Scolarisation de la fille et le développement dans
"Divorce de la descendance de Toumai"

Dr Robert Mamadi
Université Adam Barka d’Abéché, Tchad

Résumé :

Au Tchad, la scolarisation de la fille est négligée au profit de celle du garçon. Or, la fille peut participer au développement de sa localité au même titre que son frère. La lecture actantielle de "Divorce de la descendance de Toumaï" de Makaoura Simon rend bien compte de cet état de chose. L’auteur a réussi à traiter le thème du développement en passant par la scolarisation de la fille. Il ne perd pas de vue le mariage exogamique et la tradition qui sont les obstacles apparents à l’utilité de la fille. En effet, il est question de comprendre comment l’auteur met en place l’idéologie de la quête et comment crée-t-il les adjuvants et les opposants aux ambitions de la fille ? Nous montrons que l’auteur inscrit bien l’œuvre dans une logique de quête et que la sémiotique convient bien à une telle étude. En quittant pour les études et en se mariant, Bétourou avait un plan de développement de son village. Malgré les oppositions, elle s’est fait aider pour réussir ses vœux. Les résultats montrent que malgré, quelques oppositions, elle a réussi à unifier son peuple et lui proposer des projets de développement avec la complicité de son père et de ses amis.

Mots-clés :

fille, scolarisation, opposants, adjuvants, développement.

***
Schooling of the girl and the development in
"Divorce of the descendants of Toumai"

Dr Robert Mamadi
Adam Barka University in Abéché, Chad

Abstract:

In Chad, the schooling of the girl is neglected with the profit of that of the boy. However, the girl can take part in the development of her locality as well as her brother. The reading of characters of "Divorce de la descendance de Toumaï" by Makaoura Simon gives account of this fact. The author succeeded in treating the topic of the development while passing by the schooling of the girl. He does not lose sight of the fact the marriage exogamic and the tradition which are the apparent obstacles with the utility of the girl. Indeed, we want to understand how the author sets up the ideology of the search and how he created the additives and the opponents with the ambitions of the girl? We show that the author registered well work in a logic of search and that semiotics is appropriate for such a study. While leaving for the studies and while marrying, Bétourou had a plan of development of its village. In spite of the oppositions, it was made help to make a success of its wishes. The results show that in spite of, some opposition, she succeeded in unifying her people and to propose to him projects of development with the complicity of her father and his friends.

Keywords:

girl, schooling, opponents, additives, development.

***

Texte :

La littérature tchadienne, l’ensemble des œuvres produites par les écrivains tchadiens prises du point de vue de patrimoine national depuis l’indépendance, traitent divers thèmes dans plusieurs genres littéraires avec une finalité esthétique. Le roman, genre littéraire narratif racontant une histoire fictive, exprime divers sentiments à travers des thèmes bien connus. La notion de la quête y occupe une place prépondérante. "Scolarisation de la fille et le développement dans "Divorce de la descendance de Toumaï" de Makaoura Simon" est choisi à titre illustratif pour une étude sémiotique avec le schéma actantiel de Julien Algirdas Greimas. La sémiotique permet de connaître l’intention des actants. Comment l’auteur met en place l’idéologie de la quête et comment crée-t-il les adjuvants et les opposants ? Telle est la problématique que nous voulons traiter.

Pour trouver la solution à cette interrogation, notre méthodologie consiste à relire sémiotiquement l’œuvre. Il s’agit pour nous de montrer que l’auteur inscrit bien l’œuvre dans une logique de quête et que la sémiotique sied bien à cette étude. Tout au long du travail, il sera question de mener une étude actantielle basée sur le résultat dans l’œuvre du corpus. En hypothèse, supposons que l’héroïne, en quittant pour les études et en se mariant, avait un plan de développement de son village et que malgré les oppositions, elle s’est fait aider pour réussir son plan. Les résultats montrent que malgré, quelques oppositions, l’héroïne réussit à développer son village. Les qualités de l’héroïne et sa mission ; les opposants et les adjuvants au vouloir du sujet et la sanction finale constituent l’ossature de cet article.

