L’image de l’Islam chez quelques voyageurs romantiques français

Dr Asmaa el Meknassi
Université Mohammed V, Rabat, Maroc

Résumé :

L’Orient préoccupait l’Occident bien avant l’avènement du romantisme, qu’il s’agisse de sa politique, de sa richesse, de sa force militaire... On en débattait dans les cours européennes depuis des siècles, mais pas uniquement étant donné qu’il était devenu un sujet / objet d’études des clercs, philosophes, scientifiques sans oublier les littérateurs et les artistes qui, dès le début du XIXe siècle vont instituer la notion de "voyage en Orient" : dorénavant on ne parle d’Orient qu’après l’avoir visité mais malgré cela l’image qu’en donnent les voyageurs demeure pour une grande part très proche de celle stéréotypée et livresque, héritée des siècles passés.

Mots-clés :

Islam, Orient, Romantiques, représentation stéréotypée, altérité.

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The image of Islam in some French romantic travelers

Dr Asmaa el Meknassi
Mohammed V University of Rabat, Morocco

Abstract:

The Orient, preoccupied the West well before the advent of Romanticism, whether it be its politics, its wealth, its military strength... It was discussed in the European courts for centuries, but not only since it had become a subject / object of study of clerics, philosophers, scientists without forgetting the writers and artists who, from the beginning of the nineteenth century will institute the notion of "travel to the East": From now on, one speaks of the Orient only after having visited it, but despite this, the image given by travelers remains for the most part very close to the stereotyped and bookish one, inherited from the past centuries.

Keywords:

Islam, Orient, Romantics, stereotypical representation, otherness.

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Texte :

Les romantiques, qu’ils soient poètes, romanciers, peintres..., ont pratiquement tous répandu à "l’appel de l’Orient" au XIXe siècle, à l’exception de V. Hugo qui s’est contenté de voyager en Andalousie(1). Ils y ont effectué un séjour mémorable couronné par un récit très attendu à l’époque, et très étudié depuis. L’Orient, leur permettait surtout de mettre en pratique plusieurs de leurs nouveaux principes, qui leur permettaient et d’affirmer leur identité propre et de les opposer au courant classique, notamment : "l’exotisme", "l’Histoire", "la religion", "l’exaltation de la nature et du moi", etc. A cette époque, l’expérience viatique était une entreprise très sérieuse qui nécessitait une longue préparation intellectuelle et mentale(2) mais également de grandes ressources matérielles(3), vu qu’elle durait plusieurs mois voire années. De plus, comme ils en espéraient beaucoup sur le plan littéraire, son accomplissement était précédé par des années de recherches et de documentation. Ainsi avant de se rendre en Orient, les voyageurs avaient beaucoup étudié leur sujet et ce des points de vue de sa géographie, de son climat, de son économie, de son idéologie... La représentation qu’ils en livrent, dans leur relation viatique, se caractérise par la recherche d’originalité mais sans pour autant chercher à heurter l’horizon d’attente des lecteurs qui les suivaient pratiquement pas à pas, dans leurs pérégrinations levantines, via les journaux(4). La représentation de l’Islam, la religion dominante au Levant, ne déroge point à cette règle ainsi que les lignes qui suivent vont le démontrer.

En débarquant en Orient, les voyageurs, notamment Lamartine dans ses Impressions, pensées et paysages pendant un Voyage en Orient de (1831-1833), Nerval, dans son Voyage en Orient (1842-1843), Flaubert, dans Le voyage en Orient(5), Du Camp, dans Le Nil, l’Egypte, la Nubie et finalement Gautier dans Constantinople (1851) sont attirés par tout ce qui représente et concentre l’altérité d’une part, et reflète l’identité orientale de l’autre. En allant en Orient, ils cherchent tout ce qui est authentique et représente l’essence de l’altérité, à leurs yeux, et dont la quintessence est bien entendu symbolisée par la religion musulmane(6).

L’intérêt pour l’Islam s’explique par le fait qu’il constitue la religion dominante dans tout l’Orient, au grand dam de Chateaubriand, qui était le seul à critiquer tout ce qui touchait de près ou de loin à l’Orient musulman(7). De plus, comme à cette époque les termes "Orient - Islam" ou encore "oriental - musulman" étaient interchangeables, tout ce qui entourait les voyageurs était plus ou moins interprété comme étant lié à l’Islam, même quand ce n’était pas le cas(8).

