Influence et présence des termes arabes dans la langue française

Pr Hadj Dahmane
Université de Haute Alsace, France

Résumé :

L’objet de notre étude aspire à retracer les liens lointains des deux langues, à savoir l’arabe et le français, qui se sont croisées et influencées. En effet, l’expansion extraordinaire de la religion musulmane et donc de l’arabe sur un territoire qui s’étendra en moins de deux siècles de l’Atlantique à l’Indus a été à l’origine d’influence certaine. La langue arabe, dès le moyen âge, s’est trouvée au contact avec les langues de l’Occident, lors de la fondation des Dynasties andalouses en Espagne à partir du VIIIe siècle, puis au cours des croisades, et vers le XIIIe siècle, à la Cour de Frédéric II de Hohenstaufen en Sicile. Le monde de la science arabe y était aussi largement représenté par des grands savants qui vivaient en Sicile mais aussi à Naples, à Tolède, à Grenade et à Séville. C’est surtout par le nombre considérable de traductions élaborées entre le VIIIe et le XIIIe siècle, d’abord du grec à l’arabe, puis de l’arabe au latin et donc aux langues issues du latin telle que la langue française que l’on peut mesurer tout ce que l’Occident doit à la science arabe et le rôle joué par les sciences arabes dans l’évolution de la civilisation humaine. Dans cette étude, on s’intéressera aux relations historiques qui existent depuis des siècles entre l’arabe et le français et qui se manifeste en particulier dans le lexique scientifique.

Mots-clés :

langue, français, arabe, influence, dictionnaire.

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Influence and presence of Arabic terminology in French language

Abstract:

Our study aims to track the old links between Arabic and French languages which meet and influence each other. Actually, the main source of this influence started with the huge and the great expansion of Islam, hence, the expansion of the Arabic language in different places for at least two centuries from the Atlantic Ocean to the Indus. Consequently, the Arabic language has become opened to occidental languages since the Middle Ages; in other words since the establishment of the first Andalusia governors in Spain from the eighth century and during the Crusades and about the thirteenth century, during the age of Frederick II Hohenstaufen in Sicily. The Arabic sciences were also widely represented by the great scholars, who lived in Sicily and also in Naples, Toledo, Granada, and Seville, as well as by the huge number of translated works between the eighth and thirteen century from Greek to Arabic and from Arabic to Latin. That is to say, to the French language since it is derived from Latin. One may notice how much the West benefits from the East and the role of the Arabic sciences in the development of human civilization. In this study, we will discuss the historical relations between Arabic and French that dated back to centuries and which appear exceptionally in the scientific linguistic dictionary.

Key words:

language, French, Arabic, influence, dictionary.

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Texte :

1 - La langue arabe sur le continent européen :

En l’espace de deux siècles VIIe-IXe siècle la langue arabe allait devenir une langue coiffant un espace géographique allant de l’Asie jusqu’à l’Atlantique. Cette langue fut également l’instrument d’échange entre les plus grands savants et les plus éminents philosophes de l’époque.

C’est en 711 que les troupes musulmanes sous le commandement de Tariq Ibn Ziyad(1) arrivèrent par le Sud de l’Espagne. Une fois la péninsule ibérique conquise, elle devint, dès 756, sous l'Emir Abderrahmane Ier(2) un véritable centre intellectuel(3).

A l’instar de Bagdad avec Dar el Hikma(4), et ses centres de traduction, Cordoue allait devenir un carrefour d’idées, entre création, et disputation intellectuelle. La bibliothèque de Cordoue abritait des centaines de milliers de volumes et de manuscrits scientifiques arabes et grecs(5). Les documents grecs ont été traduits en arabe.

Il est à signaler qu’avant la conquête d’Andalousie et sous l’égide du calife omeyyade Abdelmalik(6) la langue arabe est devenue la langue administrative officielle et donc la langue de communication de l’empire musulman(7). Bien entendu dès le VIIe siècle, les grammairiens et philologue arabes avaient consacré tous leurs efforts à l’étude de la langue arabe menant un travail minutieux réalisant ainsi un riche inventaire lexical(8). La langue arabe, forte d’un caractère sacré, a fini par s’imposer au sein de tous les pays conquis. Par ailleurs, suite au travail des grammairiens, la langue arabe se dote très rapidement de dictionnaires. Citons à titre d’exemple le célèbre al Khalil(9) auteur d’un dictionnaire incontournable, ou encore Ibn Mandhour(10) l’auteur du dictionnaire "Lissan el Arab" la langue des Arabes. La période des premiers dictionnaires coïncide avec l’essor de la linguistique et par voie de conséquence avec l’essor de la philosophie, de la médecine, la chimie et de l’astrologie.