1 - La consécration de l’héroïne :

La consécration est "l’acceptation ou la confirmation publique de quelque chose ou de quelqu’un. Dans le domaine des lettres, elle peut être autonome, politique ou faite par les pairs"(1). Aujourd’hui comme dans la mythologie grecque, le héros reçoit une mission noble, risquée ou difficile. "Cahin caha", il arrive par son exploit et par des programmes métaphysiques à remporter la victoire. Aller étudier à Cosmossie afin de revenir sauver Bara-Madana de la misère et de la souffrance est la mission pour laquelle Bétourou, avec des qualités hors normes, a été divinement "choisie". Les qualités de l’héroïne et sa mission constituent la première partie de cet article.

1. Les qualités de l’héroïne :

La quête est faite, selon Vladmir Propp, par "un sujet qui dispose d’une qualité et d’une capacité répondant à l’invitation du destinateur à conquérir l’objet au bénéfice du destinataire"(2). Le sujet est pour Louis Hébert et Guillaume Dumont Morin, "ce qui est orienté vers un objet. La relation établie entre (lui) et l’objet s’appelle jonction. Selon que l’objet est conjoint au sujet... ou lui est disjoint..., on parlera, respectivement, de conjonction et de disjonction"(3). Il faut avoir une qualité pour prétendre réaliser un exploit. Qui cherche quoi et pourquoi le cherche-t-il ? Cette question implique, en sémiotique, la connaissance du sujet de la quête et du destinateur. Le sujet est celui qui recherche quelque chose de matériel ou de symbolique. Dans "Divorce de la descendance de Toumaï" de Makaoura Simon, les actions, dans l’œuvre, tournent autour du personnage de Bétourou, descendante de Toumaï, du village de Bara-Madana qui est allée à Cosmossie, en Europe pour suivre les études. Elle a eu à se marier à un Blanc, Nazer de Gonzalez qui l’aimait vraiment. Ceci, en soi est un atout pour la poursuite de sa mission en termes de soutien. Mais, de là, les problèmes vont jaillir. Bétourou, en héroïne, ne se laissera pas faire et s’autoproclamera sauveur de son peuple.

Jeune femme noire, belle et à la forme attrayante, Bétourou est une femme d’amour et de compassion. Elle a l’amour de soi, du prochain et de sa patrie. C’est ainsi qu’elle a quitté Bara-Madana pour Cosmossie dans le cadre des études. Face à son époux qui change de décisions sans son consentement, elle se montre douée en mots sensibles. Quand Nazer lui dit : est-ce que tu m’aimes vraiment ? Elle répond : "Je t’aime, mon cher, je t’aime ! La seule chose qui me console est d’entendre et de te voir clamer haut et fort notre amour. C’est la raison, au moins de mon existence, qui me fait plaisir pour l’instant"(4).

Bétourou, sujet, reçoit des autres actants le soutien dont elle a besoin afin de surmonter les difficultés lors de la quête de l’objet. La réussite la motive tellement et cela suscite l’aide de son époux, de ses parents et de ses amies, bref des adjuvants. Son engagement pour le développement de Bara-Madana sur tous les plans fait d’elle le sujet hors pair. L’espoir du village peut reposer sur elle.

2. La mission, l’objet et l’intérêt de la quête :

Selon Le Robert, la mission est une "charge donnée à quelqu’un d’accomplir une tache définie"(5). La mission est donc une tâche qu’on assigne à quelqu’un pour avoir un résultat. Le sujet peut aussi s’autoproclamer missionnaire pour une volonté générale. Dans "Divorce de la descendance de Toumai" de Makaoura Simon, Bétourou, dans le cadre des études, cherche un Master en Sciences sociales. Le diplôme est l’objet du voyage ou de sa quête. Elle s’est assignée cette mission pour une bonne raison : "quand j’étais venue ici, à l’université de Cosmossie, je me suis dit que je pourrai être la lumière de mon peuple après les études"(6). C’est l’image de l’étoile brillante ou du sauveur du peuple. C’est un sacrifice de soi pour les siens. L’intérêt de la mission, c’est d’aller étudier et rentrer à Bara-Madana avec un diplôme, le seul moyen de sauver le village qui, par des préjugés, semble être frappé par une sanction divine. Une fois arrivée au village, Bétourou dit :

"Je m’en vais vous dire ce que vous n’accepteriez pas certainement aujourd’hui mais qui sera la réalité de demain. J’ai décidé de rester auprès de mes parents. Pour être précis, je vous annonce ma décision unilatérale de divorcer... Que mon mari soit courageux. Regardez ces malheureux qui croupissent dans la misère ! Regardez ces aveugles qui ont besoin d’un guide ! Regardez ce village qui a besoin d’être construit ! Pour ces raisons, je suis incapable de repartir vivre seule le luxe de Cosmossie. Ce village, l’immensité de ses terres noires, a besoin de château d’eau, des centrales solaires, des tracteurs pour le développement agricole. La liste de ses besoins n’est pas exhaustive. Il doit être en un mot exploité"(7).

