Cheikh Ahmadou Bamba Mbacke
un rénovateur et poète

Dr Baye Ibrahima Mbaye
Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal

Résumé :

Cette présente étude cherche à mettre en exergue la corrélation qu’il y a eu entre la production poétique de Cheikh Ahmadou Bamba et son action rénovatrice. En effet, le Cheikh a pu, grâce à sa grande sagesse, à son sens élevé de l’action et à sa poésie militante et d’inspiration religieuse, insuffler une nouvelle vie à la société sénégalaise amplement éprouvée par des forces rétrogrades aussi bien endogènes qu’exogène. Cependant, si son mouvement de rénovation est couronné de succès c’est parce qu’il s’est essentiellement appuyé sur un soufisme orthodoxe au service de la communauté.

Mots-clés :

Cheikh Ahmadou Bamba, poésie, rénovation, soufisme, savoir.

***
Cheikh Ahmadou Bamba Mbacke
A renovator and poet

Dr Baye Ibrahima Mbaye
Cheikh Anta Diop University of Dakar, Senegal

Abstract:

This current study aims to highlight the correlation between the poetic production of Cheikh Ahmadou Bamba and his renovating action. Indeed, the Sheikh managed, thanks to his great wisdom, his high sense of action and his militant poetry and religious inspiration, to breathe new life into Senegalese society deeply affected by retrograde forces as well endogenous ones. However, if his movement for renewal is successful, it is because it has mainly relied on orthodox Sufism in the service of the community.

Keywords:

Cheikh Ahmadou Bamba, poetry, renovation, Sufism, knowledge.

***

Texte :

Introduction :

Le Sénégal a connu du XVIe au milieu du XXe siècle l’une des périodes les plus sombres de son histoire marquée par une lutte sans merci entre les Ceddo aristocrates jaloux de leur indépendance et de leurs privilèges, les Marabouts soucieux de leurs projets de société et les Colonisateurs préoccupés par l’accomplissement d’une prétendue "mission civilisatrice" pour mieux exploiter les ressource du pays. Cependant, ce combat a tourné à l’avantage de ces derniers à cause de la supériorité de leur armement, mais aussi du fait de l’absence d’alliance entre les différentes forces du pays qui ne manquaient pas de se livrer à des guerres intestines judicieusement exploitées par l’ennemi pour les affaiblir davantage, et dérouler une politique d’assimilation et un régime administratif soutenus par un système répressif dont la violence fut rarement égalée.

Eprouvée par ces désillusion et différents chocs et oppressions subis presque de toute part, la population tente désespérément de se refugier à une religion musulmane presque vidée de sa substance. En effet, son orthodoxie n’est plus de mise et ses fondamentaux sont bafoués(1) et l’ignorance règne en maître, l’animisme gagne du terrain et les mœurs sont dépravées.

Et c’est dans ce contexte tendu et chargé de déchéance spirituelle, morale et sociale, marqué d’humiliation, d’injustice, de suspicion, de terreur, d’angoisse, de haine et de repli identitaire qu’apparait, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacke dont le projet de réforme religieuse et sociale pourrait constituer une alternative au projet colonial et une solution aux différentes crises auxquelles la population sénégalaise est généralement confrontée.

C’est ainsi que cet article intitulé : "Cheikh Ahmadou Bamba Mbacke, rénovateur et poète", tentera d’étudier, par une approche analytique, la corrélation qu’il y a entre la poésie et la rénovation du Cheikh en répondant aux questions que voici : en quoi le Cheikh Ahmadou Bamba peut-il être considéré comme un rénovateur ? Comment son projet de rénovation se manifeste-il à travers sa poésie ?

1 - Cheikh Ahmadou Bamba, un rénovateur en Islam :

L’Islam a, depuis sa naissance, fait face à toutes sortes de défis et de menaces hétérodoxes. C’est pourquoi de grandes figures de proue se sont succédées depuis la fin du règne des califes orthodoxes confirmant ainsi le hadith du Prophète, paix et salut de Dieu sur lui, rapporté par Abû Dâwud : "Certes Allah enverra à cette communauté (un individu ou un collectif) qui renouvellera sa religion à chaque début de siècle"(2). Donc ce hadith confère au rénovateur (mujaddid) toute sa légitimité religieuse, tout en ne précisant pas ses caractéristiques qui devraient permettre de le reconnaître plus facilement. Il montre également qu’Allah veille sur la communauté qui a toujours besoin d’un ou des guides éclairés qui raffermissent et renfoncent sa foi et lui permet de faire face aux défis.

En effet, la rénovation est une invite permanente à un retour aux sources de l’Islam pour redonner à cette religion toute son originalité et l’éloigner de toutes sortes de déviationnisme découlant de l’ignorance, des innovations blâmables, des mauvaises interprétations des textes, etc.

Ainsi, le rénovateur se charge de "vivifier ce qui est vétuste dans la pratique du Livre et de la Sunna et ordonner leurs exigences"(3).

Le rénovateur doit être un homme d’exception pétri de qualités morales, guidé par un sentiment de sincérité envers son Seigneur, attaché à l’orthodoxie, versé dans les sciences religieuses, éloigné des clivages sectaires et en avance sur son temps.

