Quelques éléments de la diversité dans le conte
populaire marocain

Abdelaaziz Mimi
Université Ibn Tofail Kénitra, Maroc

Résumé :

La société marocaine est caractérisée par une forte dynamique de diversité culturelle et linguistique. La culture marocaine est de ce fait, hétéroclite en présentant des sous-cultures ou cultures locales ayant chacune des particularités spécifiques : linguistiques, ethniques, religieuses, raciales, etc. La diversité de la société marocaine est liée aussi à ses composantes berbère, arabe, musulmane, juive, africaine et andalouse. Ce Melting pot donne au Maroc une grande richesse culturelle que l’on peut constater d’ailleurs à travers sa littérature populaire et surtout dans ses contes et ses légendes. Les contes populaires démontrent facilement la structure d’une société et l’originalité d’une aire culturelle, c’est cette notion qui sera traitée ici dans cet article. A savoir comment cette diversité de la société marocaine se manifeste-t-elle et se traduit dans les contes populaires en rapport avec leurs milieux et leurs origines géographiques, historiques et culturelles.

Mots-clés :

diversité, conte, culture, société, littérature orale.

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Some elements of diversity in the Moroccan folk tale

Abdelaaziz Mimi
Ibn Tofail University of Kénitra, Morocco

Abstract:

Moroccan society is characterized by a strong dynamic of cultural and linguistic diversity. The Moroccan culture is thus heterogeneous by presenting sub-cultures or local cultures with each specific particularity: linguistic, ethnic, religious, racial, etc. The diversity of Moroccan society is also linked to its Berber components, Arab, Muslim, Jewish, African, and Andalusian. This Melting Pot gives Morocco a great cultural richness that can be seen elsewhere through its popular literature and especially in its tales and legends. Folktales easily demonstrate the structure of a society and the originality of a cultural area; it is this notion that will be treated here in this article. To know how this div diversity of Moroccan society manifests itself and is expressed in the folktales of our corpus in relation to their environments and their geographical, historical, and cultural origins.

Key words:

diversity, folk tales, society, culture, oral literature.

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Texte :

Introduction :

La littérature orale est un champ scientifique vaste et très difficile à cerner car elle intéresse les études folkloriques, l’ethnographie, la sociologie, l’histoire et l’étude de tout ce qui a été dit et recueilli par une mémoire collective. La littérature orale est toujours qualifiée de populaire mais elle réussit à chaque moment à s’enrichir de la culture savante et de ses créations littéraires pour les assimiler ensuite rapidement. Elle est donc un moyen de conservation et de transmission de l’héritage des différentes cultures conformément à plusieurs règles et suivant les mentalités populaires en œuvre. Au Maroc, il y a une certaine analogie des structures mentales des populations juive et musulmane, cette analogie a donné une littérature orale et un folklore ou le substrat culturel juif et l’héritage arabo-musulman s’associent fortement pour donner une création originelle et originale sous forme de contes populaires, de légendes, d’expressions dialectales et de récits hagiographiques. Cette littérature populaire est un lieu de rencontre interculturelle entre les deux communautés et un outil de communication facile entre les masses populaires ce qui a aidé à un enrichissement mutuel des deux folklores. Ce dialogue culturel a favorisé une symbiose culturelle et a exprimé une forme identique de la pensée et une fusion des mentalités vivant paisiblement ensemble(1).

Le conte populaire de tradition orale concrétise l’esprit de la communauté puisqu’il est une création du groupe social lui-même, qui est le véritable dépositaire de la culture locale. On s’aperçoit facilement du caractère identitaire du conte populaire de chaque culture grâce à la couleur locale qui le caractérise et grâce à sa représentation du mode de vie local, des cultes et des rites, et de l’image de la société en œuvre d’une manière générale à une époque historique et un espace géographique donnés(2).

Les contes populaires sont riches en contenu idéologique et en coloration nationale, ils ont aussi une grande qualité sur le plan littéraire. Ces traits distinctifs du conte populaire permettent aux chercheurs de se servir de leurs textes en les considérant comme outil de transmission et de communication culturelle car les caractéristiques culturelles pourraient être plus présentes dans le conte populaire et plus condensées et plus particulièrement, les images positives ou négatives des personnages, les êtres surnaturels ou merveilleux, les représentations et les stéréotypes sociaux ainsi que l’imaginaire collectif(3).