Ici, il y a un problème de mandat et de destinateur qui se pose. Le destinateur désigne l’actant qui a excité le désir en le sujet pour le motiver d’aller à sa quête. Bétourou veut sauver son peuple de la misère, elle destinatrice. Mais son père, Maitilao, nourrit la même idée. Il est aussi destinateur du projet. C’est lui qui décide sur proposition de sa fille de l’envoyer à Cosmossie pour étudier. C’est ainsi qu’il déclare dans sa lettre en disant "c’est cette nouvelle qui soulage un peu ta mère qui, frappée de l’amour maternel, s’évertue à m’accuser de t’avoir vendue à l’un de mes amis blancs, ancien combattant à Cosmossie"(8).

La quête est "faite au bénéfice du destinataire"(9). Le parcours de Bétourou pour une quête d’un objet consiste à procurer un avantage à son village. Ce dernier est le destinataire ou bénéficiaire de l’objet de la quête. En effet, sa préoccupation c’est d’amener à son village un changement florissant. C’est ainsi que Bétourou prend la décision unilatérale de divorcer pour bien s’occuper du village en y restant. Etant au village, tout ce qu’elle réalisera sera bénéfique à tout le village et non seulement à ses parents ou à elle seule qui sont des destinataires seconds. Une telle philosophie mérite un soutien.

2 - Les adjuvants et les opposants au vouloir du sujet :

Propp déclare : "Dans une quête, il y a toujours des opposants (Op) et des adjuvants (Adj) pour deux finalités possibles : la réussite ou l’échec du sujet. Cela est conditionné par le nombre des adjuvants ou des opposants, mais aussi par la détermination du sujet à surmonter les obstacles. Là, quel que soit le nombre des opposants, il réussit. Par ailleurs, une main invisible pousse les actions au succès sans un grand effort"(10).

Les adjuvants et les opposants à la quête constituent l’ossature de cette deuxième partie.

1. Les adjuvants de Bétourou :

"Dans la quête d’un objet noble, il y a toujours des adjuvants pour assister le sujet"(11). Les adjuvants sont les actants favorables qui contribuent à la réussite de la quête du sujet. Ils lui apportent toute sorte d’assistance (physique, morale et financière). Ils déploient leurs forces en faveur du sujet afin qu’il puisse entrer en possession de l’objet. C’est ainsi dans "Divorce de la descendance de Toumaï", Bétourou a reçu de la part de ses parents un soutien et une éducation qui lui ont permis de convaincre les amis qui l’ont accompagnée au village.

Maitilao, son père, l’encourage en disant : "Aie la tête haute ma fille. Il ne faut pas perdre de vue qu’à Cosmossie, tu représentes ta famille, ton peuple et ton pays"(12). Modenel-le-Tadion, sa grand-mère lui servait aussi de référence à Cosmossie quand elle dit : "Ma grand-mère, j’ai la chance de l’avoir connue. Elle me sert de référence jusqu’à même ici à Cosmossie. Elle possède des qualités extraordinaires"(13). Elle lui disait que pour échapper à un homme de verbe, il faut éviter de discuter avec lui. Bétourou est très fière d’elle au point de vouloir lui chanter un cantique.

Malgré le climat de l’Afrique à la température très élevée qui ne leur est pas convenable, de Cosmossie, les couples Lucie-Charles, Carole-Bikanane et Rose-Jean-Claude ont accompagné Bétourou à Bara-Madana parce qu’elle est très précieuse pour eux. Son mari, Nazer de Gonzalez, est aussi d’une grande utilité. Il lui a accordé la permission d’aller en Afrique. Bétourou exprime sa gratitude envers ses amis en ces termes :