Ainsi, parmi les plus célèbres rénovateurs musulmans qui semblent faire l’unanimité on peut signaler, ‘Umar b. ‘Abd al-‘Aziz (m. 101 AH), al-Imam al-Shâfi‘î (m. 203 AH), Ahmad b. Hanbal (m. 241 AH), Abou al-Hasan al-Ash‘arî (m. 324 AH), Abou Hâmid al-Ghazâlî (m. 505 AH) et Ibn Taymiyya (m. 728 AH)(4). Donc, tout savant musulman dont l’action s’inscrit dans la continuité de l’œuvre des ces augustes rénovateurs peut être, à juste titre, considéré comme un mujaddid (rénovateur).

Né à Mbacké Baol (région de Diourbel du Sénégal) en 1853, Cheikh Ahmadou Bamba est apparu dans un contexte particulièrement difficile pour le Sénégal qui, pour faire face à ses défis de tous ordres, attendait l’homme providentiel, le guide charismatique qui devrait le délivrer.

Conscient de l’inégalité des rapports de forces et tirant profit des échecs de beaucoup de ses devanciers, le Cheikh a adopté plusieurs voies dont celle du réformisme pacifique devant lui permettre d’être un solide rempart contre les agressions extérieures et un refuge pour le peuple qu’il veux libérer en lui rendant toute sa dignité humaine par le bais d’un retour aux valeurs intrinsèques de l’islam basées, surtout, sur le savoir, tout en déclarant dans un de ses poèmes : "Aucune autre religion différente de l’Islam ne sera agréée auprès du Seigneur et c’est par cette religion que nous menons notre rénovation"(5).

Appréciant à sa juste dimension la mission colossale et exaltante qui l’attend en tant que rénovateur, le Cheikh s’est très tôt rué vers toutes les sciences sans la maîtrise desquelles son projet serait voué à l’échec. C’est pourquoi, après une étude approfondie des sciences religieuses, il a accordé aux sciences linguistiques et littéraires une attention particulière ; ce qui explique sa maîtrise rarement égalée des arcanes de la langue et de la poésie arabes, outils principaux sur lesquels il comptait s’appuyer pour mener à bien son projet.

Cependant, sachant qu’une bonne connaissance des sciences religieuses et linguistiques ne saurait suffire pour réaliser ses objectifs, il s’est très tôt attelé à atteindre une certaine élévation spirituelle. Et il manifestait, dès sa plus tendre enfance, sa répulsion à l’égard des biens de ce bas-monde duquel il se détachait petit à petit, en menant une vie solitaire et effectuait des voyages d’imprégnation auprès des grands soufis d’alors, ce qui lui a permis d’échanger avec eux, de s’imprégner de leurs tarîqa (confrérie) et de leurs différents wirds (litanies) et de capitaliser ainsi une expérience à nulle autre pareille qui fera de lui un des héritiers légitimes du Prophète, paix et salut de Dieu sur lui, et des fondateurs de ces tarîqas(6).

En outre, il a toujours fait preuve d’une piété et une véritable crainte référentielle de Dieu, clefs des sciences justes et véridiques, car en déclarant : "Craignez Allah et Il vous enseignera"(7), le saint Coran, nous résume parfaitement la relation qu’il y a entre la piété et la science. Et cette science, que Dieu se charge d’enseigner Lui-même à Son élu est celle qui illumine le cœur et l’esprit de ce dernier et lui rapproche davantage de Lui.

Cependant, même si, comme le soutiennent certains exégètes, la science visée dans ce verset coranique n’est pas celle profane, il est important de souligner que Dieu, par cette piété, peut faciliter à Son esclave une inspiration divine grâce à laquelle il bénéficiera d’une maîtrise extraordinaire des sciences non religieuses, comme le Cheikh l’a si bien noté dans ses vers : "Mon Seigneur m’a fait don, grâce au Kun (sois !), d’une science qui ne s’acquiert par l’apprentissage"(8).

"Dieu a conduit vers moi la totalité des sciences, que Le très Généreux, Le très Expérimenté et Le très Savant soit exalté"(9).

Donc, à regarder ces vers de plus près, il apparaît clair que la piété et la crainte révérencielle de Dieu lui ont procuré les sciences aussi bien ésotériques qu’exotériques, une véritable grâce divine accordée par Dieu qui "donne la Sagesse à qui Il veut"(10).

Au-delà du fait qu’il disposait d'une foi inébranlable en Dieu, socle de toute rénovation religieuse, et plaçait les enseignements du Coran et de la Sounna par-dessus tout, le Cheikh, en tant que rénovateur devait se parer de toutes les qualités humaines possibles. C’est pour quoi, il fit preuve de grandeur morale et spirituelle qui lui permet de s’élever au-dessus de la mêlée et d’annoncer la couleur dès la disparition de son père, Mame Mor Anta Saly (m. 1883), cadi et jurisconsulte hors pair, en rejetant l’offre alléchante que lui avaient faite les compagnons de ce dernier et qui consistait à collaborer avec le roi du Cayor, Lat Dior Diop (m. 1886), afin de bénéficier des prébendes y afférant :

"Ils m’ont dit : va t’agenouiller devant les souverains, tu gagneras ainsi des récompenses qui te suffiront à tout instant.

Je leur ai rétorqué que Dieu me suffit, je m’en tiens à Lui, et je ne me satisfais que de la science et de la religion"(11).

Ces vers montrent à suffisance toute la dimension de sa foi en Dieu, mais aussi sa maîtrise de soi, son abnégation et son engagement résolu vers la recherche permanente du savoir et l’application stricte de la vraie religion.