Toute lecture du conte populaire se basant sur des normes scientifiques et académiques est capable de faire ressortir les éléments essentiels pour une bonne compréhension de son histoire de sa genèse et de la tradition locale de son peuple. Cette lecture pourra aussi permettre l’appréciation de la valeur littéraire du conte et de connaitre les conceptions qu’il porte ce qui aidera à surmonter les obstacles culturels liées à la langue du conte, et à mieux comprendre ses textes, et de sentir sa profondeur et sa richesse. Il est vrai donc que les contes populaires apportent plus de vérité que les livres historiques car ils expriment le visage d’une époque historique(4).

1 - Aspects de la diversité de la société marocaine :

Le corpus de contes populaires sur lequel nous nous basons pour faire cette étude est représentatif d’une société marocaine traditionnelle diversifiée sur tous les niveaux au début du protectorat français. Ces contes-ci sont donc le reflet d’une société en plein mouvance grâce à ces premiers contacts avec la culture occidentale. Les contes nous décrivent la société marocaine d’antan comme une société diversifiée. Une diversité caractérisant tous les fondements et les aspects de cette société ainsi que l’environnement géographique et économique dans lequel elle existe et évolue. D’un point de vue démographique et géographique, la diversité se traduit par la présence de plusieurs groupes humains qui constituent cette société : Une population berbérophone largement montagnarde et une population arabophone plus ou moins citadine sans oublier les composantes sahraouies, africaines et nomades qui vivent depuis longtemps dans le Sahara marocain et dans les régions désertiques. D’autre part, la notion d’appartenance à une tribu était un indicateur principal sur la diversité sociale au Maroc à l’époque d’avant et du début du Protectorat français(5). A cette diversité démographique liée à la question de l’identité linguistique (langue arabe/langue berbère), qui a conditionné depuis des siècles l’espace géographique dans lequel chaque composante linguistique s’est stabilisée, s’ajoute une diversité religieuse : le Maroc est un pays appartenant à la civilisation arabo-musulmane où la communauté juive est présentée ou vue comme une communauté avec une identité purement religieuse quel que soit sa langue, sa tribu, son aire géographique ou sa classe sociale. En plus de cette mosaïque, la littérature populaire en général et le conte populaire en particulier reflète la présence d’une société d’ordres, c’est-à-dire l’existence d’une hiérarchie sociale sur la base des principes comme l’honneur, la dignité, etc. Ainsi les Zaouïas(6), qui alimentaient l’image d’un saint homme ou d’un marabout se sont transformées au fil du temps en ce qui ressemble à une aristocratie théocratique ayant un pouvoir spirituel appelé (La baraka) et qui est héréditaire ce qui démontre la présence d’autres principes de diversification sociale comme l’honneur tribale, la dignité chérifienne(7) que toutes les tribus et les rois évoquaient.

2 - De l’urbain et du rural dans le conte :

Les contes populaires de notre corpus donnent d’importants détails sur la diversité sociale et culturelle dans la société marocaine traditionnelle. Le monde des contes populaires est un monde narratif peuplé d’un nombre limité de personnages ayant des caractères et des propriétés et dotés de potentialités énormes qui peuvent êtres actualisés au non au cours du récit. Les attitudes des personnages des contes de notre corpus sont perçues comme normales car elles sont conformes à la façon traditionnelle de penser du lecteur ainsi qu’à ses croyances. Ainsi, les animaux qui parlent et qui protègent des petits enfants, des ogres qui vivent comme des humains, des humains sous formes d’animaux, des hommes qui retrouvent la vue après l’avoir perdue ou qui font repousser des mains coupées, des ogres qui se marient avec des femmes ou des djinns qui enlèvent des jeunes filles, des fruits qui rendent les hommes monstrueux ou beaux et des hommes qui naquirent sous formes d’animaux sont des exemples des personnages de notre corpus. Ces individus traduisent une vision du monde qui ne choque jamais le lecteur. Les personnages du conte populaire marocain sont un ensemble plein, un nombre restreint d’unités actantielles et factorielles (animés ou non animés), (humaines ou non humaines) qui circule dans un espace donné et un temps donné et ferme un monde clos(8). Notre analyse portera donc sur les personnages qui habitent le conte populaire marocain, qui bougent, qui entrent en conflits ou en relations d’amitiés et d’alliances, qui se déplacent dans l’espace pour travailler ou chercher un objet de valeur. En résumé, nous traitons le personnage ici comme le représentant d’une société marocaine stratifiée en classes sociales selon des critères religieuses, économiques ou culturelles.