La religion est d’abord évoquée par des signes et des symboles extérieurs, qui rappellent l’orientalisme de pacotille des XVIIe et XVIIIe siècles. Ainsi, au détour d’une rue, on entrevoit le minaret(9) d’une mosquée, ou encore un homme en train d’égrener son chapelet, de prier ou de faire ses ablutions, se préparant ainsi à la prière, ou encore, aperçoit-on, en se promenant, "le couvent des derviches tourneurs"(10), ou hurleurs… thématiques, par ailleurs, très prisées par la peinture de l’époque(11), et d’ailleurs, les voyageurs eux-mêmes y font référence, pour rapprocher encore plus leur lecteur du spectacle qui s’offre à leurs yeux(12). C’est que le voyageur n’oublie, à aucun moment, que son récit est attendu, qu’il doit offrir du dépaysement sans trop dépayser le lecteur ou déranger sa propre représentation de l’Autre et de l’Ailleurs, étant un lecteur averti, partageant la culture du voyageur(13).

Généralement ces signes sont de l’ordre du visuel ; il s’agit d’allusions fugitives, sans valeur religieuse spécifique destinées à rappeler que nous sommes en pays étranger, aux coutumes différentes : elles font partie d’une sorte de spectacle qui s’offre au voyageur, sans que celui-ci y attache une importance extrême(14). C’est par ces mots que C. Grossir explique la présence de ces signes dans l’Itinéraire de Chateaubriand. Mais cela n’est pas une caractéristique du récit du pionnier du "voyage en Orient", comme elle le laisse entendre, l’opposant en cela à Lamartine et Nerval qui, selon elle, ont montré plus d’intérêt à la religion musulmane. Ceci n’est certes pas faux, mais cela n’empêche pas qu’on trouve des évocations de l’Islam par le biais de signes et de symboles s’y référant - chapelet, minaret, fêtes religieuses, vue de santons -, dans toutes les relations de voyage, précédemment évoquées. On relève, en effet, la présence de ces signes dans tous les récits de voyage, avec le même objectif : signaler qu’on est en pays étranger ou le rappeler(15). Effectivement, et comme mentionné plus haut, cela est lié à l’existence de cet horizon d’attente qui conditionne quelque part le récit de voyage et explique l’existence de certains "lieux communs" qui auraient pu disparaître des relations des voyageurs qui ont vu de leurs propres yeux et qui ont vécu dans l’Orient réel ! Cependant il n’en est rien. En effet, le voyageur se sait attendu sur certains sujets ; conscient qu’il ne peut les éviter, il ruse et use de différentes stratégies scripturales ; ainsi, peut-il les évoquer, en parler brièvement mais vue la spécificité du récit de voyage - un récit fait avec d’autres récits(16), vu que c’est un genre littéraire qui appelle le collage, selon Jean Roudaut(17) - la difficulté est contournée d’une autre manière : les voyageurs, peuvent renvoyer le lecteur à d’autres récits de voyage(18). Par moment, par exemple, si une description dont les raisons ne sont pas toujours convaincantes : ils peuvent l’éviter parce qu’ils supposent que tel ou tel lieu (mosquée, tékké...) est assez connu, et qu’il ne nécessite pas de descriptions supplémentaires, ou encore, la contournent-ils sous prétexte qu’il n’y a rien à décrire, ou que le lieu dont il est question, est connu du voyageur(19).

Parallèlement aux signes visuels relevés par tous les voyageurs, certains, principalement Nerval et Gautier, introduisent des signes d’ordre auditif, dans leur relation, ce qui particularise celle-ci et montre que son auteur était plus sensible à des éléments non présents chez les prédécesseurs. L’élément auditif dont il est question est l’appel à la prière ou comme le désigne Nerval, le "chant du Muezzin", qu’il dit entendre, à plusieurs reprises dans son texte du fait qu’"une petite mosquée accompagnée d’un minaret" se trouvait juste "plus loin" de là où il habitait(20). Ce qui est surprenant c’est que ce "chant" l’emplit d’une "indicible mélancolie"(21); mais comme à l’accoutumée, il ne s’étalera pas davantage sur la description de ses sentiments(22). Une observation semblable se retrouve chez Gautier qui s’impatientait de voir la "valse" des derviches. En effet, en attendant le début du "spectacle"(23), ou "la danse proprement dite", les derviches prient. Les sons émis et que Gautier qualifie de "bourdonnement pieux", "par sa persistance monotone, finissent par agir fortement sur l’organisme même des incrédules", mais quelques lignes plus loin, l’attention, il va la concentrer sur son ressenti ; il décrira alors ce que l’atmosphère (musique et dikr) a fait naître en lui :

Cet air, d’un charme bizarre, me faisait naître au cœur des nostalgies de pays inconnus, des tristesses et des joies inexplicables, des envies folles de m’abandonner aux ondulations enivrantes du rythme. Des souvenirs d’existences antérieures me revenaient en foule, des physionomies connues et que cependant je n’avais jamais rencontrées dans ce monde me souriaient avec une expression indéfinissable de reproche et d’amour(24).

