Présence de figures mythiques dans la poésie arabe moderne

Dr Massyla Dieye
Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal

Résumé :

L’objectif de cet article est de traiter l’importance de la mythologie dans la poésie arabe moderne. Les figures mythiques constituent une riche source d’inspiration et un important moyen d’expression utilisés par les auteurs avant-gardistes de la poésie arabe moderne. En effet les précurseurs de cette forme de poésie soutiennent que les moyens d’expression de la poésie Classique hérités des anciens ne peuvent exprimer les sentiments enfouis dans le subconscient des jeunes poètes arabes; alors que les figures mythiques permettent à l’homme moderne de donner son avis sur le sens de la vie l’univers l’existence les valeurs etc. Les principaux poètes qui ont le plus utilisé les figures mythiques sont Abd al-Wahab al-Bayati Badr Shakir as-Sayyab, Salah Abd as-Sabur.

Mots-clés :

Mythologie, Poésie arabe moderne, Prométhée, Sisyphe, Astarte.

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Presence of mythical figures in modern Arabic poetry

Dr Massyla Dieye
Cheikh Anta Diop University of Dakar, Senegal

Abstract:

The purpose of this article is to treat the importance of the Mythology in Modern Arab Poetry. The mythical figures make up an important medium of expression used in the Modern Arab Poetry. In fact, the pioneer of Modern Arab Poetry argues that the classical poetic way of expressing heritated from the preceding generations cannot no more express ideal feelings hided in the subconscious of contemporary poets. Whereas the use of mythical figures allows the modern man to show his vision of live, universe, existence, values, imagination, inspiration, etc. The main poet Arab which use the mythical figures in their poems are: Abd al-Wahâb al-Bayati, Badr Shakir as-Sayyâb, Salâh Abd as-Sabûr.

Key words:

Mythology, Modern Arab Poetry, Prometheus, Sisyphus, Astarte.

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Texte :

Le choix de ce sujet s’explique par l’importance que revêt l’utilisation de figures mythiques dans la poésie arabe moderne et la place qu’elle occupe dans le patrimoine culturel arabe. Cependant il est nécessaire de signaler la rareté de la présence de la mythologie dans l’espace poétique, linguistique et culturel arabe. Cela s’explique par l’impossibilité de faire coexister des légendes à caractères religieux dans une culture fondée sur un monothéisme intransigeant et exclusif mais il faut noter qu’elle est plus utilisée par des poètes arabes d’obédience chrétienne. Nous tenterons tout d’abord de donner une définition de la mythologie, du mythe et de souligner sa présence chez les grecs, les arabes dans la période antéislamique, le Coran et quelques auteurs de la poésie arabe moderne.

La mythologie est tantôt définie comme étude des mythes, tantôt définie comme l’ensemble des légendes relatives aux dieux et aux héros. Le mythe est une construction imaginaire (récit, représentation, idées) qui se veut explicative de phénomènes cosmiques ou sociaux et surtout fondatrice d’une pratique sociale en fonction des valeurs fondamentales d’une communauté à la recherche de sa cohésion. Le mythe met en scène des êtres incarnant sous une forme symbolique des forces de la nature, des aspects de la condition humaine(1).

Les mythes sont considérés comme des légendes sacrés d’un peuple ou d’une tribu primitive, un héritage lié à une foi, une croyance. Ils expriment une réalité culturelle, la croyance à la mort, la vie etc. A travers des épopées, les peuples racontent des légendes de leurs ancêtres, des guerres et des victoires c’est pourquoi les mythes ne sont pas considérés comme de l’histoire car sa crédibilité reste à prouver. En d’autres termes le mythe est un personnage imaginaire dont plusieurs traits correspondent à un idéal humain, un model exemplaire, un ensemble de croyances, de représentations idéalisées autour d’un personnage, d’un phénomène, d’un évènement historique qui leur donne une importance particulière.

La notion de la mythologie est utilisée pour décrire des récits des figures divines, humaines ou monstrueuses liée à une civilisation, une religion, une société traditionnelle éloignée dans le temps et l’espace. Elle remonte à l’antiquité ; on parle de mythologie grecque, mythologie égyptienne, mythologie Dogon, mythologie Babylonienne, mythologie romaine etc. La mythologie est fondée sur la représentation des Dieux et des déesses. Chaque divinité symbolise une idée, un sentiment ou une force de l’existence. Chaque légende est une image poétique magnifique. Il y’a le dieu de l’amour, la déesse de la beauté, la déesse de la sagesse, le dieu de la poésie et de la musique, ainsi que d’autres valeurs et d’autres éléments de l’univers dotés d’âmes, de vie de sentiment, ainsi la mythologie offre une nouvelle vision de l’univers.

Dans la mythologie grecque les dieux les plus célèbres sont Zeus roi des dieux, Aphrodite déesse de l’amour, Athènes déesse de la sagesse et des arts, Apollon dieu du soleil, de la lumière et de la musique Ouranos dieu du ciel, Gaia dieu de la terre etc.

Dans la mythologie arabe, Houbal est considéré comme le père des dieux, il était près de la Kaaba, Al-lat, placée à Taif était la déesse de la fécondité et de la féminité, Uzza, était la déesse de la force et de la fertilité, Manat, déesse du destin(2). Dans le coran le terme mythe (أسطورة) "ustûra" est utilisé sous forme de pluriel (أساطير) "asâtîr) suivi du terme awalîna.