Cependant, la constante dans cette attitude héroïque que certains de ses compatriotes considéraient comme une défiance face aux chefs locaux et au système colonial lui a valu, d’une part, l’admiration et la reconnaissance d’une bonne franche de la population, et d’autre part la calomnie, les plaintes et complaintes de certains chefs (locaux) religieux et traditionnels courtisans et le ressentiment du colonisateur qui a mobilisé tout l’appareil répressif de son administration pour l’exiler, le déporter ou le placer en résidences surveillées pendant quatre décennies.

Cependant, ces nombreuses et différentes épreuves qui faisaient partie de son quotidien lui ont été doublement bénéfiques en ce qu’elles lui ont permis de gravir des stations(12), mais également de renforcer son endurance physique et morale et de raffermir sa patience héroïque et inaltérable nécessaires dans sa mission de rénovateur.

Ainsi, s’il a pu faire face à tous ces acharnements et atrocités, c’est parce qu’il a d’abord gagné son combat contre soi dans son "jihad al-nafs" et subjugué toutes sortes de passions pouvant constituer une entrave sur son chemin. C’est pourquoi il dit : "L’Ame charnelle, les Créatures et Satan ont cessé de vouloir me nuire, le Bas-Monde (qui séduit) cherche la paix avec moi"(13).

En outre, son ouverture d’esprit et sa capacité de tolérance lui ont été d’un grand apport. En effet, le fait de s’abreuver des différentes tarîqas (Qâdriyya, Tijâniyya...), de pratiquer leurs wirds et d’autoriser ses disciples à les pratiquer(14) et de dépasser des clivages confrériques, son crédo lui a facilité sa réconciliation avec les sénégalais d’une part, mais la réconciliation de ces derniers avec l’Islam par le biais du mouridisme, d’autre part.

Le Cheikh s’adosse ainsi sur un patrimoine solide lui permettant d’initier une rénovation essentiellement basée sur la science.

2 - Cheikh Ahmadou Bamba, le poète rénovateur :

La déclaration du Professeur Amar selon laquelle Cheikh Ahmadou Bamba est "le plus illustre poète sacré musulman, l’écrivain le plus fécond de la littérature arabo-islamique du Sénégal, le marabout qui a le plus marqué son siècle par son œuvre, sa pensée et sa conduite"(15), permet d’appréhender, la dimension de sa poésie consacrée essentiellement à la louange à Dieu, à l’exaltation de la gloire du Prophète, paix et salut sur lui, au dogme, au mysticisme, à la didactique, à la jurisconsulte, à la morale, entre autres thèmes. C’est pourquoi il est difficile, voire impossible de faire l’inventaire de sa poésie, aussi abondante que variée, léguée par ce poète fécond et hors pair pour qui les chercheurs ont, compte non tenu des nombreux manuscrits perdus ou jalousement gardés par des dignitaires mourides pour des raison que nous ignorons, "recensé 999 odes dans la salle des manuscrits arabes de l’Institut fondamentale d’Afrique noire (I.F.A.N)"(16), à en croire Amar Samb. Comment pouvait-il en être autrement quand on sait que sa poésie est d’inspiration religieuse et qu’elle est, pour lui, le moyen efficient d’accéder à la grâce divine, d’enseigner et d’éduquer ses disciples et de véhiculer son message rénovateur.

Il a, par ailleurs, accordé une importance particulière à la forme de sa poésie et recouru aux différents procédés poétiques pour rendre à son œuvre toute sa dimension esthétique et mettre en reliefs ses idées, c’est ce qui ressort de la déclaration de Ferdinand Dumont : "Rien ne manque à ce style très arabe ; les mots qui jouent entre eux, presque d’eux-mêmes, s’attirent se repoussent ou s’enchaînent, les réminiscences qui plaisent, parce qu’on les a déjà devinées"(17).

Ainsi, pour ce qui est de la technique prosodique, le mètre de la prosodie le plus fréquent dans sa production poétique est le rajaz, comme ce fut le cas dans (Jazb al-qulûb), mais il n’en demeure pas moins que les autres mètres tels que al-tawîl (le long), al-basît (le simple), al-khafîf (le leger)... sont utilisés respectivement dans les poèmes Muqaddimât al-Amdâh, Huqqa al-bukâ’ et ’Innanî ‘udhtu...

Mais pour mieux se libérer des carcans de la métrique arabe ancienne et pouvoir se départir du monorime, notre poète s’est beaucoup appuyé sur le Muwashshah et recourir à plusieurs rîmes dans un même vers et de rendre ainsi son œuvre poétique beaucoup plus vivante, comme ce fut le cas dans "Jazb al-qulûb" et "Mawâhibou an-nâfi’" où chaque vers est coupé en quatre "hémistiches" dont les trois portent une rime différente de celui du quatrième. Il dit(18):

يا من أجابا من استجابا هب لي إجابا في ذا النداء

Au surplus, le Cheikh a également fait preuve d’une maîtrise de l’art de l’acrostiche et composé souvent des poèmes dont les initiales lues verticalement forment un des beaux noms d’Allah ou de Son prophète, un verset du Coran, un Hadith, etc. Il a excellé dans cette technique difficile et y a consacré des recueils de poèmes entiers tels celui de "Fulk al-Mashhûn", tout comme il a recouru au procédé abécédaire en consacrant les premières lettres de chaque vers de ses poèmes à une lettre de l’alphabet arabe tout en suivant strictement l’ordre établi.