Gautier, est en effet, l’un des rares voyageurs qui tout en relevant le caractère "bizarre", "sauvage", et "primitif"(25) de la cérémonie à laquelle il assiste, ne cache pas son émerveillement(26) par les sons, mélodies qui ne trouvent généralement pas grâce aux yeux - ou pour être précise - aux oreilles des voyageurs(27)! Cependant, en déplaçant l’appel à la prière et la séance du "dikr" de la sphère religieuse et en les circonscrivant dans celle du spectacle (chant et dance) les voyageurs leur ôtent toute sacralité ! Parler d’islamophilie des voyageurs semble alors dénué de sens !

Une autre manifestation de la religion musulmane a retenu l’attention des voyageurs sans pour autant bénéficier d’un meilleur traitement, il s’agit de la prière, deuxième pilier de l’Islam, après la "Shahada" dont on ne parle guère dans les récits de voyage, ni d’ailleurs des principes de l’Islam, ses préceptes... La prière a particulièrement retenu l’attention des voyageurs, de même que l’avaient fait les mosquées, pour l’aspect architectural. Cet intérêt se manifeste d’abord par le nombre de fois où il est question de mosquées, de prière ; ce qui expliquerait cet engouement, même de la part de Chateaubriand(28), c’est justement leur caractère sacré et surtout parce que la mosquée est le haut lieu de l’Islam. Frappée d’interdit, plus social que religieux(29), elle attire la curiosité des étrangers. Tandis que Chateaubriand dit qu’il s’abstient de la visiter de l’intérieur de peur d’être tué(30), Lamartine bien que le gouverneur de Jérusalem lui propose de lui en faciliter l’accès, refuse sous prétexte de ne pas heurter la sensibilité de la population locale. Mais il aura la possibilité d’en visiter plusieurs, à Constantinople, en compagnie de l’ambassadeur de France qui lui a proposé "de l’accompagner dans la visite que tous les ambassadeurs nouvellement arrivés ont le droit de faire à Sainte-Sophie"(31). Mais il restera silencieux sur la visite des autres mosquées. On ne saura pas quels moyens il a utilisés pour s’y introduire.

Ses successeurs vont aussi tout faire pour y pénétrer, tel est le cas de Nerval et Du Camp. Et si le premier affirme que le déguisement l’y a aidé, le second y va très fort : il affirme s’y être pris en corrompant l’imam même de la mosquée(32). On se demande d’ailleurs pourquoi il en était ainsi, vu qu’il avait précisé auparavant que, depuis la Campagne de Bonaparte, toutes les portes s’ouvraient devant les Français et qu’au Caire "on (ajoute-t-il) nous traite au contraire avec déférence"(33). Ce qui nous fait douter de ce qu’avance Du Camp, c’est que son compagnon de route, Flaubert, déclare avoir visité ladite mosquée ; mais on ne retrouve nulle trace de la corruption de l’Imam, voire même de la discussion avec lui. Il précise : "Mosquée de Hassan : vestibule rond, pendentifs ou stalactites, grandes cordes qui pendent d’en haut. Nous mettons des babouches de palmier"(34) ce qui signifie qu’ils se sont (lui et Du Camp) introduits à l’intérieur de la mosquée ; mais on ne trouve nulle trace de conversation avec l’imam. On pourrait rétorquer que Flaubert n’a pas assisté à ladite conversation. Si c’était le cas il l’aurait signalé, comme à l’accoutumée(35).

Quant à Gautier, il énonce qu’à Constantinople, les chrétiens ne sont pas les bienvenus dans les mosquées aux heures de la prière, il ne dit pas expressément ce qu’il en est en dehors de celles-ci(36); n’empêche que dans la "tekké" des derviches, la représentation est précédée de la prière qu’il décrit rapidement(37), étant donné qu’il s’impatientait de voir commencer la "danse" des derviches tourneurs(38). Les informations sur la prière demeurent assez floues dans les récits de nos voyageurs. Gautier, par exemple, met l’accent sur les ablutions(39) qui précèdent la prière. Il insiste là-dessus mais aussi pour rappeler que la propreté est une caractéristique musulmane, voire même une obligation religieuse(40). N’oublions pas que Du Camp, dans sa relation, y avait consacré plusieurs pages qui étaient justement adressées à Gautier. Il y détaillait les ablutions ainsi que "les oraisons particulières attachées à cette cérémonie préparatoire et indispensable à toute prière"(41). Et pour donner du poids à ces informations, il prétend les avoir recueillies de "l’iman (sic) lui-même" qu’il précise avoir corrompu "avec un medjidi (cinq francs)".

Gautier et Lamartine sont les seuls à insister sur la piété mais également la sincérité religieuse des musulmans qui délaissent leur boutique pour répondre à l’appel à la prière :

Car, explique-t-il, les Turcs n’oublient jamais leurs devoirs religieux, et ils s’interrompent tranquillement au milieu d’un marché, laissant l’acheteur en suspens, pour s’agenouiller sur leurs tapis, orientés vers la Mecque, et faire leur prière avec autant de dévotion que s’ils étaient sous le dôme de Sainte Sophie ou du sultan Achmet(42).