"Je manque des mots pour vous exprimer toute ma reconnaissance et vous dire ce que je ressens, à ce moment historique de notre vie. Je dis simplement merci à chacun et à chacune de vous. Je remercie mon mari, le baron de Gonzalez de Cosmossie et Bikanane qui m’ont accordé leur soutien financier pour l’organisation de cette cérémonie. A vous, Charles et Jean-Claude, je vous dis sincèrement combien de fois votre présence est aussi précieuse pour moi, que pour toute la communauté madanoise. Carole, Lucie et Rose, merci mes chéries ! Merci pour l’honneur que vous m’avez fait, en traversant dans les airs, la logue et périlleuse distance depuis Cosmossie. Je n’oublie pas nos trois agents de protection et de sécurité, à qui toutes mes gratitudes seraient le prix d’encouragement de leur devoir. Vous tous avez, fait aujourd’hui, ce qui montre à suffisance que nous sommes liés à vie"(14).

Tout, comme par magie, se met au service de l’héroïne. Nous pensons aux facteurs qui participent à l’accomplissement de sa mission. Bétourou s’est rendue très belle à tel point que son mari ne peut résister à ses demandes :

"Elle ne portait qu’une robe courte et légère qui ne laissait rien ignorer de son splendide corps. Elle se frotta dans cet air contre son cavalier qui ne tarda pas à réagir... et Bétourou, par une ondulation répétée de hanche montra qu’elle admirait tant cet honneur... Bétourou resta coller contre lui, comme une abeille sur la fleur"(15).

De même, Bétourou utilisait des caprices pour convaincre son mari de la laisser repartir au village : "Alors, j’avais voulu passer à la vitesse supérieure en usant du pouvoir de charme féminin, les caprices. Le baron m’a accordé le voyage"(16).

Djaro s’oppose à sa mort. Il est son adjuvant quand il dit : "Bétourou ne doit pas mourir, si Bétourou meurt, nos ancêtres seront en colère contre nous. Elle est la fierté de tout le village"(17).

2. Les opposants de Bétourou :

Les opposants ce sont les personnages et les actants qui constituent l’obstacle pour le sujet lors de la quête de son objet. Dans l’œuvre du corpus, il y a des personnages qui agissent en défaveur du sujet. Ainsi, Nazer de Gonzalez, le mari à Bétourou constitue un obstacle pour elle. Elle est partie à Cosmossie dans le cadre des études et revenir aider son village mais lorsque le baron de Gonzalez s’est introduit dans son cœur, celle-ci regrette de l’avoir accepté et affirme :

"Quelques fois, je me demande si je ne me suis pas perdu en chemin. Quand j’étais venu ici, à l’université de Cosmossie, je me suis dit que je pourrais être la lumière de mon peuple après les études. Mais, la réalité est autre chose aujourd’hui. Tu as réussi à t’introduire dans mon cœur, et là, Dieu seul sait si je pourrais encore être la personne que j’avais voulu devenir"(18).

De même, les parents de Bétourou ne veulent pas qu’elle reparte à Cosmossie. Botar et Djaro étaient d’accord de la kidnapper. Botar est catégorique pour sa survie. "C’est trop tard, s’insinua Botar, tout en regardant le vide comme s’il regrettait sa décision. Le matin, continua-t-il, j’étais posté dans les branches de cet arbre. J’ai vu ce malheur fils de Nendoh, venu par quel signal on ne sait pas jusqu’ici. Malheureusement pour nous tous, il a trouvé et ramené au village les habits de Bétourou. Pour ne pas faire entrer les mouches dans ma bouche, ce mauvais garnement doit payer de sa vie ce soir, ce soir comme le font les chiens qui mangent les peaux d’autrui. Bétourou doit disparaitre également. Sinon que dirons-nous à cette multitude, à cette foule folle qui pleure, sans retenu, sur son cadavre ? Nos deux enfants doivent disparaitre que subsiste notre tradition. Nous ne prendrons aucun risque"(19).

Beaucoup de facteurs ont agi en défaveur de la mission du sujet, Bétourou. Les actants peuvent être des objets, des situations ou des idées. Nous citons par exemple le poids de la tradition. L’auteur souligne ce fait à travers ces propos : "Les folles lois de la tradition lui enlevèrent l’ouïe et le langage articulé. Elle ne pouvait ni crier, ni entendre"(20). Dans le souci de garantir la tradition, certains personnages ont dit : "Nos deux enfants doivent disparaitre pour que subsiste notre tradition. Nous ne prendrons aucun risque"(21).