La recherche et la détention d’un savoir utile sont pour le Cheikh un véritable sacerdoce, en ce qu’elles constituent l’une de ses meilleures armes privilégiées pour libérer les peuples de l’emprise de l’obscurantisme "religieux", épurer les pratiques religieuses et lutter contre la politique d’assimilation des colons.

Et la science qui l’intéressait est celle liée à la crainte référentielle de Dieu car, "Certes celui qui ne craint pas le Seigneur des deux mondes, n’est pas un savant même s’il a épuisé tous les domaines du savoir", a-t-il martelé(19).

Donc, le Cheikh invitait les musulmans à une recherche effrénée et permanente du savoir qui doit soutenir toutes leurs actions et leur donner un sens, car "la science et l’action constituent deux essences, pour le bien-être (qu’ils procurent) dans les deux mondes"(20).

Il importe dès lors de souligner ici que même si cette articulation entre la science et l’action est essentielle dans la réforme d’une société où l’ignorance et l’oisiveté dictaient leurs lois, le savoir prime sur l’action et doit la soutenir, la conduire et la légitimer.

"Sache, frère, que la science est mieux que l’action / étant son fondement. Heureux est celui qui l’a acquise !"(21).

Ainsi, en bon pédagogue averti, il invita tous ceux qui s’intéressent à la science à se fixer d’objectifs classés par ordre d’importance :

"Fixez–vous quatre objectifs, au début de l’apprentissage, pour que vous bénéficiiez de la guidance (divine),

Le premier est de sortir de l’égarement et le second d’être utile aux créatures du Détenteur de la Majesté,

Le troisième est de vivifier les sciences et le quatrième de pratiquer ce qui est appris"(22).v Donc, il apparait de ces vers toute la dimension religieuse et social d’un savoir utile, en ce sens que le Cheikh prie tous ceux qui s’y intéressent d’avoir essentiellement comme intension son réinvestissement au bénéfice de la communauté, afin de la sauver des illusions dues à l’ignorance. Tout comme ils constituent une mise en garde contre ceux dont l’intension est d’exploiter le savoir qui pour se mettre en valeur, qui pour assoir sa domination, qui pour critiquer leurs adversaires et concurrents.

Il importe aussi de souligner le rôle non négligeable que le Cheikh a conféré à la poésie dans la recherche et la divulgation du savoir, surtout à une période où les livres inscrits dans les programmes d’enseignement étaient soit trop longs, soit inaccessibles, soit hermétiques, parce que composées pour une société et à une époque différentes de celles du Cheikh. Ainsi, après avoir apprécié - à sa juste valeur - les productions de ses devanciers dans les Itinéraires du paradis, il déclare : "Mais leurs ouvrages à cause de leur longueur démesurée, la plupart (des apprenants) de cette génération s’y renoncent"(23).

Et il a, dans une note adressée à ses disciples, après les avoir invités à apprendre toutes les sciences nécessaires pour l’accomplissement d’un bon musulman, pris l’engagement de composer, pour eux, des ouvrages dans tous ces domaines du savoir(24). C’est ainsi qu’il s’est lancé dans la poésie didactique en versifiant, entres autres, des ouvrages de fiqh, de grammaire, de morale, de dogme, de soufisme tout en les enrichissant d’idées et de commentaires de son cru. Risâla Abî Yazid al-Qayrawânî, al-Muqaddima al-Ajrûmiyya, Ummu al-Barâhin d’al-Sanûsi et Khâtimat al-Tasawwuf de al-Yadâlî, sont mis en vers et deviennent respectivement : Fayd al-Ghaniyyi al-mughnî, Sa‘âdat at-tullâb wa râhat tâlib al-i‘râb, Mawâhib al-Quddûs et Masâlik al-jinân. Par conséquent le Cheikh est parvenu à vivifier les sciences religieuses et profanes en mettant à la portée des apprenants et des chercheurs une bibliothèque très fournie. C’est dans ce sens qu’il dit dans ses odes : "Mes écrits diffusent les sciences religieuses en rénovant la voie du Prophète par la plume, car ses traces sont effacées"(25).

Donc, le Cheikh semble de manière explicite justifier son action rénovatrice soutenue par ses écrits en général et par sa poésie, en particulier. Et cette rénovation s’explique, en dernière analyse, par le fait que la sunna est en berne et que l’orthodoxie n’est plus de mise. Raison pour laquelle il dit dans son poème intitulé Tazawwudu al-Shubbân que la Sunna "est presque devenue à cette époque comme les vestiges effacés d’une maison du fait de la disparition des musulmans orthodoxes,

Or, le modèle des devanciers est écarté au profit des innovations embellies pour la nouvelle génération,

Précipitez vous donc volontiers vers la quête du savoir tout en cherchant tous l’agrément de Dieu"(26).

Donc, après avoir dressé un portrait sur la situation religieuse du pays où la Sunna est supplantée par l’innovation blâmable et les pieux devanciers ne servent plus de modèles, il intime aux jeunes l’ordre de se ruer vers le savoir utile, seul remède pour juguler le mal.

En outre, le Cheikh a rendu à la science toutes ses lettres de noblesse, en la considérant comme le véritable moyen de mener aussi bien le véritable jihad contre tous les ennemis : les envahisseurs et l’âme charnelle.