Mais malgré cet intérêt pour la prière, il est à noter que les informations que livrent les voyageurs s’en tiennent généralement à sa description "formelle". Lamartine qui était l’hôte de l’émir Béschir décrit la scène de la prière qu’il a pu suivre depuis l’appartement qu’il occupait dans le château de l’Emir :

Quand il fit jour, je vis à travers les grilles plusieurs musulmans qui faisaient leur prière dans la grande cour du palais. Il étendent un tapis par terre pour ne point toucher la poussière, ils se tiennent un moment debout, puis ils s’inclinent d’une seule pièce et touchent plusieurs fois le tapis du front, le visage toujours tourné du côté de la mosquée ; ils se couchent ensuite à plat ventre sur le tapis ; ils frappent la terre du front ; ils se relèvent et recommencent un grand nombre de fois les mêmes cérémonies, en reprenant les mêmes attitudes et en murmurant des prières(43).

Sa description, comme on le voit, est loin d’être fidèle au déroulement normal de la prière, et ne dépasse pas ce qu’il prétend en avoir vu. Elle rappelle, en fait, ce qu’en dit Chateaubriand, dans l’Itinéraire : "espèce de culbutes religieuses"(44) sauf que quelques lignes plus loin, et comme pour répondre à son devancier, Lamartine précise :

Je n’ai pu trouver le moindre ridicule dans ces attitudes et dans ces cérémonies, quelque bizarres qu’elles semblent à notre intelligence. La physionomie des musulmans est tellement pénétrée du sentiment religieux qu’ils expriment par ces gestes, que j’ai toujours profondément respecté leur prière ; le motif sanctifie tout(45).

Ce qui est toutefois surprenant c’est que le compositeur du "Lac" ne va pas pousser plus loin sa curiosité ; il ne cherchera point à savoir le sens caché des "mouvements" faits pendant la prière, ni ce qui est "murmuré par les prieurs". Cela est d’autant plus surprenant que son jugement est "respectueux" et répond à celui négatif de son prédécesseur mais surtout que d’habitude il s’enquiert de détails pointus sur d’autres sujets, comme la politique, la poésie ou le cheval arabes... mais il ne juge pas bon de comprendre l’essence de la prière musulmane !

Plus surprenante encore est la peinture de Gautier, plus connu, lui, pour son islamophilie, et particulièrement pour avoir exprimé le désir de se convertir à l’Islam. Sa description de la prière n’est pas plus heureuse :

Les prières commencèrent, et avec elles les génuflexions, les prosternations, les simagrées ordinaires du culte musulman, si bizarres pour nous, et qui seraient aisément risibles sans la conviction et la gravité que les fidèles y mettent. Ces alternatives d’élévation et d’abaissement font penser aux poulets qui se précipitent avidement le bec contre terre et se relèvent après avoir saisi le grain ou le vermisseau qu’ils convoitent(46).

Mais on remarque que malgré cela, elle ne met pas en doute la ferveur des musulmans(47), restant en cela le disciple de Lamartine. Notons que généralement les successeurs de celui-ci suivront son exemple en se contentant de signaler l’acte de la prière sans chercher à en comprendre le sens ni la symbolique. C’est le cas de Gautier, de Nerval et de Flaubert, qui demeurent, du reste, très discrets sur la question, en dépit de la présence d’informations disséminées çà et là dans leur relation. Seul Du Camp déroge quelque peu à cette règle. En effet, celui-ci, qui prétend s’être introduit dans la mosquée du Sultan Haçan(48), au moment de la prière du vendredi, ne donne guère d’informations sur le déroulement de ladite prière, ni sur le prêche qui la caractérise, sachant qu’il précise que l’imam qu’il prétend avoir corrompu lui a expliqué "longuement ce qui se passait devant (lui)"(49); par contre il va donner beaucoup de détails sur les ablutions, comme nous l’avons signalé plus haut. Ainsi le lecteur reste sur sa faim surtout que la promesse était grande : "cet honnête homme m’expliquait longuement ce qui se passait devant moi"(50).

Par conséquent, nous voyons que malgré l’intérêt porté à la question de la prière, les textes promettent, en fait, plus qu’ils ne livrent au lecteur ; la même remarque peut être faite sur d’autres manifestations de la religion islamique telles le "Dikr", le pèlerinage de la Mecque... qui sont évoqués à maintes reprises dans les récits de tous les voyageurs mais sans que cela signifie que la masse informationnelle soit importante. Par contre, la tolérance légendaire des musulmans fera couler plus d’encre.