1. L’urbain :

Dans le cas des contes de notre corpus, nous pensons que la dichotomie (marocain arabe/marocain berbère) n’est pas pertinente quelle que soit sa communauté linguistique. Cependant, nous pensons qu’elle est implicite car elle est inhérente au lieu de résidence du marocain représenté dans n’importe quel conte populaire car il est destiné à un lecteur/auditeur sous-entendu comme connaissant sa culture et son imaginaire social. Ainsi, le terme ʺFassi ʺ dans notre corpus renvoie directement à la classe riche ou marchande de la communauté arabo-musulmane parlant la langue arabe et vivant dans la ville marocaine de Fès. D’autres part, la diversité religieuse est vraiment apparente et distinctive dans notre corpus : Souvent, l’état initial d’un conte présente deux marchands, un Juif et un Marocain(9) ou un Musulman et un Juif(10). Parfois, il peut présenter sept frères qui sont en guerre avec une tribu de Roums(11). Les caractérisants Musulman, Juif et Roums(12) mettent l’évidence sur une identité religieuse tandis que la distinction entre Marocain et Juif reste ambigüe dans notre corpus. Elle exprime une vision du conte qui présente la société marocaine arabo-musulmane comme diversifiée alors qu’il donne une image d’unité et d’homogénéité de la communauté marocaine juive ou chrétienne. Les termes (Moulay) et (sidi) sont largement usités dans les contes de notre corpus. Ils sont strictement réservés aux Marocains d’origine arabo-musulmane et appartenant à la noblesse, la famille royale ou au pouvoir religieux. Les termes sidi(13) et Moulay, dont l'équivalent féminin est Lalla(14) sont des titres de noblesse que l’on peut traduire par (Monseigneur) et (son altesse ou maitresse). Leur simple présence dans le conte nous renseigne aisément sur la présence de cette société marocaine d’ordres. Les représentants de cette classe sociale dans notre corpus sont donc des rois et des reines, des princes et des princesses, des vizirs, des Qadis (juges) et des riches commerçants originaires de Fès ainsi que leurs familles. Cette classe noble et riche est généralement urbaine et citadine. Dar el-Makhzen (Palais du Sultan), Dar ech-Chérifat (maison des honnêtes gens et des hommes d’honneurs) et la mosquée sont les centres géographiques, dans lesquels, cette classe prospère. Cependant, elle dépend des services d’une autre classe ouvrière composée de soldats, esclaves désignés dans notre corpus par le mot (Hârtâni) qui dénote la descendance des esclaves ou la population noire des oasis, artisans, Imams, muezzins (ceux qui font appel à la prière) et Tolbã (Maitre d’école coranique ou étudiants), Harem et concubines, musiciens, magiciens et voyants. La classe ouvrière et moyenne vivent dans des quartiers où il existe des fonctionnaires qui assurent le maintien de la sécurité et le bon déroulement des activités économiques. La mosquée est au centre de chaque quartier où les représentants du pouvoir religieux jouent un rôle social très important. Pour sa part, la communauté juive se développe au sein d’un quartier spécial s’appelant le mellah. Le conte populaire marocain présente généralement cette communauté comme une communauté de commerçants riches qui entretiennent des relations socioéconomiques avec les autres communautés exclusivement à l’intérieur des mellahs. Cependant c’est au Juif marocain de quitter son espace et entrer dans un autre espace (Palais, Tribunal) pour régler ses affaires administratives.