C’est ainsi qu’il répond, dans son poème "Yâ jumlatane", aux accusations fallacieuses selon lesquelles il a regroupé un arsenal d’armements pour faire le jihad armée : "Je mène, certes, le jihâd par les sciences et la crainte (de Dieu) / en tant qu’adorateur et serviteur du Prophète et l’Hégémonique en est témoin"(27).

Il confirme d’abord les accusations du colonisateur avant de les balayer d’un revers de main et de retourner contre lui son propre argument. Donc, il s’est effectivement engagé dans le jihad, mais avec les "armes" qui vaillent, c’est-à-dire la science et la crainte de Dieu, les meilleures des provisions.
Et cette forme de jihad a donné les fruits escomptés, si l’on en juge la réussite du Cheikh à créer une communauté épargnée du projet de l’assimilation culturelle du colonisateur et fortement imprégnée des valeurs de l’Islam et profondément enracinée dans la tradition sénégalaise.

Ce suprême jihad est soutenu par une poésie dont l’impact est plus efficace que les armes des envahisseurs. Il dit dans un poème : "Mes écrits tiennent lieu, sans conteste, de sabres et d’épées chez les gens du Livre"(28).

Au surplus, le Cheikh a aussi, par le savoir, œuvré à sauver son peuple de toute forme de stéréotype et de préjugé, et à valoriser l’homme noir en lui rappelant avec force : "La couleur noire de la peau ne constitue nullement / une source de stupidité de l’homme ou de son inintelligence"(29).

Dans ce vers notre poète magnifie l’homme noir sur lequel il porte un nouveau regard valorisant tout en le mettant en garde contre les clichés dépréciatifs et dévalorisants, mais aussi la victimisation dont il souffre sans cesse.

C’est peut être pour lutter contre le complexe d’infériorité culturelle qu’il aurait préférer faire toutes ses humanités au Sénégal, et mettre en relief l’estime et la confiance qu’il a porté au savants de ce pays, alors qu’à son époque, la Mauritanie était le lieu de passage obligé de presque tous les sénégalais qui rêvaient porter un jour la conne du savant et acquérir ses lettres de noblesse.

C’est pourquoi, il invite particulièrement les chercheurs à s’affranchir de ces perceptions négatives pour ne pas se méprendre, à cause de la couleur de sa peau, de la valeur intrinsèque de ses poèmes : "Ne te laisse jamais abuser par ma condition d’homme noir pour ne pas profiter (de mes écrits)"(30).

En outre, le Cheikh a tenté de mettre en garde ses compatriotes contre tout passéisme déguisé consistant à réserver exclusivement l’excellence aux anciens, en déclamant : "Ne réserve pas la grâce de Dieu le très haut / au seul devancier ; car tu serais ignorant"(31).

Certes, ce débat entre dans le cadre de la querelle des anciens et des nouveaux, mais le mérite, du Cheikh est d’attirer l’attention des disciples sur le fait que la valeur d’un homme ou d’une production intellectuelle ne réside pas essentiellement sur leur ancienneté, car l’ancien était nouveau et le nouveau deviendra immanquablement ancien.

Donc, à travers sa poésie le cheikh invite les hommes à bannir certaines perceptions qui souvent altèrent le jugement porté sur l’objet étudié et entraînent des connaissances souvent subjectives et illusoires.

Pour comprendre la nouvelle démarche soufie de Cheikh Ahmed Bamba, il suffit de s’arrêter sur la description qu’il fait du soufi accompli :

"Le vrai soufi est un savant, mettant réellement sa science en pratique, sans transgression d’aucune sorte.

Il devient ainsi pur de tout défaut, le cœur plein de pensées justes.
Détaché du grand monde pour se consacrer au service et amour de Dieu, considérant sur le même pied d’égalité le louis d’or et la motte de terre.
Semblable à la face de la terre, sur qui, on jette toute impureté, faisant l’objet des plus durs traitements.

Mais qui ne donne jamais que du bien. Comparables aux nuages qui déversent partout ses ondes, sans discrimination...

Celui qui atteint ce stade est un soufi. Celui qui n’en n’ai pas là est qui se dit soufi est un imposteur"(32).

A regarder ces vers de plus près on se rend compte que le soufisme du Cheikh est très loin de celui contemplatif et superficiel de beaucoup de ses devanciers. Il a prôné dans ses chef-œuvres poétiques tels que les Itinéraires du paradis, Faut-il pleurer les saints, l’Eclaireur des cœurs, les cadenas de l’enfer, etc., un retour à un soufisme orthodoxe incarné par un homme abreuvé d’une science utile, imbu d’une morale sans faille, détaché des futilités de ce bas monde, extrêmement endurant et humble, profondément tolérant et généreux et résolument tourné vers Dieu.

Son action est donc d’autant plus justifiable qu’il a fait l’état de la société dont le niveau de dégradation spirituelle et morale est tel que beaucoup de Cheikhs qui passaient pour des soufis accomplis et qui devaient servir de référence aux jeunes, n’étaient, en fait, que de "faux dévots": "Il est, en effet, évident que la plus part des cheikhs de cette époque se montrent perfides,

Certains parmi eux, ont une propension à dominer, cherchant sans scrupule, assujettir les esprits par leur ascendance"(33).