"إنّ وعد الله حقٌّ فيقول ما هذا إلاّ أساطير الأوّلين" (الأحقاف: 17).

Certes la promesse d’Allah est véridique. Mais il répond : Ce ne sont que des contes d’anciens(3).

Notons que dans ces versets le sens d’ustûra mythe est plutôt similaire à légende, conte et non personnage mythique ou divinité mythique. Le récit des mythes (Asâtîr) dans le Coran ne concerne que les versets mecquois, tandis que les versets médinois sont marqués par l’absence de son utilisation. Cela peut s’expliquer par le fait que Médine est un milieu imprégné de la culture des gens du livre (Judaïsme, et christianisme) qui supplanta les mythes, les légendes, le paganisme, les idoles (Lât, Ozza et Manât) qui prévalait à la Mecque au Hijaz. Selon Abû al-Qâsim ash-Shâbby les grecs se sont beaucoup inspirés de la mythologie du peuple Assyrien(4).

1 - Emploi de la mythologie dans la poésie arabe moderne :

La poésie arabe moderne utilise dans son expérience poétique des figures mythiques et des symboles. Le poète n’exprime pas son vécu de manière directe mais il utilise des symboles ou la mythologie ancienne pour faire état à son expérience personnelle.

L’utilisation du mythe "ustûra" dans la poésie arabe moderne est caractérisée par deux étapes :
- L’étape préliminaire de l’emploi du mythe, représentée par les écoles poétiques de la renaissance et du renouveau de la première moitié du 20e siècle : l’école de la renaissance l’école du Dîwan, l’école du Mahjar (émigration) et l’école d’Apollo.
Ahmad Shawqî modelait ses récits en utilisant des animaux, Shafîq Maâlûf représentait la mythologie arabe dans Abqar, Aly Mahmûd Tâhâ dans ses œuvres : Ames et fantômes, les Quatre vents, s’inspire des sources pharaoniques et grecques, Ilyâs Abû Shabaka remodelait les récits de la Bible.
- La deuxième étape qui s’étend du début de la deuxième moitié du 20e siècle à notre jour, consiste à utiliser la mythologie dans la composition des poèmes. Cette deuxième génération a le plus puisé dans la mythologie grecque (Sisyphe, Prométhée, Adonis, Venus, Perséphone), dans la mythologie Babylonienne (Tamuz, Ashtarté), la mythologie arabe (Sindbad, Shahrazad, Shahrayar, Antar, Ayûb, Qâbil, Hâbil etc.), et la mythologie hébraïque (Le Christ, Yahuza). Parmi les poètes de la littérature arabe contemporaine qui ont le plus marqué l’utilisation des mythes et symboles, nous pouvons citer Badr Shakir as-Sayyâb, Salâh Abd as-Sabûr, Abd al-Wahâb al-Bayâtî, etc.

L’utilisation de la mythologie dans la création poétique arabe est considérée comme l’un des principaux éléments que le romantisme a ajouté à la poésie arabe. Cela peut même constituer un aspect de l’influence de la culture occidentale sur la littérature arabe moderne. Alors que la littérature arabe particulièrement islamique n’est pas par définition une littérature de mythologie mais malgré cette tradition littéraire, culturelle, et idéologique, la plupart des romantiques arabes ne sont pas abstenus de s’inspirer de la mythologie grecque, romaine, babylonienne, phénicienne etc.(5).

2 - La mythologie chez les auteurs de l’école du Mahjar :

1. Amîn ar-Rayhânî :

Dans un poème intitulé "Rabat al wâdî", Amin ar-Rayhânî crée une atmosphère mythologique où il prend part à l’instar des autres éléments(6):

أنا فيِ قيثاِركِ رُوحُ الْفقْنُسْ تَحْتَ رَمادِ الْمُنُون، رُوحُ أُرفِيُوسْ فَوْقَ أَمْواجِ الْفُنُونِ

Je suis dans ta guitare l’âme de Venus sous les cendres de la mort. L’âme d’Orphée au-dessus des vagues des arts(7).

2. Jubran Khalîl Jubran :

Jubran Khalîl Jubran, animateur principal de la littérature arabe du Mahjar (émigration), doyen de la "Râbita al-qalamiya" n'a pas été en reste en ce qui concerne l’utilisation du mythe dans ses œuvres. Dans l’une de ses premières œuvres Nymphe des vallées "Arâis al-murûj", il emploie le mythe de Ashtart, en faisant demander à Nathan d’implorer la grâce de la Déesse Ashtar devant l’incapacité de sauver sa bien-aimée :
"Du plus profond de mon cœur, je crie vers toi. Oh glorieuse Ashtar, et du fond de l’obscurité de la nuit, j’implore ta grâce… j’aime une fille parmi toutes les filles et j’en fais ma compagne, mais les épouses célestes l’ont enviée et lui ont inoculé une étrange affection. Elles lui ont envoyé le messager de la mort qui se tint prés de son lit comme un fantôme affamé qui étend sur elle ses grandes ailes noires nervurées et qui ouvre ses griffes acérées pour être prêt à se saisir d’elle. Je suis venu te supplier d’avoir pitié et d’épargner cette fleur qui n’a pas encore pu jouir de l’été de la vie, Sauve–la, oh Ashtart Déesse des miracles et laisse l’amour l’emporter sur la mort dans cette lutte de la joie contre le chagrin"(8).