Effectivement, les voyageurs romantiques, en digne héritiers de la philosophie des lumières - qui avait retenu la tolérance pour être l’une des principales caractéristiques de l’Islam - reprennent cette question ; elle constitue par ailleurs un sujet de débat et de discorde entre eux, étant donné que leurs opinions la concernant divergent(51). Rappelons que Chateaubriand voyageait en croisé. Et en tant que tel, il menait un combat acharné contre l’Islam. Son acharnement s’est focalisé justement sur ce trait distinctif que ne conteste généralement personne : la tolérance. Et pour donner plus de force à son point de vue, il fait coïncider la supposée "intolérance des musulmans" avec un sujet très sensible : la situation des Pères de l’Eglise, à Jérusalem, dont de la partie consacrée à la Terre sainte. Notons que Lamartine, mais également les autres voyageurs, vont le reprendre pour corriger ses affabulations sur ce sujet. Chateaubriand, dans de longs passages, très détaillés prétendait que les religieux subissaient les pires avanies de la part des Turcs(52):

Les Religieux de Terre-Sainte ont d’autant de mérite, qu’en prodiguant aux pèlerins de Jérusalem la charité de Jésus-Christ, ils ont gardé pour eux la Croix qui fut plantée sur ces mêmes bords. Ce Père au cœur limpido e bianco m’assurait encore qu’il trouvait la vie qu’il menait depuis cinquante ans, un vero paradisiio. Veut-on savoir ce que c’est que ce paradis ? Tous les jours une avanie, la menace des coups de bâton, des fers et de la mort...

Lamartine va battre en brèche les mensonges de son prédécesseur :

Les voyageurs ont fait une peinture romanesque et fausse de ces couvents de la Terre sainte. Rien n’est moins poétique ni moins religieux, vu de près. La pensée en est grande et belle. Des hommes s’arrachent aux délices de la civilisation d’Occident pour aller exposer leur existence ou mener une vie de privation et de martyre parmi les persécuteurs de leur culte, sur les lieux mêmes où les mystères de leur religion ont consacré la terre. Ils jeunent, ils veillent, ils prient, au milieu des blasphèmes des Turcs et des Arabes, pour qu’un peu d’encens chrétien fume encore... Tout cela est beau et grand dans la pensée ; mais dans le fait il faut en rabattre presque tout le grandiose. Il n’y a point de persécution, il n’y a point de martyre ; tout autour de ces hospices, une population chrétienne est aux ordres et au service des moines de ces couvents. Les Turcs ne les inquiètent nullement ; au contraire, ils les protègent. C’est le peuple le plus tolérant de la terre, et qui comprend le mieux le culte et la prière(53).

Dans ce passage, Lamartine répond presque mot pour mot aux prétendues "vérités" avancées par Chateaubriand, quelques années plus tôt ; celui-ci ignorait ou a fait semblant d’ignorer que le gouvernement musulman assurait aux chrétiens la protection aussi bien de leur personne que de leurs biens sur son sol, du fait de leur statut de "dhimis"(54). Les autres voyageurs n’en parlent pas expressément mais ils ne corroborent pas les dires de leur prédécesseur. Ainsi, Flaubert assure avoir fait plusieurs visites aux églises de Jérusalem. Ce qu’il relève surtout c’est la richesse de quelques-unes d’entre elles(55), principalement l’église arménienne ; ce qui contredit les dires de Chateaubriand. Il semble même dégoûté par le mauvais goût lié à la richesse de cette église :

L’Arménien me paraît ici quelque chose de bien puissant en Orient ; il y a de ces inutilités de propriétaire, qui dénotent le gousset plein... l’église est surprenante de richesse, le mauvais goût atteint là presque à la majesté(56).

Par ailleurs, il assure, comme l’a fait Lamartine, avant lui, que le problème vient des religieux, eux-mêmes, qui se livrent bataille, en raison de leur appartenance à l’une ou l’autre des Eglises présentes en Terre sainte(57). Comme Lamartine, il atteste que la paix est maintenue justement grâce aux Turcs(58) qui ont les clés du Saint Sépulcre ; ce qui évite bien des conflits entre les coreligionnaires(59)!

Cet aspect, par contre, est tu par Chateaubriand ; ce qui du reste, est tout à fait compréhensible, dans son cas : l’ennemi des chrétiens ne peut être que l’Islam et ses représentants ; il ne peut être question, de conflits internes, ou d’éléments négatifs qui viendraient noircir le tableau "idyllique et romanesque" des martyrs chrétiens que cherche à brosser le dernier croisé des temps modernes !

Par ailleurs, la tolérance est remarquée par exemple dans les assemblées, quel qu’en soit le motif, où les assistants sont côte à côte, en dépit de leur religion, leur statut social ou leur appartenance ethnique(60). Elle touche également les animaux, tels les chiens qui sont très respectés, nous disent les voyageurs et nullement inquiétés par les passants(61).

