec ceux de l'action économique, de l'aménagement du territoire et du développement local et social.

Nous pensons que le développement économique et social de cette région sera basé sur le tourisme, dont le patrimoine culturel sera une forme particulière dans cette stratégie.

Notes :
1 - "L'aire historique des Berbères couvre toute l'Afrique du Nord, de l'Egypte à l'Atlantique, de la Méditerranée aux régions saharo-sahéliennes. Mais l'Algérie et le Maroc sont les pays où la présence berbère est la plus marquée". Voir, Daniele Jemma Gouzon : Villages de l'Aurès, archives de pierres, ouvrage paru dans collection "histoire et perspectives méditerranéennes", Editions l'Harmattan, Paris 1989.
2 - Ibid., p. 31.
3 - Les dechras sont organisées par et pour une société agraire qui, installée et adaptée au site depuis une longue période, a acquis un équilibre et par là-même, une pérennité". http://encyclopedieberbere ; revues.org/258.
4 - Lt. Colonel Delartigue : Monographie de L'Aurès, documents sur Batna et sa région, Constantine 1904, p. 208.
5 - La Galâa était le symbole de l’unité économique et social des dechra. Le plus souvent elles sont édifiées loin des espaces cultuels (mosquée, zaouia, école coranique et même cimetière). Cette richesse architectural était soit collective pour l'ensemble des tribus, soit appartenant à une seule tribu. Elle est construite le plus souvent sur le point le plus haut et cela afin de dominer tout le village, elle jouait également le rôle d'une tour de contrôle, à accès difficile et distant des villageois, elle renferme toutes les richesses du groupe, produit de son activité agro-pastorale.
6 - Mathea Gaudry : La femme chaouia de l'Aurès, étude de la sociologie berbère, Editions Chihab - Awal, p. 34.
7 - Encyclopédie berbère 8/Aurès - Azro, p. 35.
8 - Recommandation concernant la protection sur le plan national du patrimoine culturel et naturel adoptée par la Conférence générale de l'Unesco à sa dix-septième session, Paris, le 16 novembre 1972.
9 - Car actuellement la gestion de ce dernier et confiée à la direction de la culture.
10 - UNESCO, Patrimoine et développement durable dans les villes historiques du Maghreb contemporain : Enjeux, diagnostics et recommandations, rapport du bureau de l'UNESCO à Rabat, Bureau multi pays pour : Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie, et Tunisie, p. 126.
Références :
1 - Rapport du bureau de l'UNESCO à Rabat, Bureau multi pays pour : Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie, et Tunisie.
2 - Delartigue, Lt. Colonel : Monographie de L'Aurès, documents sur Batna et sa région, Constantine 1904.
3 - Encyclopédie berbère 8/Aurès - Azro.
4 - Gaudry, Mathea : La femme chaouia de l'Aurès, étude de la sociologie berbère, Editions Chihab - Awal.
5 - Gouzon Daniele, Jemma : Villages de l'Aurès, archives de pierres, ouvrage paru dans collection "histoire et perspectives méditerranéennes", Editions l'Harmattan, Paris 1989.
6 - L'encyclopédie berbère.
7 - Recommandation concernant la protection sur le plan national du patrimoine culturel et naturel adoptée par la Conférence générale de l'Unesco à sa dix-septième session,Paris, le 16 novembre 1972.
8 - www.revues.org/258.
Pour citer l'article :

* Sonia Mechiat : Les villages historiques des Aurès en Algérie, un patrimoine culturel à valoriser, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 21, 2021. http://annales.univ-mosta.dz

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