Par ailleurs, dans son roman autobiographique intitulé "Al-Ajnihat al-mutakassira" (Les Ailes Brisées), Jubran nous décrit dans le chapitre intitulé "Entre le Christ et Ashtart"(9), les péripéties de sa première idylle avec Miss Halla Daher immortalisée sous le nom de Salma Karâma. Il fait assister à leur rencontre secrète Ashtart, Déesse de l’amour et le Christ cloué sur sa croix.

3 - La mythologie chez les poètes de l’Ecole d’Apollo :

1. Aly Mahmûd Tâhâ :

Aly Mahmûd Tâhâ, n’a pas manqué de contribuer à l’introduction de la mythologie dans la littérature arabe. En effet il a décrit dans un long poème intitulé "Arwâh wa Ashbâh" un dialogue poétique et philosophique entre des personnages tirés de la mythologie grecque et des récits de la thora.

Dans un autre poème intitulé cabaret des poètes "Hânat ash-shuara", il fait appel à la mythologie grecque pour transférer le cabaret vers le monde de la beauté et de l’idéal qui transforme la réalité en rêve(10):

هَيَ فِي حَاجَةٍ شَتَّى عَجَائِبُهَا مَفْرُوشَةٌ بِالزَّهْرِ وَالْقَصَبِ
فِي ظُلَّةٍ بَاتَتْ تُدَاعِبُهَا أَنْفَاسُ لَيْلٍ مُقْمِرِ السُحُبِ
وَزَهَتْ بِمِصْبَاحٍ جَوانِبُها صافِي الزُجاجَةُ راقِصُ الَلَهَبِ
أَوْ تِلْكَ حانَتُهُ؟ فواعَجَبَا! أَمْ صُنْعُ أحلام وأَهْواءِ
وَمِنَ الْخَيالِ أَهْلُ واقْتَرَبَا؟ فِينُوسْ خَارِجَةٌ مِنَ الْمَاءِ
C’est un cabaret aux multiples merveilles / Meublé de rose et de roseaux.
Dans une véranda caressée par les souffles / D’une nuit claire et des nuages,
Eclairé par des lampes aux verres claires et limpides, Et des flammes dansantes dans les coins.
Est-ce bien son cabaret ? Quelle merveille ! / Est-ce le fait d’un rêve ou d’une passion ?
Il est proche de l’imaginer, il en est familiarisé. / Venus est sortie de l’eau.

Il continue à décrire le cabaret et ses habitués en mettant l’accent sur l’état d’extase(11):

جَلَسُوا نَشَاوَى مِثْلَمَا قَدِمُوا يَتَرَقَبُونَ مَنَافِذَ الْبَاب
يَتَهَامَسُونَ وهَمَسُهُمْ نَغَمٌ يَسْرِي عَلَى رَنَّاتِ أَكْوَابٍ
إِنْ تَسْأَلِ الْخَمَّارَ قَالَ هُمُو عُشَاقُ فَنٍّ أَهْلُ آدابٍ
لَوْ لآ دُخَانُ التِبْغِ خِلْتَهُمُو أَنْصَافَ آلِهَةٍ وَأَرْبَابٍ
Ils sont assis en état d’ébriété venue dans ce même état. / Ils avaient le regard dirigé vers la porte.
Ils murmuraient et leur murmure formait une mélodie / Qui résonne avec le bruit de verres.
Si tu demandes au serveur, il dit / Ceux sont des amoureux d’art, des poètes.
Si ce n’était la fumée des cigarettes / Tu les prendrais pour des Dieux et des rois justes.
2. Abû al–Qâsim Ash-Shâbby :

Figure principale de l'histoire de la poésie arabe du XXe siècle, "meilleur exemple de l'inquiétude arabe des Temps modernes" selon l'expression de Jacques Berque, "apôtre d'un vrai renouveau" et "chantre déchirant de frontières des civilisations", Shabby(12) est l’un des plus grands poètes d'Afrique du Nord. Connu et admiré de tout le monde arabe par son célèbre poème "Irâdat al-hayât" (La volonté de vivre), il a manifesté, à l’instar de ses ainés son attachement à la mythologie dans son poème intitulé : "Nashîd al-jabbâr aw hakazâ ghannâ Prométhious" "Le chant du géant ou Ainsi chantait Prométhée"(13).

Dans ce poème, Shâbby se met sous la peau de Prométhée qui évoque l’histoire mythique du "voleur de feu", ou la promotion de l’homme, sa libération, l’affirmation de sa liberté contre toute limitation traditionnelle et religieuse. En effet il s’assimile à Prométhée dans son dévouement pour le bonheur du genre humain. Shâbby a choisi ce personnage mythique car il symbolise la persévérance, la lutte, la résistance, le défi, la révolte, la douleur et la souffrance. Le poème est composé de 36 vers, le distique d’ouverture commence par(14):

سأعيش رغم الداء والأعداء كالنسر فوق القمة الشماء
Je vivrai malgré la maladie qui me ronge et les ennemis qui m’assaillent / Comme un aigle flairant au sommet des montagnes.