Les parents de l’héroïne, surtout Botar et Djaro, veulent la tuer au nom de la tradition. C’est pour ces raisons même que son mari ne voulait pas qu’elle reparte au village. Mais, victime de la tradition, Bétourou déclare, triomphante :

"Chers parents et amis, ce n’est pas un fantôme qui vous parle, puisque je n’étais pas morte comme vous le croyez. Je suis seulement victime d’une tradition méchante et aveugle. Ce que vous avez enterré hier était mon sosie créé par les lions de notre tradition. Les lions de Bétourou ont voulu me cacher à mon mari. Ils ont voulu que je reste pour guider le développement du village"(22)? Ce passage présage la réussite de l’héroïne et sa volonté de travailler malgré tout pour le développement de son village.

3 - La sanction finale :

La sémiotique narrative considère le manque comme un élément déclencheur de l’action. La manipulation du projet de la quête crée pour elle un parcours narratif ayant une dimension sensible et phénoménologique comme c’est le cas dans l’œuvre du corpus. La sanction est l’évaluation de la capacité mise en œuvre dans un bon ou mauvais sens par le sujet. Elle est un jugement porté sur les actes posés pour l’accomplissement de la réussite ou l’échec d’une mission assignée à un personnage. Pour Claudine Bernier, "la sanction est aussi nommée la phase de reconnaissance parce que, à ce stade de l’analyse, le destinateur qui a déclenché l’action, revient pour évaluer les états transformés à la performance et la conformité de cette performance avec le contrat original du sujet-opérateur"(23). Cette dernière partie est enfin consacrée à la finalité de l’œuvre.

1. Du mariage au divorce :

Du point de vue cognitif et pragmatique, le sujet, Bétourou, était à la recherche d’un objet : aller étudier et revenir construire son village. Arrivée à Cosmossie, elle s’est laissé embarquer dans l’amour et se marier à Nazer de Gonzalez. En principe, elle est partie avec un but bien déterminé. Elle devait plutôt se concentrer sur ses études afin de finir dans les bonnes conditions et revenir comme prévu. C’est une péripétie créée par l’auteur pour donner provisoirement raison aux opposants. Si Nazer de Gonzalez constitue au départ un obstacle pour elle, c’est parce qu’elle n’a pas bien pris soin de sa mission. Arrivée à Bara-Madana avec ses amis, Bétourou demande le divorce, question de réaliser son rêve. Or, le mariage est pour le meilleur et le pire. Quel que soit le projet, elle ne devait pas divorcer. Même étant avec le mari, il est possible qu’elle puisse développer son village. Mais le sacrifice ne peut se mesurer sans la perte.

En effet, Nazer de Gonzalez aime tellement Bétourou à tel point qu’il ne veut pas la voir souffrir. Elle aime également son mari au point où il n’a pas été facile pour elle de prendre la décision de divorcer. L’héroïne cherche un moyen pour porter secours à son village.

2. Du retour au village et de la notion du développement :

Les parents de Bétourou ne voulaient pas qu’elle reparte avec son mari à Cosmossie. Elle devait rester avec eux pour leur apporter un changement. C’est ainsi que certains se sont transformés en lions pour la kidnapper et faire comprendre à son mari qu’elle est dévorée. Les parents ne devaient pas agir de cette manière. En Afrique et particulièrement au Tchad, ce sont les parents qui ont le pouvoir sur leur progéniture. Il suffisait de prendre une décision interdisant le retour à Cosmossie de leur fille. Mais, il faut mesurer l’amour de son mari par sa disparition. Fort de ce constat, certains parents veulent la mort des jeunes intellectuels qui peuvent contribuer au développement du village. Ils rendent la tâche difficile à l’héroïne au lieu de la motiver. L’auteur présente le défi.