Autrement dit, il a du soufisme une perception active et fonctionnelle qui lui a permis de faire un choix qui sortait du registre des possibilités consistant pour les sénégalais, en général, à évoluer dans la sphère des tarîqas al-Qâdriyya et al-Tijânyya. C’est pourquoi il a pratiqué toutes ces deux voies. Mais faisant preuve d’une aspiration débordante vers son Seigneur et sachant qu’au meilleur des cas, il ne pourra - dans ces tarîqas - dépasser le grade de Cheikh ou celui de Mouqaddam, il prend sur lui la lourde responsabilité de frayer une nouvelle voie appelée, plus tard par ses disciples "le Mouridisme", et fait du Prophète –paix et salut de Dieu sur lui - son unique maître.

Le mourîd est un ainsi tout aspirant dont le seul souci est de bénéficier de l’Agrément de Dieu, comme il l’a si bien soutenu dans l’une de ses odes : "L’aspirant ne cherche jamais à réaliser que l’agrément du Seigneur partout où il se dirige"(34).

Dans ce vers notre poète appréhende négativement et, de manière implicite, toute forme de fanatisme ou d’excès consistant à négliger le dogme et à considérer la sunna comme épiphénomène.

En fait, l’originalité du Cheikh c’est d’avoir emprunté le vocable "murid" qui est un terme commun à tous les aspirants qui, dans le but accéder à la proximité du Tout Puissant, ont emprunté la voie des élus sous le guide d’un cheikh accompli. Donc, ce choix relèverait du fait qu’il cherchait à transcender les clivages confrériques et communautaires qui ne manqueraient, si on n’y prend garde, de saper les fondements même de cette religion.

C’est peut être pour cette même raison qu’il a pratiqué les wird Qâdirî, Shâdhilî et Tijânî avant d’utiliser son propre wird et qu’il les a prodigués, tous, à ses disciples, car "chacun d’eux appelle les aspirants et les incite à l’adoration du Maître du Trône, où qu’ils soient,
Tous les wirds sont dans la rectitude et la probité ; garde-toi d’en mépriser ou d’en critiquer aucun, dans ta vie"(35).

Donc, le Cheikh a administré à ses concitoyens des exemples de bonnes pratiques en théorisant l’importance des wirds avant de les pratiquer, pour ainsi montrer que la diversité peut et doit être source d’harmonie et de progrès pour la communauté.

Sachant que la transmission du savoir par l’enseignement théorique ne saurait être un objectif en soi en ce qu’il ne peut, à lui seul, suffire pour former l’homme accompli dans toutes ses dimensions et faisant sienne le Hadith du Prophète, paix et salut de Dieu sur lui, son modèle par excellence qu’il a œuvré sans cesse à réhabiliter la voie, "Je n’ai été envoyé que pour parfaire les bonnes mœurs"(36), le Cheikh ne pouvait que faire de l’éducation la pierre angulaire de son action et de donner un sens à l’apprentissage des tâlibés.
En effet, son choix est d’autant plus important que cette forme d’éducation permet de prendre en charges tous les talibés âgés ou ayant des contraintes les empêchent de suivre l’enseignement théorique. C’est pourquoi le dâra classique implanté dans tous les villages créés à cet effet, cohabitait avec le dâra tarbiyya qui faisait office de laboratoire pour expérimenter et appliquer ce qui a été appris en théories et où l’enseignement est exclusivement dispensé en wolof avec des supports didactiques variés. Il visait, d’abord, à doter au tâlibé une certaine assise morale devant embellir les actions découlant de son apprentissage, car il faut savoir "que la meilleure parure dont l’homme puisse se parer, est la bonne conduite partout où il passe"(37). Et la bonne conduite ainsi qu’il ressort de ce vers englobe toutes les qualités humaines possibles qui doivent soutenir la vie active du mourid que le Cheikh invite fortement à entreprendre et à promouvoir l’éthique au travail : "Travaillez dur dans la recherche de ce qui est licite, c’est ce qui vous approche de Celui qui détient la Majesté"(38). Le travail permet à l’aspirant, non seulement de s’émanciper économiquement, mais lui donne l’opportunité de libérer sa foi et d’être utile à la communauté, c’est pour quoi notre poète soutient que "la recherche du gain licite est un droit qui incombe, sans illusion, à tout musulman"(39). Il apparait donc clair qu’à travers cette injonction, le Cheikh combattait toute forme d’inaction et de passiveté qui, à n’en pas douter, constituent une entrave à une autre dimension non moins importante de son action, al-khidma. Tant il est vrai que sans le khidma par le biais duquel le disciple est aux services de sa communauté, le kasb al-halâl n’aura aucun sens, car le kasb consiste à mener un travail pour en tirer un profit, alors que le khidma est un service rendu à autrui pour l’amour de Dieu(40). Donc, le disciple doit être un serviteur achevé de Dieu à travers ses créatures l’image de Khadîm ar-Rasûl qui, sachant que le meilleur des services est celui rendu à Allah et à son Envoyé, il a déclaré :

"O vous compagnons de l’Envoyé d’Allah ! Je suis quant à moi son serviteur épris de vous pour l’Amour de Dieu, et Dieu en est témoin"(41).

Donc, récusant toute sorte de soufisme exclusivement monastique et contemplatif, le Cheikh a élevé le travail au degré de culte, ce qui confère au mouridisme une dimension sociale non négligeable, car "à la suprême abnégation de l’ascète isolé, socialement inutile, Ahmadou Bamba a préféré une vie de dévouement au sein de son peuple"(42).