Il espère vivre décemment, rester libre braver la maladie, résister contre les ennemis en prenant comme métaphore l’aigle qui survole librement les sommets avec fierté, noblesse et grandeur. L’auteur a gouté l’amertume des conséquences de la domination coloniale à laquelle son pays est confronté, le poids de la lutte contre l’ennemi était plus rude que celui de la résistance contre sa maladie. Il n’avait pour arme que l’ironie et l’espoir de se libérer du joug de l’oppression du colonialisme français. Le soleil symbolise son aspiration à la liberté ; les nuages qui se dissipent symbolisent les forces du mal(15):

أرنو إلى الشمس المضيئة هازئا بالسحب والأمطار والأنواء

Je regarde le soleil éclatant en jetant un regard sarcastique sur les nuages et la pluie.

Son aspiration à la liberté l’amène à fermer les yeux sur les ténèbres que l’ennemi répand dans sa patrie. Le poète considère les ténèbres comme une ombre éphémère ensevelies par le peuple tunisien(16):

لا أرمق الظل الكئيب ولا أرى ما في قرارة الهوّة السوداء

Je ne regarde pas les ténèbres mornes ni ce qui est dans le tréfonds gouffre noir.
L’identification prométhéenne apparait en filigrane dans les vers suivants (17):
"Je marcherai dans le monde de la poésie, / Je rêverai, Je chanterai le bonheur des poètes
Je dirai au destin qui s’acharne à combattre / Mes espérances par milles épreuves.
Ni les vagues d’afflictions et de désespoirs soufflant en tempête / N’éteindront les flammes qui circulent dans mes veines.
Je poursuivrai mon chemin malgré les obstacles./ Pinçant ma guitare, fredonnant mes chansons.
Je marcherai alliant au rêve l’étincelle / Ecartant les voiles de la souffrance et du mal".

L’emploi du futur exprime la détermination du poète, de braver la souffrance les obstacles multiples qui se dressent sur son chemin. Cette voix prométhéenne s’est exprimée à travers deux attributs du poète lyrique la cithare et la flute. Le Prométhée de Shâbby est un héros souffrant mais triomphant. Il n’a rien volé mais possède la force et la parole inspirées, il chante sa souffrance, sa conviction et sa foi en soi même(18):

النور في قلبي وبين جوانحي فعلام أخشى السير في الظلماء
إني أنا الناي الذي لا تنتهي أنغامه ما دام الأحياء

La lumière est dans mon cœur et mes veines / pourquoi craindrais d’avancer dans les ténèbres.
Je suis une flute dont les sons jamais ne cesseront / tant qu’il y aura la vie.

4 - Les avant-gardistes de la révolution poétique arabe :

La poésie arabe moderne est un phénomène singulier qui tente d’amener une réponse aux problématiques socio-politiques et idéologiques du monde arabe. Elle cristallise un changement radical dans la création poétique arabe, porte une nouvelle vision de la forme et du fond pour bouleverser le patrimoine poétique arabe ancien. Ce type de poésie est l’expression d’une nouvelle génération qui aspire à se libérer et à se débarrasser du joug du passé en vue de reconstituer les principes et règles de création poétique et l’expression de soi. Les conséquences néfastes de la deuxième guerre mondiale sur le monde arabe, l’occupation de la Palestine en 1948, la succession de nakba (malheur et échecs contre Israël) ont bouleversé les valeurs et les croyances du monde arabe et humilié la jeunesse arabe qui va déclencher une série de révolte dans le champ poétique(19).

1. Badr Shakir as-Sayyâb :

Badr Shâkir as-Sayyâb(20) est l’un des poètes de la littérature arabe moderne qui a le plus utilisé les figures mythiques dans la poésie arabe. Dans son poème intitulé : "Madînat bilâ matar" (Ville sans pluie), il nous fait une description mythique de Babylone qui est ici l’Iraq. Il dit dans l’entame du poème(21):

مدينتنا تؤرق ليلها نار بلا لهب تحمّ دروبها والدور ثم تزول حماها
يصبغها الغروب بكل ما حملته من سحب فتوشك أن تطير شرارة ويهب موتاها

Un feu sans flamme empêche la ville de dormir / chauffe les rues et les maisons.
Enlève sa protection colorée par le coucher du soleil avec ses vagues de nuages. / La ville est sur le point d’éclater, les morts se relèvent.

Babylone est une ville dévastée, désertée, elle attend la pluie, et l’aurore de la révolution. Ici Sayyâb charge les vers d’un environnement mythique à travers des symboles mythiques, il peint l’état dramatique vécu par des millions d’Irakiens peu après la révolution de 1958, dans les vers suivants(22):
"Les affamés croient que leur seigneur Ashtart / a rendu le prisonnier à l’humanité,
couronné de fruits son front / les affamés s’imaginent que le puissant Christ,
a déplacé les pierres de sa tombe / redonné la vie dans le mausolée,
guéri les lépreux et les aveugles / qui a libéré les loups ?".

Il dit : quand la pluie (révolution) est tombée, les affamés imaginent que Ashtart, Déesse de la fertilité a libéré le printemps et que le Christ viendra pour ressusciter les morts, guérir les malades, rendre la vue aux malvoyants.

Dans le poème suivant Sayyâb utilise le mythe d’Attis(23) qui lorsque ses adeptes célèbrent son anniversaire, attachent son statut à un pied d’arbre et se blessent avec un sabre jusqu’à ce que le sang coule en vue d’offrande aux Dieux ; signe de fécondité, Attis est ici la révolution qui fait pousser la graine et étanche la soif(24):

تموز هذا أتيس هذا وهذا الربيع
يا خبزنا يا أتيس أنبت لنا الحب وأحي اليبيس

"Tammuz voici Attis voici le printemps,
Oh notre pain oh Attis fais pousser la graine pour nous et reviviez les morts".