Cependant, les voyageurs omettent tous de parler d’une autre forme de tolérance qui les concerne particulièrement. Il s’agit de la tolérance vis-à-vis des étrangers, qui ne sont point inquiétés lors de leur séjour en Orient mais bien au contraire, ils sont respectés par les locaux, qui les invitent à partager des fêtes particulières comme le mariage ou la circoncision... Et si, par moments, nous trouvons des remarques sur cette question, elles restent assez timides.

Ainsi, la religion intéresse certes les voyageurs ; mais cet intérêt ne dépasse pas l’aspect immanent des phénomènes observés : elle est généralement réduite à son expression la plus populaire, à son aspect le plus formel quand elle n’a pas été transformée en activité purement et simplement artistique quittant ainsi la sphère du sacré. De plus, non seulement, aucun voyageur n’a cherché à dépasser la surface mais les jugements de valeur dépréciatifs continuent d’exister dans les récits de nos voyageurs malgré tout, c’est pour cela que les jugements de certains critiques, comme Moënis Taha-Hussein, concernant l’islamophilie de certains voyageurs, nous surprennent par moments ; ils semblent ne prendre en considération qu’une partie des informations, critiques et jugements de valeurs des voyageurs et semblent négliger les autres qui ne coïncident pas forcément avec la perception de leur auteur(62) offrant in fine une image biaisée de l’Islam et des Musulmans.