2. Le rural :

La société marocaine rurale est opposée à la première. Son espace vital est les champs, la forêt, le désert et la montagne. Il est simplement aisé pour un auditeur/lecteur marocain de savoir que les forêts et les montagnes sont les espaces géographiques de la composante berbère, le désert représenté dans le conte par du sable et des chameaux est le lieu de vie des composantes sahraouies et africaines tandis que les champs cultivés indiquent la présence d’une composante arabe. La société rurale est aussi diversifiée et hiérarchisée. Les oppositions sociales entre riches et pauvres, entre hommes et femmes et entre adultes, jeunes et enfants sont largement visibles dans les contes de notre corpus. Les protagonistes du conte populaire ont toujours les mêmes désirs : atteindre la richesse pour changer de rang social, donner naissance à un enfant, devenir adulte pour pouvoir sauver et épouser la princesse. La société rurale est représentée donc par une classe sociale inférieure composée de bûcherons, cultivateurs, agriculteurs et pécheurs, tandis qu’en haut de l’échelle sociale, il existe une catégorie sociale supérieure dont les chefs de tribus et les chefs religieux sont les représentants. Le conte est le miroir de la société, il est créé par elle et pour elle, c’est pour cette raison que la classe populaire soit la plus décrite et la plus représentée par rapport aux autres classes sociales car elle était majoritaire et reste encore majoritaire au Maroc.

3 - Les interactions sociales dans le conte marocain :

Ainsi, le héros humain peut être marginal(15), c'est-à-dire qu’il occupe une position inférieure dans sa famille ou par rapport à son entourage (camarades, société, etc.). Notre héros peut être le septième fils d’un pauvre bûcheron, le troisième fils d’un riche commerçant ou le petit fils d’un homme riche. Il peut être marginalisé depuis son enfance comme c’est le cas dans le conte intitulé Moulay Atiq. Le héros de ce conte suscitait la jalousie de ses camarades qui voulaient se débarrasser de lui car il était beau et intelligent malgré qu’il soit un orphelin élevé par un Juif marocain.

Il y a aussi une marginalité sociale caractérisée par la pauvreté et la solitude (bûcheron pauvre et chargé de famille, commerçant dont les affaires vont mal, etc.). Les héros de notre corpus doivent toujours se déplacer très loin pour s’offrir une vie meilleure dans une autre société ou au moins retourner riche dans la leur. Les héros du corpus appartiennent à plusieurs catégories sociales et à différentes classes d’âges. Il y d’une part des adolescents comme le prince et la fille muette ou des enfants comme le fils du commerçant qui devient roi. Ils sont dans leur majorité des jeunes hommes et parfois, ils sont des hommes de familles. En fonction de leur appartenance sociale et de leur niveau de vie, nous avons les pauvres comme les artisans, les paysans, les bûcherons, et les gens de peuple. Et nous avons les riches comme les princes, et les fils des commerçants riches. Les héros bougent dans un monde plein d’oppositions ; Il y a d’une part, les jeunes héros opposés aux vieux rois et aux vieux méchants pères, et d’autre part, les pauvres opposés aux riches ou en général, les sans pouvoirs (les héros) contre ceux qui ont le pouvoir (rois, chefs, vizirs, etc.). Souvent, le héros lorsqu’il n’est pas noble, il fait partie d’une classe dominée. Dans le cas inverse, il est toujours un prince qui cherche une femme à épouser ! On peut dire à la fin que le héros appartient toujours à la classe des bons récompensés à la fin des contes(16). Quand le héros est un adulte, il est décrit selon sa profession et son métier : il est un pauvre bûcheron ayant beaucoup d’enfants, il est le fiancé d’une jolie fille en voyage pour commerce, il est un pauvre chargé de famille, un commerçant marié ou faisant partie d’une bande de voleurs.

Pour la femme dont la vie est déterminée par une hiérarchie sociale, sexuée et générationnelle(17), elle est souvent dans un état d’humiliation et de pauvreté matérielle et/ou symbolique, le conte permet de dessiner un parcours narratif de l’héroïne qui passe par cet état d’humiliation à celui d’élévation et de l’état de la pauvreté à celui de la richesse par le biais de l’institution du mariage(18).