Dans son poème intitulé "Unshûdat al-matar" (Chanson de la pluie), il fait allusion à la Déesse Ashtart sans la citer nommément. Dans les premiers vers on a l’impression que le poète décrit sa bien-aimée lorsqu’il peint ses qualités mais au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture on se rend compte qu’il s’adresse à Ashtart (Déesse de la fécondité qui sourit) dans le moule de la bien-aimée car les caractéristiques de cette divinité sont la fertilité, la renaissance mythique(25):

عيناك غابتا نخيل ساعة السحر أو شرفتا راح ينأى عنهما القمر
عيناك حين تبسمان تورق الكروم وترقص الأضواء كالأقمار في نهر

"Tes yeux sont absents, nous imaginons le temps de magie, le balcon de repos d’où s’éloigne la lune.

Lorsque tes yeux sourient, ils garnissent les vignes de feuilles. La danse des lumières ressemble à la clarté de lune sur le fleuve".

Dans un autre poème intitulé "Cerbères(26) fi Babel" Badr Sayyâb fait allusion au maître d’Iraq, Babel symbolisant le pays. Le mythe de Cerbères symbolise la pauvreté, la démagogie, la racaille, l’expansion de la ruine dans son pays l’Iraq. Dans ce poème le poète attend le miracle qui va sauver le pays de la mort, la destruction(27):
"Que Cerberes dans les ruelles tristes et dévastées de Babylone comprenne,
que l’univers est rempli de horde, déchire les enfants avec ses canines,
écrase les os et boit le sang du cœur".

Dans un autre poème intitulé "Madinat Sindbad", Badr Sayyâb emploie le mythe de Sindbad qui symbolise le voyageur aventurier qui espère un retour triomphal. Sayyâb commence par décrire la ville de Sindbab confrontée à la pauvreté et la famine(28):
"Affamé dans les tombes sans nourriture/ nu sous la neige sans couverture,
j’ai poussé un cri à l’hiver / oh pluie j’ai croqué les os,
la glace / et les cailloux et avalé la poussière".

Dans le poème suivant l’auteur pense que l’homme doit quitter son pays natal et braver les océans pour un retour réconfortant et une vie meilleure(29):
"Oh Sindbad ne reviens-tu pas, la jeunesse a presque disparu, les lys flottent dans les ravins à quand le retour ?".

Dans un poème intitulé "Shubâk wa fayqat" Sayyâb utilise le mythe d’Icare(30) qui interprété comme l’effet néfaste que peut avoir le désir de l’homme d’aller plus loin au risque de périr(31):

إيكار يمسّح بالشمس ريشات النسر وينطلق
إيكار تلقّفه الأفق ورماه إلى اللجج الرمس

"Icare caresse du soleil les plumes de l’aigle et s’en va,
L’horizon le cache et le jette dans l’abîme de la tombe".

Ailleurs dans un poème intitulé "Al-Masih baâda as-sulb" (Le Christ après la crucifixion), Sayyâb évoque le Christ qui s’est sacrifié pour donner la vie aux pauvres démunis, Dans ces vers Sayyâb montre que la vie du Christ après sa crucifixion est plus riche plus féconde, beaucoup plus importante que sa vie antérieure(32). Elle ressemble à une poignée de grain de mil semée ; chaque grain donne un épi ; chaque épi donne cent grains(33):
"Je suis mort pour donner du pain, pour être semé,
combien de vies vivrai-je, dans chaque creux je deviens l’avenir, le germe,
je deviens une génération, mon sang coule dans tous les cœurs goutte par goutte".

Et voilà comment la mort de Jésus devient une véritable résurrection pour une nation toute entière. Sayyâb utilise les symboles et mythe du Christ et la crucifixion dans la plupart de ses poèmes. Dans son recueil de poèmes intitulé "Unshûdat al-matar", ces symboles sont liés à la conception du sacrifice. Le poème "Garîb alâ al-khalîj" évoque le dépaysement du poète par rapport à sa patrie, son esseulement par rapport à ses sentiments et son état d’âme. Il s’adresse à son pays avec passion et sympathie la charge est lourde tel le poids de la croix sur le Christ.

Dans la strophe suivante, le Christ après son crucifiement, résiste à la mort ; car il écoute et entend les pas qui s’éloignent et distingue le soupir du vent et le frémissement des palmiers.

Les gémissements et les lamentations évoquent la douleur et la tristesse à la suite du supplice de la croix(34):
"Après être enseveli, j’ai entendu le vent pousser de longs gémissements, caresser les palmiers,
J’entends les pas s’éloigner des oreilles du blessé, crucifié, cloué sous le zénith.
Ils ne m’ont pas tué, j’écoute les pleurs et les lamentations qui me séparent de la ville".

Dans son poème intitulé "Qâfilat ad-dhiyâ", il fait allusion à la tragédie des palestiniens à travers le personnage du Christ pour exprimer le combat de ce peuple meurtri qui mène le djihad pour se libérer du joug de l’occupation(35):
"Les creux Avec son tablier ensanglanté, le Christ fermait
que les vielles dents des chiens ont creusés. Le déluge l’envahit.
Ni flanc ni front est épuisé les habitats des réfugiés sont construits avec du banco dans les ténèbres".