De ce fait, le Mouridisme est "une voie de globalité où la vie spirituelle et la vie matérielle sont indissociables"(43), ce qui explique la réussite de cette voie où le disciple doit être un fidèle serviteur de Dieu et un acteur foncièrement social.

Conclusion :

C’est pendant l’une des périodes les plus troublantes de son histoire que Dieu a gratifié la communauté de Cheikh Ahmadou Bamba, soufi orthodoxe féru de sciences et pétri d’indulgence, doté d’une foi inébranlable et poète de première classe dont la profondeur des idées et la beauté de la forme forcent le respect.

Conscient du contexte historique, social et religieux difficile dans lequel gisait le pays, le Cheikh a pris sur lui la lourde responsabilité d’accourir au secours des populations, qui plaçaient en lui un espoir incommensurable, de dérouler son projet de rénovation. Cependant ; il importe de souligner qu’il y a une relation dialectique très poussée entre la poésie du Cheikh et sa rénovation, en ce sens que si la poésie a pu exploiter les thèmes portant sur la rénovation et en faire ses choux gras, cette dernière s’est servie de la poésie comme support pour véhiculer ses messages et atteindre ses cibles.

C’est pourquoi son œuvre poétique aussi bien militante que moraliste et didactique retrace, en partie, les contours de son action rénovatrice visant à assainir les pratiques religieuses, ébranler les certitudes et perceptions illusoires et rendre à l’homme toute sa dignité humaine.

Et pour ce faire, il a placé au cœur de sa de rénovation, la quête et l’acquisition d’un savoir utile articulé à l’action qu’il considère comme un article de foi. Et la corrélation qu’il a faite entre le savoir et le khidma montre à suffisance la dimension sociale, culturelle voire économique de son soufisme, en général et du mouridisme, en particulier.

Donc à travers son projet il a légué à la postérité une production poétique de haute facture, formé une communauté attachée à l’orthodoxie musulmane, dévouée et consciente du rôle sociale qui l’incombe et valoriser l’homme noir sans cesse écartelé entre l’occidentalisation et l’arabisation. Bref, le Cheikh "a libéré le sénégalais pour le diriger vers Dieu et lui faire occuper sa place. C’est le sens, le seul à mon avis, qu’il convient de donner à son message"(44).