Toutes les héroïnes des contes du corpus ont un parcours similaire et que la clé de l’ascension sociale et l’accès au domaine royal est la bonté, la beauté et l’obéissance. On peut dire que la femme dans le conte est dominée par l’homme qui peut être son père qui s’oppose à son mariage, l’homme peut être aussi celui qui l’agresse par un viol, un enlèvement ou un mariage forcé, d’ailleurs même si la femme est agressée par une autre femme (cas de sorcellerie), c’est à l’homme d’enlever l’enchantement ! Il peut être enfin toute la société masculine qui empêche la femme d’accéder à la sphère publique et de gouverner dans cette société patriarcale sévèrement hiérarchisée selon le sexe et l’âge(19).

Le conte populaire marocain donne plus de place aux hommes par rapport aux femmes et aux adultes par rapport aux enfants, aux jeunes et aux vieux. Il décrit une sorte de stabilité sociale ou une stagnation d’une société traditionnelle dans laquelle chacun a un rang, une classe, une fonction et un rôle à jouer. Néanmoins, le conte populaire marocain donne la possibilité et l’espoir de changer de classe sociale et ainsi sa destinée : le fils d’un pauvre bûcheron épousa une princesse, apporta un remède magique à son beau-père le roi et ainsi gagna la confiance de ce dernier qui le nomma héritier du royaume(20).

Inversement, la femme issue d’une classe modeste peut atteindre un rang social plus élevé par l’institution du mariage : ainsi la fille du nomade épouse le prince et devienne la reine. Dans ce cas-là, il y a des rapports d’interaction et d’égalité : la femme gouverne la maison ou le palais alors que le roi est souverain sur tout le royaume. D’autre part, sans la femme le héros ne peut pas compléter son parcours initiatique et inversement, le mariage par amour devient une norme sociale et religieuse par lequel se traduit ce rapport d’égalité.

Notre corpus donne aussi plus de détail sur la catégorie sociale des enfants orphelins ou élevé par un seul parent (souvent la mère). Ces enfants doivent montrer beaucoup de courage, d’intelligence et de patience pour réussir à dépasser les difficultés de la vie et de trouver leurs objets de recherche. Dans ce cas-là, ces enfants cherchent à trouver la richesse matérielle et attendre l’âge adulte de se marier ou d’affronter plusieurs obstacles pour trouver le père symbole d’une appartenance sociale et d’une sécurité symbolique(21). Dans (Histoire de Moulay Atiq), l’adolescent affronte le danger et risque sa vie pour réussir à épouser la fille d’un roi juste pour prouver aux autres enfants qu’il a un nom propre et qu’il n’est plus celui qui ne connait pas son père.

Conclusion :

Le conte populaire est par conséquent une manifestation de la société traditionnelle caractérisée par une forte oralité. Ainsi, dans le paysage culturel marocain, le conte populaire est l’une des manifestations spectaculaires de la mémoire collective et individuelle, ses personnages sont diversifiés : qu’ils soient humains ou fantastiques, animaliers ou merveilleux, ils sont porteurs de codes sociaux et de valeurs morales que la société marocaine intègre consciemment ou inconsciemment. La société marocaine est caractérisée par une forte dynamique de diversité culturelle et linguistique. La culture marocaine est de ce fait hétéroclite en présentant des sous-cultures ou cultures locales ayant chacune des particularités spécifiques : linguistiques, ethniques, religieuses, raciales, etc. Les personnages du conte marocains sont évidemment des personnages qui appartiennent à cette culture arabo-musulmane, c'est-à-dire des personnages qui sont connus et reconnus par le lecteur malgré leurs caractères parfois surnaturels.

En effet, tous les contes de notre corpus sont des contes à quête (quête d’un personnage ou d’un objet animé on inanimé). Les rôles des personnages affirment l’existence d’un ordre social avec la présence d’une distinction entre les classes d’âges et les groupes sociaux et la domination d’une autorité légitime (rois, religion). La quête coïncide souvent avec la rupture de cet ordre social par une génération plutôt jeune ou appartenant au rang des dominés par le pouvoir en cours. Le héros se détache alors de sa communauté (sur un plan moral, spatial) pour essayer de rétablir l’ordre social perturbé ou retrouver une fonction sociale adéquate s’il se sent qu’il en dépourvue ou qu’il est marginalisé. Les contes de corpus affirment aussi la primauté de l’axe sujet (héros masculin ou féminin) et objet (personnage recherché ou objet désiré) sur les autres axes.