Dans un autre poème intitulé "Ruyâ fîâm 1956", Sayyâb utilise le mythe de Ganymède qui symbolise l’amour et la souffrance pour représenter son âme prise en otage entre le réalisme et l’imaginaire(36):
"Oh étrange faucon divin, oh sauveur de l’Olympe du ciel silencieux,
Elève mon âme vers les cieux, oh faucon divin aie pitié de mon âme qui se déchire".

Dans le poème intitulé "Al-mûmis al-âmyâ" (La prostituée aveugle), Sayyâb fait allusion à la cruauté sociale où il évoque Médusa, mythe grecque qui transforme tout ce qu’elle voit en pierre. Dans un autre poème intitulé "mawt Sindbâd", il exprime la mort de la civilisation en citant Ishtar qui chez les babyloniens symbolise la fertilité mais Sayyâb exprime la mort avec les cailloux qui se trouvent dans le panier(37).

2. Abd al-Wahâb al-Bayâtî :

Il est considéré comme l’un de précurseurs de la poésie arabe moderne. Préoccupé par les problèmes auxquels son pays est confronté, Abd al-Wahâb al-Bayâtî(38) fait recours à l’imagination, le rêve et l’utilisation de figures mythologiques ou historiques pour exprimer les souffrances du peuple Iraquien. Al-Bayâtî avait des positions philosophiques et communistes ce qui lui a valu de subir d’énormes tracasseries tout le long de sa vie.

En 1968 quand le parti Ba’th prit le pouvoir il retourna au pays et fut nommé Attaché culturel à Madrid par Saddam Husayn en 1980 mais lorsque l’Irak envahit le Kuwait en 1990 Bayâtî quitte l’Espagne et se réfugie en Jordanie puis en Syrie. En 1995, il fut déchu de sa nationalité à cause de sa participation à un festival culturel arabe en Arabie Saoudite. C’est ainsi que les difficultés de Bayâtî avec l’Irak ont constitué un sujet de prédilection de beaucoup d’écrivains et de penseurs. Les péripéties de ses relations avec l’Irak s’identifient à l’histoire de Prométhée.

Dans un poème intitulé "Retour de Babylone", Al-Bayâtî dépeint l’Irak représenté par la citée de Babylone enfoncée dans la ruine, le désastre ; il implore Ashtart pour la renaissance de la ville(39):

بابل تحت خيمة الليل إلى الأبد تحوي على أطلالها الذئاب
ويملأ التراب عيونها الفارغة الحزينة بابل تحت قدم الزمان
تنتظر البحث، فيا عشتار قومي املئي الجرار

"Babylone toujours sous la tente de la nuit, ses ruines sont pleines de loups,
Le sable remplit de sable ses yeux tristes et vides. Babylone sous les pieds du temps,
Elle attend la résurrection, oh Ashtart lève-toi, remplis les jarres".

Ailleurs dans un poème intitulé "qasidat al-manfâ" nous remarquons aussi la présence de Sisyphe qui évoque le châtiment, la douleur, la tâche ardue interminable en somme les tracasseries éternelles vécues, endurées par l’homme.

Al-Bayâtî fait allusion au drame et tragédie vécues par son pays ; ce qui l’a poussé à l’exil, l’errance et la souffrance. L’évocation du mythe de Sisyphe exprime une forme de torture, de supplice, de châtiment et de douleur récurrents endurés par l’homme moderne comme si la misère de l’homme d’aujourd’hui est un prolongement de celle de l’homme d’hier. Comme l’affirme Youmnâ al-Id : Le bonheur sur terre n’existe pas "L’homme ne cessera de formuler des vœux et des souhaits jusqu’à ce qu’il se heurte à la mort"(40).

L’exil vécu par Al-Bayâtî est provoqué par les évènements douloureux qui étranglent son pays ; l’utilisation du mythe de Sisyphe ici fait allusion à la persécution et la tyrannie auxquelles sont confrontés l’homme Arabe en général et l’Irakien en particulier(41):
"Oh morts, en vain nous tentons de fuir les griffes du fauve acharné,
Dans la solitude de l’exil éloigné, l’esclave roule la pierre têtue dans la vallée,
Sisyphe se ressuscite de nouveau sous forme d’exil égaré".

Dans un autre poème intitulé "Zam'ân" (Assoiffé), il exprime à travers Sisyphe l’angoisse, l’échec et le désespoir avec ironie alors qu’il est confronté à la souffrance et à la punition(42):

سيزيف قد كان ولم يزل يهم بالشكوى ولا يحرى
ترمقه عن كثب حسرة غوارب الأمواج في البحر
والنجم عن عليائه ساخرا يرمقه بالنظر الشزر
وهو على صخرته منحن تهوي به من قمة الدهر

"Sisyphe n’a jamais cessé de se plaindre dans la dignité.
Il regarde avec consternation le sommet des vagues,
L’étoile du ciel ironise et regarde de travers,
Incliné sur un rocher, au bout du monde, il minimise".

Par ailleurs à l’instar d’Abû al-Qâsim ash-Shâbby, Prométhée apparait dans l’un de ses poèmes intitulé "Sâriq an-nâr" (Le voleur de feu). Ici Al-Bayâti s’identifie à Prométhée qui a consenti beaucoup de sacrifices pour le bonheur de l’humanité(43).