Notes :
1 - Qui symbolisait l’Orient, à ses yeux !
2 - Le cas de Flaubert est éloquent ainsi que nous l’expliquons dans Asmaa el Meknassi : "Flaubert en Orient", in Flaubert voyageur, Classiques Garnier, Paris 2019, p. 158-159.
3 - Pour plus de détails sur cette question, Cf. Jean-Claude Berchet : Voyage en Orient, Anthologie des voyageurs français dans le Levant au XIXe siècle, Robert Laffont, Bouquins, Paris 1985, p. 5.
4 - Qui, quand ils ne commanditaient pas le voyage, participaient au moins à son financement.
5 - Flaubert et Du Camp ont voyagé ensemble entre 1849 et 1851.
6 - Cf. Asmaa el Meknassi : L’Orient des voyageurs français du XIXe siècle, thèse de Doctorat, FLSH Dhar el Mehraz, Fès 2012.
7 - On peut dire que cela est tout à fait normal, étant donné qu’il se considérait comme le dernier des croisés. Cf. René Chateaubriand : L’Itinéraire, GF, Paris 1968. Claudine Grossir analyse cet aspect, dans son livre : L’Islam des romantiques (1811-1840). Du refus à la tentation, Maison neuve et Larose, Paris 1984, T.1, pp. 43 et suiv.
8 - Les voyageurs taisent sciemment qu’une personne, un évènement… ne sont pas musulmans quand cela sert leur dessein scriptural: cela donne une valeur supplémentaire à leur discours, ainsi quand Nerval qui décrit une fête de mariage et ne précise pas que les présents sont coptes, et quand il ajoute qu’ils boivent de l’alcool cela participe à l’image fantasmagorique de l’oriental. D’ailleurs, ce genre d’amalgame existe chez tous les voyageurs, sans exception !
9 - C’est le cas de tous les voyageurs, même René Chateaubriand : op. cit., p. 171.
10 - Gérard de Nerval : Le voyage en Orient, GF, Paris 1980, p. 170.
11 - Cf. à titre d’exemple les ouvrages de Lyne Thornton.
12 - Et à défaut d’y avoir assisté eux-mêmes, ils en parlent quand même, en l’avouant ou pas, d’après les récits des autres. Lamartine par exemple introduit, dans sa relation, le récit de sa femme, concernant "la valse des derviches", Alphonse de Lamartine : Voyage en Orient, Furne, Jouvet & Cie, L. Hachette & Cie, Pagnerre, Editeurs, Paris 1969, T.3, p. 139-141.
13 - Le plus éloquent exemple à cet effet demeure Gautier qui écrit son livre "pour un lecteur explicitement et implicitement défini comme étant un Européen cultivé qui a voyagé", Grant Crichfield : "La Constantinople de Gautier, un miroir en Orient", Etudes françaises, Vol. 26, 1990, p. 24.
14 - Claudine Grossir : op. cit., p. 25.
15 - Flaubert précise : "minarets blancs de Rosette" et quelques lignes plus loin, "par une mosquée entrouverte, nous voyons dans la cour des colonnes peintes", Gustave Flaubert : Voyage en Orient, in Œuvres complètes, Seuil, l’Intégrale, Paris 1964, p. 559. Théophile Gautier l’exprime encore plus clairement : "les grands mélèzes du jardin, la coupole et le minaret blanc de la mosquée qu’on aperçoit dans le bleu du ciel, par-dessus la muraille, rappellent à propos l’Orient", comme si on pouvait oublier qu’on y était ! Théophile Gautier : Constantinople, Michel Lévy frères, Paris 1856, p. 153.
16 - Selon René Chateaubriand lui-même !
17 - Jean Roudaut : "Quelques variables du récit de voyage", La Nouvelle Revue Française, N° 377, juin, 1984, p. 59.
18 - Ceci est une pratique courante du récit de voyage, tous les voyageurs s’y adonnent. A titre d’exemple uniquement, Du Camp qui nomme expressément son prédécesseur Nerval. Ainsi, précise-t-il, au début du deuxième chapitre de sa relation: "je pourrais encore te parler longuement du Caire (sic)... mais tu connais tous ces détails dont Gérard de Nerval t’a fait le récit", Maxime Du Camp : Le Nil, l’Egypte et la Nubie, Michel Lévy frères, Paris, (s.d.), p. 85. Ici, bien entendu, il s’adresse au destinataire premier de son récit, Gautier, mais à travers lui, les lecteurs potentiels de sa relation.
19 - C’est le cas de Chateaubriand qui ne décrit pas la route de Paris à Milan, vu qu’il la connaissait. René Chateaubriand : op. cit., p. 54.
20 - Sachant qu’il habitait le quartier copte, mais comme il brouillait constamment les pistes, on oublie vite ce détail. Gérard de Nerval : op. cit., p. 164.
21 - Lamartine, quant à lui, trouve la voix du muezzin "vivante, animée, qui sait ce qu’elle dit et ce qu’elle chante, bien supérieure, à mon avis, à la voix sans conscience de la cloche de nos cathédrales", Alphonse de Lamartine, op. cit., p. 406.
22 - Ceci est une constante du récit de voyage : les auteurs racontent, plus ou moins, dans le détail ce qu’ils vivent mais évitent généralement de décrire leurs sentiments.
23 - Dès le début du chapitre, Gautier précise : "je me bornerai à considérer les derviches du côté purement plastique et décrire leurs bizarres exercices" étant donné qu’il n’était "pas assez fort en théologie turque", Théophile Gautier : op. cit., p. 152. Etrange aveu de la part de celui que certains critiques présentent comme s’étant converti à l’Islam !
24 - Ibid., p. 137.
25 - Qui n’ont pas une connotation négative ou péjorative pour lui.
26 - Il trouve que "cette mélodie (était) d’une suavité vraiment céleste", Ibid.
27 - Du Camp, en "décrivant" ou plutôt en évoquant une scène de "Dikr", utilise des termes forts, allant crescendo ; on est loin de la description de Gautier : "une vingtaine d’hommes réunis en cercle se dandinant en imitant les mouvements d’un chef qui donnait le ton, et hurlaient le nom d’Allah avec ces intonations profondes, gutturales, forcenées et sauvages...", Maxime Du Camp : op. cit., p. 34. Sous sa plume également, la musique (accompagnant une procession religieuse) est assimilée à du bruit. Le terme est repris plusieurs fois, Ibid., pp. 16-17.