Conclusion :

Au terme de notre travail, il convient de rappeler que "Divorce de la descendance de Toumaï" de Makaoura Simon présente des actants agissant en faveur ou non de Bétourou. Ces actes s’inscrivent dans la logique de la quête entreprise par le sujet et permettent aisément l’application du schéma de Greimas. Les six différents actants que sont les duos sujet-objet, destinateur-destinataire, adjuvant-opposant y sont représentés. Bétourou est le sujet qui recherche l’objet, le développement de son village. Elle-même et son père, Matilao qui a accepté l’envoyer à Cosmossie dans l’optique d’obtenir un diplôme et revenir développer le village Bara-Madana, sont les destinateurs du projet. Les amis de Cosmossie et son époux Nazer de Gonzalez sont des adjuvants. Par contre, Botar et certains parents sous le poids de la tradition se sont opposés au projet de Bétourou. Dans tous les cas, l’héroïne a réussi pour le bénéfice de son village. La sanction est méliorative sur le plan cognitif et pragmatique. On fête au lieu du deuil et l’héroïne appelle au travail. La désormais Maître en Sciences sociales est revenue voir sa grand-mère qui l’aime tant, son père qui la réclame et faire face à la sècheresse, le clanisme, le conflit agriculteurs-éleveurs, l’arnaque des autorités provinciales, la mauvaise gouvernance, les épidémies, l’escroquerie des agents de développement agricole et le poids de la tradition. C’est ainsi que Bétourou dit : "l’heure est venue à tout le peuple madanois de se mettre au travail. Nous allons travailler fort, pour la postérité de notre cher village"(24). Bref, Bétourou ambitionne bien de protéger son village comme un œuf. Son projet est enfin compris par ces opposants. Elle recrute de temps en temps d’adjuvants.

Notes :
1 - Robert Mamadi : Institutionnalisation de la littérature tchadienne, Thèse de Doctorat, Ngaoundéré 2018, p. 271.
2 - Vladmir Propp : Morphologie du conte, Seuil, Paris 1970, p. 30.
3 - Louis Hébert et Guillaume Dumont Maurin : Dictionnaire de sémiotique générale, Université du Québec à Rimouski, 2012.
4 - Simon Makaoura : Divorce de la descendance de Toumaï, Toumaï, N'Djamena 2020, p. 19.
5 - Le dictionnaire Larousse de langue française : https://www.larousse.fr
6 - Simon Makaoura : op. cit., p. 20.
7 - Ibid., pp. 43-44.
8 - Ibid., p. 24.
9 - Vladmir Propp : op. cit., p. 30.
10 - Robert Mamadi et Kouago Abdoulaye : Pérégrinations lors de la quête d’emploi dans "Au pays des démocrates ou la débrouillardise" de Ahmad Taboye et "Au Pays du non voyant" de Olivier Guiryanan, p. 265.
11 - Ibid., p. 268.
12 - Simon Makaoura : op. cit., p. 25.
13 - Ibid., p. 16.
14 - Ibid.
15 - Ibid., p. 29.
16 - Ibid., p. 33.
17 - Ibid., p. 105.
18 - Ibid., p. 20.
19 - Ibid., p. 104-105.
20 - Ibid., p. 104.
21 - Ibid., p. 105.
22 - Ibid., p. 118.
23 - Claudine Bernier : L’architectonique du "Premier jardin" d’Anne Hébert, Maitrise, Université du Québec à Trois-Rivières, 1992, p. 82.
24 - Simon Makaoura : op. cit., p. 119.
Références :
1 - Bernier, Claudine : L’architectonique du "Premier jardin" d’Anne Hébert, Maitrise, Université du Québec à Trois-Rivières, 1992.
2 - Hébert, Louis et Guillaume Dumont Maurin : Dictionnaire de sémiotique générale, Université du Québec à Rimouski, 2012.
3 - Le Dictionnaire Larousse de langue française : https://www.larousse.fr
4 - Makaoura, Simon : Divorce de la descendance de Toumaï, Toumaï, N'Djamena 2020.
5 - Mamadi, Robert et Kouago Abdoulaye : Pérégrinations lors de la quête d’emploi dans "Au pays des démocrates ou la débrouillardise" de Ahmad Taboye et "Au Pays du non voyant" de Olivier Guiryanan.
6 - Mamadi, Robert : Institutionnalisation de la littérature tchadienne, Thèse de Doctorat, Ngaoundéré 2018.
7 - Propp, Vladmir : Morphologie du conte, Seuil, Paris 1970.
Pour citer l'article :

* Dr Robert Mamadi : Scolarisation de la fille et le développement dans "Divorce de la descendance de Toumai", Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 21, 2021. http://annales.univ-mosta.dz

Articles du même auteur :

Histoire de la littérature tchadienne d’expression française
Annales du patrimoine N° 18, 2018.

***