En conclusion nous pensons que la mythologie grecque a cristallisé des visions poétiques mêlées de pensées et d’imagination. Chaque récit représente une belle image poétique fruit d’une forte imagination et sensation débordante.

L’étude de ce thème nous a permis d’avoir une idée sur l’importance de l’utilisation des figures mythiques dans la littérature arabe contemporaine en général et la poésie arabe moderne en particulier. En effet les précurseurs de la poésie arabe moderne ont produit des œuvres poétiques inspirées de la mythologie. Sans doute cette tentative audacieuse fut d’un apport positif car la mythologie est un champ fertile d’imagination poétique.

Les dieux, les déesses et les légendes expriment une vision poétique soutenue par la pensée et l’imagination. L’amour est symbolisé par un dieu, la beauté par une déesse, la poésie et la musique par un dieu ainsi que d’autres valeurs importantes. Les composantes de l’univers sont dotées d’âmes, de vie, et sont sensibles à la joie la tristesse, l’angoisse etc.

Notes :
1 - Encyclopédie autodidactique, Quillet, Turin 1990, T.2, p. 277.
2 - http://fr.m.wikipedia.org
3 - Le Coran, Surat Ahqaf, V. 17.
4 - Abû al-Qâsim Ash-Shâbby: Al-khayâl ash-shirî inda al-arab, Dâr al-maârifa litibâa wa an-nashr, 1ere éd., Tunis, p. 54.
5 - Fouâd al-Furfûri: Aham mazahir ar-romantiqiyya fî al-adab al-arabî al-hadîth, dâr al-arabiyya lilkitâb, Tunis 1988, p. 214.
6 - Amin Ar-Rayhani: Hutâf al-awdiyya, Dîwân, p. 40.
7 - Tous les vers sont traduits par l’auteur.
8 - Khalil Gibran : Les Secrets du Cœur, Ed. Mortagne, Canada 1985, pp. 64-65.
9 - Khalil Gibran : Les Ailes Brisées, Ed. Mortagne, Canada 1986, p. 85, traduit par Paul Kinnet.
10 - Aly Mahmûd Tâhâ: Dîwân, qasîdat hânat ash-shuarâ.
11 - Ibid.
12 - Né le 24 février 1909 à Tozeur, décédé le 9 octobre 1934, Shâbby est un poète tunisien d’expression arabe considéré comme le poète national de la Tunisie. En 1929, il publie "L’imaginaire poétique chez les arabes", il y critique la production poétique arabe ancienne dans une conférence qui souleva un grand tollé dans le monde arabe et déclencha en Tunisie puis au proche Orient une série de réactions violentes de la part des conservateurs et des poètes salafistes.
13 - Le mythe de Prométhée est admis comme métaphore de l’apport de la connaissance aux hommes malgré les épreuves, la souffrance, le supplice, il continue à défier les obstacles.
14 - Abû al-qâsim Shâbby : Diwân Abû al-Qâsim, Dâr al-âwda, Beyrût 1972, p. 440.
15 - Ibid., p. 447.
16 - Ibid.
17 - Ibid.
18 - Ibid., p. 443.
19 - Abâ Us Ahmad al-Farabî Abd Latîf : Al-harakât al-fiqriyya wa al-adabiyya fî al-âlam al-ârabî al-hadîth, Dâr al-thaqâfa, Casablanca 1994, p. 454.
20 - Poète irakien (né à Jaykûr en 1926, mort au Koweït 1964). Sorti de l'Ecole normale supérieure de Bagdad (1944-1948), il milita au parti communiste irakien de 1945 à 1953 malgré les persécutions, plaça son combat sous le signe du nationalisme arabe. Il est, avec Nâzik al-Malâika, à l'origine d'une révolution poétique dans le monde arabe, qui fit éclater le vers traditionnel au profit de nouvelles recherches métriques et du vers libre (as-shîr al-hurr). Poète avant-gardiste, il est la référence incontestée de la poésie irakienne contemporaine (Fleurs fanées, 1947 ; Fleurs et Mythes, 1948 ; Mythes, 1950 ; le Fossoyeur, 1952 ; les Armes et les Enfants, 1954 ; la Prostituée aveugle, 1954 ; le Chant de la pluie, 1960 ; le Temple englouti, 1962 ; Iqbâl, 1965 ; la Cithare du vent, 1971 ; Orages, 1972 ; les Cadeaux, 1974).
21 - Badr Shâkir as-Sayyâb: Dîwân, http://www al-hakawati.net/ arabic/ civilizations, p. 270.
22 - Ibid., pp. 259-260. Qasidat Madînat Sindbâd.
23 - Attis : Dieu des anciens habitants de l’Asie mineure, qui correspond à Tammuz babylonien.
24 - Ibid., p. 239 ; Qasîdat Ru'ya fî âm.
25 - Ibid., p. 262.
26 - Dans la mythologie grecque Cerbères ou Cerbère est un chien qui surveille le royaume de la mort où réside Perséphone Déesse du printemps enlevée par le dieu de la mort. Cette scène est décrite par Dante dans la Comédie divine.