28 - Qui en veut à l’ambassadeur Deshayes qui "par un vain scrupule diplomatique, (avait) refusé de voir cette mosquée (Gâmeat-el-Sakhra) où les Turcs lui proposaient de l’introduire !", René Chateaubriand : op. cit., p. 326. Lamartine lui aussi prétend avoir été convié par le gouverneur de Jérusalem à visiter cette mosquée mais il dit avoir décliné l’offre pour ne pas heurter la population. Alphonse de Lamartine : op. cit., p. 365.
29 - Car en fait seules les mosquées de Médine et de la Mecque étaient interdites aux non-musulmans.
30 - René Chateaubriand : op. cit., p. 326. Tous les voyageurs qui vont marcher sur ses pas ultérieurement vont démentir ces propos, qui rappelons-le, entrent dans une logique qui lui était propre : se considérant comme le dernier des croisés, il était tout à fait normal qu’il voit des ennemis partout et qu’il se sente partout menacé ! Par ailleurs, cela participe de "l’image héroïque" que chaque voyageur cherche à donner de lui-même dans sa relation. Nous avons étudié cet aspect, dans la dernière partie de notre thèse précédemment citée.
31 - Alphonse de Lamartine : op. cit., p. 231. Quelques pages plus loin, il précisera que la visite des mosquées avait eu lieu plusieurs fois, et donc pas forcément en compagnie de l’ambassadeur, Ibid., p. 234.
32 - Cf. Maxime Du Camp: op. cit., p. 36. Encore une fois, cela peut être une stratégie de la part du voyageur pour se distinguer des autres et montrer à son lecteur qu’il a déployé beaucoup d’efforts pour alimenter son récit !
33 - Ibid., p. 34
34 - Gustave Flaubert : op. cit., p. 564.
35 - En effet, Flaubert précise quand il ne prend pas part à certaines activités de son compagnon, mais cela demeure assez rare.
36 - Théophile Gautier : op. cit., p. 133.
37 - Ibid., p. 136.
38 - Les confréries des derviches tourneurs ou "tariqa mawlawiya" encourageaient la présence des étrangers aux représentations qu’elles donnaient. Pour plus de détails, Cf. les articles sur la question de l’Encyclopédia Universalis, version électronique.
39 - A maintes reprises, notamment aux pages, 58 et 117 de Constantinople.
40 - Ibid., p. 256.
41 - Maxime Du Camp : op. cit., p. 36.
42 - Théophile Gautier : op. cit., p. 123.
43 - Alphonse de Lamartine : op. cit., p. 199.
44 - René Chateaubriand : op. cit., p. 377.
45 - Alphonse de Lamartine : op. cit., p. 199.
46 - Théophile Gautier : op. cit., p. 136.
47 - Ainsi que le faisait Chateaubriand qui parle dans L’itinéraire des "Musulmans sans foi", p. 426.
48 - Selon l’orthographe de Du Camp.
49 - On se demande comment est-ce possible ? L’imam se serait mis dans la position du commentateur au lieu de diriger la prière ? La chose nous paraît difficilement envisageable !
50 - Ibid., pp. 35-36.
51 - En plus de sa haine légendaire de l’Islam, Chateaubriand va avoir une raison supplémentaire pour le détester ; étant donné que les philosophes du XVIIIe siècle - qu’il abhorrait plus que tout - exprimaient leur respect vis-à-vis de l’Islam, il avait alors une double raison d’exprimer sa haine.
52 - Chateaubriand insiste sur cela, à maints endroits de son récit, notamment aux pages : 225-226, 240-241, 314.
53 - Alphone de Lamartine : op. cit., pp. 272-273.
54 - "Ahl dimma en arabe" et en cette qualité c’est l’Etat qui assurait leur protection en échange de l’impôt qu’ils devaient lui verser.
55 - Gustave Flaubert : op. cit., p. 608.
56 - Ibid. On trouve pareils jugement aussi dans le récit de Du Camp.
57 - Catholique, grecque, arménienne, protestante.
58 - Synonyme ici de Musulmans.
59 - Gustave Flaubert dit à ce propos : "les clefs (du Saint-Sépulcre) sont aux Turcs, sans cela les chrétiens de toutes sectes s’y déchireraient", op. cit., p. 609.
60 - Cf. Nerval qui en fait part à maintes reprises au chapitre I de son Voyage en Orient, pp. 193-238.
61 - Ibid., p. 174 ; Théophile Gautier : op. cit., p. 104.
62 - Ceci nous rappelle, par opposition, Edward Said : L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, qui voyait de la politique et de l’idéologie coloniale partout.
Références :
1 - Berchet, Jean-Claude : Le Voyage en Orient, Anthologie des voyageurs français dans le Levant au XIXe siècle, Robert Laffont - Bouquins, Paris 1985.
2 - Chateaubriand, René : L’Itinéraire de Paris à Jérusalem, GF, Paris 1968.
3 - Crichfield, Grant : "La Constantinople de Gautier, un miroir en Orient", Etudes françaises, Vol. 26, printemps 1990.
4 - Du Camp, Maxime : Le Nil, l’Egypte et la Nubie, Michel Lévy frères, (s.d.).
5 - El Meknassi, Asmaa : "Flaubert en Orient", in Flaubert voyageur, Classiques Garnier, Paris 2019.
6 - Flaubert, Gustave : Voyage en Orient, in Œuvres complètes, Seuil, l’Intégrale, Paris 1964.
7 - Gautier, Théophile : Constantinople, Michel Lévy frères, Paris 1856.
8 - Grossir, Claudine: L’Islam des romantiques (1811-1840), Du refus à la tentation, Maison neuve et Larose, Paris 1984.
9 - Lamartine, Alphonse de : Voyage en Orient, Furne, Jouvet & Cie, L. Hachette & Cie, Pagnerre, Editeurs, Paris 1969.
10 - Nerval, Gérard de : Voyage en Orient, G.- Flammarion, 1980.
11 - Roudaut, Jean : "Quelques variables du récit de voyage", La Nouvelle Revue Française, N° 377, juin, 1984.
12 - Said, Edward : L’Orientalisme, L’Orient créé par l’Occident, Seuil, Paris 1980.
13 - Taha-Hussein, Moenis : Le Romantisme français et l’Islam, Dar al-Ma‘aref, Beyrouth 1962.
14 - Thornton, Lynne : La femme dans la peinture orientaliste, ACR Editions - Poche, 1993.
15 - Thornton, Lynne : Les Orientalistes, peintres voyageurs 1828-1908, ACR Editions, 1983.
Pour citer l'article :

* Dr Asmaa el Meknassi : L’image de l’Islam chez quelques voyageurs romantiques français, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 21, 2021. http://annales.univ-mosta.dz

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