Notes :
1 - H. el Kasri : "La littérature orale", in La grande encyclopédie du Maroc, vol. 1, Rabat 1987, pp. 132-142.
2 - V. Propp : "Les transformations des contes merveilleux", in Morphologie du conte, Seuil, Paris 1965, p. 176.
3 - Ibid.
4 - T. Marie-Tenèze : "Introduction à l’étude de la littérature orale, le conte", In Annales, Economies, Sociétés, Civilisations, 24e année, N° 5, 1969, pp. 1104-1120.
5 - D. Légey : Contes et légendes populaires du Maroc recueillis à Marrakech, Sirocco, Casablanca 2010.
6 - Edifice religieux musulman qui structure une confrérie religieuse et toute une communauté d’adeptes.
7 - En relation avec la famille des descendants du prophète de l’Islam "Mohamed".
8 - G. Jean : Les pouvoirs des contes, Casterman, Tournai, 1990, p. 138.
9 - D. Légey : Histoire du Juif et du Marocain, p. 200.
10 - D. Légey : Histoire de Moulay Atiq, p. 240.
11 - D. Légey : Histoire du fils du roi et la fille du nomade, p. 110.
12 - Chrétiens.
13 - D. Légey : Histoire de Sidi Bel Abbes et de Sidi Allal el Kerwani, p. 317.
14 - D. Légey : Histoire de Lalla Halima et de Lalla Zaziya, p. 340.
15 - M. Simonsen : Le conte populaire, P.U.F., Paris 1984, p. 35.
16 - C. Bremond : "Les bons récompensés et les méchants punis", in Sémiotique narrative et textuelle, Larousse, 1973, p. 96-121.
17 - N. Cherkaoui : Du droit à l’école à la reconnaissance de l’adolescence pour la jeune fille marocaine, Carrefours de l’éducation, N° 24, Février 2007, p. 37-52.
18 - J. Courtes : Introduction à la sémiotique narrative et discursive, Hachette, Paris 1976, p. 111.
19 - N. Chikhaoui : op. cit., p. 3.
20 - D. Légey : Histoire du Ghoul et le Fils du bucheron, p. 155.
21 - D. Légey : Histoire de la petite fille et de l’ogresse, p. 118.
Références :
1 - Bremond, C.: "Les bons récompensés et les méchants punis", in Sémiotique narrative et textuelle, Larousse, 1973.
2 - Cherkaoui, N. : Du droit à l’école à la reconnaissance de l’adolescence pour la jeune fille marocaine, Carrefours de l’éducation, N° 24, Février 2007.
3 - Courtes, J.: Introduction à la sémiotique narrative et discursive, Hachette, Paris 1976.
4 - El Kasri, H.: "La littérature orale", in La grande encyclopédie du Maroc, vol. 1, Rabat 1987.
5 - Jean, G.: Les pouvoirs des contes, Casterman, Tournai, 1990.
6 - Légey, Doctoresse : Contes et légendes populaires du Maroc recueillis à Marrakech, Sirocco, Casablanca 2010.
7 - Légey, Doctoresse : Histoire de la petite fille et de l’ogresse.
8 - Légey, Doctoresse : Histoire de Lalla Halima et de Lalla Zaziya.
9 - Légey, Doctoresse : Histoire de Moulay Atiq.
10 - Légey, Doctoresse : Histoire de Sidi Bel Abbes et de Sidi Allal el Kerwani.
11 - Légey, Doctoresse : Histoire du fils du roi et la fille du nomade.
12 - Légey, Doctoresse : Histoire du Ghoul et le Fils du bucheron.
13 - Légey, Doctoresse : Histoire du Juif et du Marocain.
14 - Marie-Tenèze, T.: "Introduction à l’étude de la littérature orale, le conte", In Annales, Economies, Sociétés, Civilisations, 24e année, N° 5, 1969.
15 - Propp, V.: "Les transformations des contes merveilleux", in Morphologie du conte, Seuil, Paris 1965.
16 - Simonsen, M.: Le conte populaire, P.U.F., Paris 1984.
Pour citer l'article :

* Abdelaaziz Mimi : Quelques éléments de la diversité dans le conte populaire marocain, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 20, 2020. http://annales.univ-mosta.dz

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