27 - Ibid., p. 268.
28 - Ibid., pp. 255-256.
29 - Ibid.
30 - Icare fils de Dédale est mort après avoir volé trop près du soleil alors qu’il s’échappait du labyrinthe avec des ailes de cire créées par son père.
31- Ibid., p. 75.
32 - Ihsân Abbâs: Ittijâhât ash-shîr al-ârabî al-muâsir, Dâr ash-shurûq, 2e éd., Amman 1992, p. 130.
33 - Ahmad al-Midâwî al-Majâtî: Zâhirat ash-shîr al-hadîth, Sharikat an-nashr wa at-tawzî al-madâris, Casablanca, p. 161.
34 - Ibid., p. 160.
35 - As-Sayyâb (Badr Shâkir): op. cit., p. 202.
36 - Ibid., pp. 235-236.
37 - Abâ Us Ahmad: op. cit., p. 454.
38 - Né le 19 décembre 1926, décédé le 3 Août 1999, Abd al-wahâb al-Bayâtî était un poète irakien. Il était l’un des pionniers du vers libre. Il termine ses études secondaires en 1944, fréquente l’Ecole Normale Supérieure à Bagdad de 1944 à 1950. Après avoir obtenu une maitrise en langue et littérature arabe, il enseigna dans le secondaire et publie ses premiers recueils : Malâika wa shayâtin, Abârîq muhashama, Ashîr al-îrâqî etc. Il fut relevé de ses fonctions à cause de ses agissements subversifs et incarcéré en prison. Après sa libération, il quitte l’Irak pour la Syrie, Beyrouth et s’installe au Caire où il occupe plusieurs fonctions : Rédacteur de la revue al-Jumhuriya al-qâhiriya ; Représentant de l’Irak à la conférence de solidarité afro-asiatique tenue au Caire ; Représentant des pays arabes à la conférence internationale des écrivains arabes tenue à Vienne en 1958. Après la révolution de 1958, il retourne en Irak et occupe le poste de Directeur de composition, de traduction et d’édition au ministère de la culture. Plus tard il fut nommé conseiller culturel à l’ambassade d’Irak à Moscou poste qu’il abandonna pour enseigner à l’Université de Moscou. Il réside en Union Soviétique de 1959 à 1964 et fut chercheur à l’Institut asiatique rattaché à l’académie des sciences où il dispensait des cours aux Afro-asiatiques. Il a publié : Ash'âr fî al-manfâ, Al-mawt fî al-hayât, Tajribatî ash-shi'riya, Uyûn al-kilâb al-mayyita, Al-kitâbat alâ at-tîn, An-nâr wa al-kalimât, Yawmiyât siyâsiyin muhtariq, Kalimât lâ tamût.
39 - Qasidat al-awdah min Babyl.
40 - Youmnâ al-Id: Ad-dalâlat al-ijtimâ'yah li harakat al-adab ar-rûmantîqî fî Lubnân, Dâr al-Fârâbî, 2e éd., Beyrût 1988, p. 75.
41 - Abd al-Wahâb al-Bayâti: Abârîq muhashama, Dâr al-adâb, 4e éd., Beyrût 1969, p. 109.
42 - Ibid., Dîwan qasidat zam'ân.
43 - Abd al-Wahâb al-Bayâti: Abârîq muhashama, p. 28.
Références :
* - Le Coran
1 - Abbâs, Ihsân: Ittijâhât ash-shîr al-ârabî al-muâsir, Dâr Ash-shurûq, 2e éd., Amman 1992.
2 - Al-Bayâti, Abd al-Wahâb: Abârîq muhashama, Dâr al-Adâb, 4e éd., Beyrût 1969.
3 - Al-Bayâti, Abd al-Wahâb: Abârîq muhashama.
4 - Al-Farabî, Abâ Us Ahmad Abd Latîf: Al-harakât al-fiqriyya wa al-adabiyya fî al-âlam al-ârabî al-hadîth, Dâr al-thaqâfa, Casablanca 1994.
5 - Al-Furfûri, Fouâd: Aham mazahir ar-romantiqiyya fî al-adab al-arabî al-hadîth, dâr al-arabiyya lilkitâb, Tunis 1988.
6 - Al-Id, Youmnâ: Ad-dalâlat al-ijtimâ'yah li harakat al-adab ar-rûmantîqî fî Lubnân, Dâr al-Fârâbî, 2e éd., Beyrût 1988.
7 - Al-Majâtî, Ahmad al-Midâwî: Zâhirat ash-shîr al-hadîth, Sharikat an-nashr wa at-tawzî al-madâris, Casablanca, p. 161.
8 - Ar-Rayhani, Amin: Hutâf al-awdiyya, Dîwân.
9 - Ash-Shâbby, Abû al-Qâsim: Al-khayâl ash-shirî inda al-arab, Dâr al-maârifa litibâa wa an-nashr, 1ere éd., Tunis.
10 - As-Sayyâb, Badr Shâkir: Dîwân.
11 - Encyclopédie autodidactique, Quillet, Turin 1990.
12 - Gibran, Khalil : Les Ailes Brisées, traduit par Paul Kinnet, Ed. Mortagne, Canada 1986.
13 - Gibran, Khalil : Les Secrets du Cœur, Ed. Mortagne, Canada 1985.
14 - Shâbby, Abû al-qâsim: Diwân Abû al-Qâsim, Dâr al-âwda, Beyrût 1972.
15 - Tâhâ, Aly Mahmûd: Dîwân, qasîdat hânat ash-shuarâ.
Pour citer l'article :

* Dr Massyla Dieye : Présence de figures mythiques dans la poésie arabe moderne, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 20, 2020. http://annales.univ-mosta.dz

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