Notes :
1 - Le saint Coran est mémorisé pour être chanté dans les Tâkhurân. C’est le mot "al-Khur’ân" qui est déformé pour donner un wolof Tâkhouân qui est un chant dans lequel on mélange souvent le Coran et le wolof, et accompagné de percussions et de danses. C’est une séance organisée dans les champs pour galvaniser davantage les cultivateurs.
2 - Cf. Abū Dāwud : Sunan, kitāb al-malāḥim, bāb mā yuḏkar fī qarn al-miʾa, n° 4291.
3 - Abd al-Muhsin al-Abbâd : Šarḥ sunan Abî Dâwud, t.11, 2e éd., Dâr al-Kitâb Beyrouth, 1995, p. 260.
4 - Muhamed Ḥassânîn Ḥassan Ḥassânîn : Tajdîd ad-dîn, mafahimuhû, aṯâruhû wa dawâbiṭuhû, (s.l.), 1e éd., 2007, p. 105.
5 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbaké : Fulk al-mašûn al-maṣnû‘ min aḏ-ḏikr al-maṣûn,T.1, p. 5.
6 - Abd Allah al-‘Alawî As-Šanqîṭî : An-Nafaḥât al-miskiyya fî as-sîra al-bakkiyya, établi par Mouhamed B. Dramé et Abou Madyan Chouaybou, ar- râbiṭa al-khadîmiyya, 2e éd., Touba 2019, p. 66-67.
7 - Le saint Coran, al-Baqara, V.282.
8 - Mouhamadou Lamine Diop : Irwâ’ an-nadîm min ‘aḏb ḥubbi al-ẖadîm, manuscrit établi par Mouhmed Chakroun, Mu’assasat al-Azhar, Sénégal, p. 234.
9 - Mouhamadou Lamine Diop : op. cit., p. 235.
10 - Le saint Coran, al-Baqara, V.269.
11 - Mouhamadou Lamine Diop : op. cit., p. 60.
12 - Cf. Amar Samb : "L’œuvre littéraire de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké", communication à l’occasion de la semaine culturelle sur la vie et l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba, organisé au Sénégal du 15 au 23 juillet 1977. Source Oumar Ba : Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1898-1927), p. 241.
13 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Al-Mîmiyya, in Dîwân fî Amdâh khayr al-mursalîn, Traduit par Serigne Sam Mbaye, dâr al-Kitâb, Maroc, 1989, p. 154.
14 - Cf. Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Minan al-bâqî al-khadîm, manuscrit établi par Šu’ayb Kébé p. 60.
15 - Amar Samb : op. cit., p. 233-243.
16 - Ibid., p. 234.
17 - "Essai sur la pensée religieuse d’Amadou Bamaba, (1850-1927)", Thèse de Doctorat de 3e cycle, UCAD, FLSH, Dakar, 1968, p. 9.
18 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Mawâhib an-nâfi’fî madâ’iḥ aš-šâfi’, in Diwân fî amdâḥ khayr al-mursalin, p. 106.
19 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Masâlik al-jinân, manuscrit, Traduit par Serigne Sam Mbaye, p. 12.
20 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Maghâliq an-nîrân wa mafâtiḥ al-jinân, in Dïwân al-‘ulûm ad-dîniyya, Dâr al-Amân li an-našr wa at-tawzî’, 1e éd., 2019.
21 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Masâlik al-jinân, manuscrit, p. 21.
22 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Maghâliq an-nîrân wa Mafâtiḥ al-jinân, in Dïwân al-‘ulûm ad-dîniyya, p. 441.
23 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Masâlik al-jinân, p. 14.
24 - Cf. Mouhamed Lamine Diop : op. cit., p. 72.
25 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Šafar Madḥ syyidinâ, in Diwân al-amdâḥ al-nabwiyyat wa al-ṣalwât ‘alâ al-nabyyi al-hâšimî, manuscrit, (s.l.), p. 112.
26 - Mbacké Cheikh Ahmadou Bamba : Tazawwudu al-Šubbân ilâ ittibâ‘ al-Malik ad-dayyân, in Dïwân al-‘ulûm ad-dîniyya, p. 572.
27 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Yâ jumlatan, https://almaktabatou almouridiya.wordpress.com
28 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Recueil des poèmes en acrostiche. Cf. Ahmadou Bamba Al-khadim Mountakha Mbacké : Al-Qâ’id al-rabbânî, al-Ma‘ârif al-jadîda, Rabat, 2e éd., 2019, p. 56.
29 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Masâlik al-jinân, in Diwân al-‘ulûm ad-dîniyya, p. 299.
30 - Ibid.
31 - Ibid.
32 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Masâlik al-jinân, p. 62.
33 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Masâlik al-jinân, in Diwân al-‘ulûm ad-dîniyya, p. 386.
34 - Mouhamadou Lamine Diop : op. cit., p. 68.
35 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : op. cit., p. 312.
36 - Hadith, Sahîh Muslim, vol. 3, p. 53.
37 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : op. cit.
38 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Maghâliq an-nîrân wa mafâtiḥ al-jinân, p. 447.
39 - Ibid.
40 - Ahmadou Bamba Al-khadim Mountakha Mbacké : Al-Sheykh Ahmadou al-khadîm al-qâ’id al-rabbâni, Sénégal, 2019, p. 118.
41 - Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké : Muqaddimat al-Amdâḥ, in Dîwan Amdah khyr al-mursalîn, Traduit par Sergne Sam Mbaye, p. 29.
42 - Fernant Dumont : "Cheikh Ahmadou Bamba et le Mouridisme sénégalais", in Oumar Ba : op. cit., p. 217.
43 - Ndiaye Maguéye : Al-Murîdiyya, Une confrérie musulmane sénégalaise, l'Harmattan, Sénégal, 2021, p. 217.
44 - Cheikh Tidiane, Sy : "Le travail dans la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba", in Oumar Ba : op. cit., p. 224.
Références :
* - Le saint Coran.
1 - Abū Dāwud : Sunan Abî Dāwud.
2 - Al-Abbâd, ‘Abd al-Muhsin : Šarḥ sunan Abî Dâwud, 2e éd., Dâr al-Kitâb Beyrouth, 1995.
3 - Al-Šanqîṭî, ‘Abd Allah al-‘Alawî : An-Nafaḥât al-miskiyya fî as-sîra al-bakkiyya, établi par Mouhamed B. Dramé et Abou Madyan Chouaybou, ar- râbiṭa al-khadîmiyya, 2e éd., Touba 2019.
4 - Ba, Oumar : Ahmadou Bamba face aux autorités coloniales (1898-1927).
5 - Diop, Mouhamadou Lamine : Irwâ’ an-nadîm min ‘aḏb ḥubbi al-ẖadîm, manuscrit établi par Mouhmed Chakroun, Mu’assasat al-Azhar, Sénégal.
6 - Ḥassânîn, Muhamed Ḥassânîn Ḥassan : Tajdîd ad-dîn, mafahimuhû, aṯâruhû wa dawâbiṭuhû, (s.l.), 1e éd., 2007.
7 - Maguéye, Ndiaye : Al-Murîdiyya, Une confrérie musulmane sénégalaise, l'Harmattan, Sénégal, 2021.
8 - Mbacké, Ahmadou Bamba Al-khadim Mountakha : Al-Qâ’id al-rabbânî, al-Ma‘ârif al-jadîda, 2e éd., Rabat, 2019.
9 - Mbacké, Cheikh Ahmadou Bamba : Dïwân al-‘ulûm ad-dîniyya, Dâr al-Amân, 1e éd., 2019.
10 - Mbacké, Cheikh Ahmadou Bamba : Dîwân fî Amdâh khayr al-mursalîn, Traduit par Serigne Sam Mbaye, dâr al-Kitâb, Maroc, 1989.
11 - Mbaké, Cheikh Ahmadou Bamba : Fulk al-mašûn al-maṣnû‘ min aḏ-ḏikr al-maṣûn.
12 - Muslim : Sahîh Muslim.
13 - Samb, Amar : "L’œuvre littéraire de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké", communication à l’occasion de la semaine culturelle sur la vie et l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba, organisé au Sénégal du 15 au 23 juillet 1977.
Pour citer l'article :

* Dr Baye Ibrahima Mbaye : Cheikh Ahmadou Bamba Mbacke, un rénovateur et poète, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 21, 2021. http://annales.univ-mosta.dz

***