On imagine que les peuples qui embrassaient au fur et à mesure l’Islam apprenait en même temps la langue arabe, ce qui crée nécessairement des interférences entre leurs langues d’origine et celles de leur nouvelle religion : l’arabe. Cette interférence des langues allait être à l’origine d’un grand mouvement de traduction notamment au sein de Beit al Hikma cité plus haut. Beit el Hikma que l’on peut appeler, aujourd’hui, en langage moderne, un centre culturel, fondé par Haroun Rachid(11) rassemblait les manuscrits les plus importants de l’époque et ce en diverses langues : arabe, syriaque, grec, sanskrit, persan, latin, hébreu. Le rôle joué par les traducteurs a été déterminent pour les sciences dans toutes les disciplines(12). Al Khawarizmi(13) se distinguera comme le mathématicien de tous les temps, le père de l’algorithme.

La création de Bei el Hikma fut l’un des évènements les plus marquant du moyen âge. On ne saurait exagérer l’importance du rôle que joua cette institution dans la transmission à l’Occident des legs de la civilisation antique. L’effort principal de ce centre culturel composé de savants non seulement musulmans, mais aussi d’autres confessions, porta sur les connaissances étrangères Hippocrate, Platon, Aristote, et des commentateurs, tels Alexandre d’Aphrodise et "ce fut comme une invasion intellectuelle, à laquelle répondit chez les lettrés une ivresse de lectures et de savoir"(14). L’influence de l’école de Bagdad a duré jusque XVe siècle. Un véritable travail d’artisan scientifique : "Ce qui caractérise l’école de Bagdad, écrit M. Sédillot, c’est l’esprit véritablement scientifique qui préside à ses travaux : marcher du connu à l’inconnu, se rendre compte exactement des phénomènes pour montrer ensuite des effets aux causes, n’accepter que ce qui a été démontré par l’expérience, tels sont les principes enseignés par les Maîtres.

Les Arabes du IXe siècle étaient en possession de cette méthode qui devait être si longtemps après entre les mains des modernes, l’instrument de leurs plus belles découvertes"(15). H.A.R Gibb confirme ce témoignage : "La concentration de la pensée sur les évènements individuels, dit-il, disposa les savants musulmans à pousser la méthode expérimentale beaucoup plus loin que les prédécesseurs de Grèce... Ils sont à l’origine de l’introduction ou de la restauration de la méthode expérimentale dans l’Europe médiévale"(16).

C’est dire que la langue arabe était devenue la langue de la science et de la recherche par excellence et ce dans tous les domaines. La diffusion de cette science pluridisciplinaire atteindra l’Europe. Trois noms restent jusqu’à nos jours liés à cette période où l’activité scientifique en langue arabe était le maitre mot. Ibn Sina(17) célèbre médecin a écrit "le qanoune". Le Canon sur son activité médicale et qui a été traduit à plusieurs langues et notamment le latin(18). Ibn Sina a également écrit un commentaire sur la philosophie d’Aristote. Ibn Rochd, quant à lui(19) allait s’imposer à Cordoue comme étant le commentateur hors pair et inégalable. Ibn Maymoun, médecin, a, lui aussi, marqué cette période florissante et on pense même que Spinoza s’est inspiré de son travail(20).

L’époque la plus brillante de la civilisation musulmane est, sans doute, celle de la période abbasside à Bagdad (750-1258) et des Omeyades d’Espagne (755-1492). "A une époque où le reste de l’Europe était plongé dans une barbarie noire, dit Gustave le Bon, Bagdad et Cordoue, les deux grandes cités où régnait l’Islam, étaient des foyers de civilisations éclairant le monde de leurs lumineux éclats"(21). J.C. Riesler, quant à lui, signale que "l’Islam domina le monde par la puissance du savoir et la primauté de sa civilisation. Héritier du trésor scientifique et philosophique des Grecs, l’Islam l’a transmis, après l’avoir enrichi, à l’Europe occidentale. C’est ainsi qu’il a pu élargir l’horizon intellectuel du Moyen âge et pénétrer profondément la pensées et la vie européenne"(22).

De Bagdad à Cordoue, la civilisation n’a cessé d’illuminer et de subjuguer, "son influence atteignait jusqu’aux cimes de la pensée médiévale, jusqu’à Saint Thomas et Dante. Sans doute, de chaque côté des Pyrénées ou de la Méditerranée, beaucoup répugnent encore à admettre cette primauté et ce rôle éducateur. Des preuves plus que suffisantes l’affirment pourtant de jour en jour. Plusieurs siècles avant que la Renaissance fît jaillir à nouveau des sources, le fleuve de civilisation de Cordoue conservait et transmettait au monde nouveau l’essence de la pensée islamique"(23).

L’influence de la civilisation musulmane s’est effectuée à travers sa présence directe certes mais aussi à travers les différents échanges entre les peuples dans le domaine du commerce par exemple et plus tard à travers les croisades. En effet, lors des croisades(24), les chrétiens sont arrivés sur la terre de l’Islam. Ici, ils trouvèrent une civilisation florissante, beaucoup de produits qu’ils n’avaient jamais vus auparavant et des techniques qu’ils ignoraient complètement. A partir de là, il y a eu en Europe adoption des techniques agricoles, ou encore consommation d’épices etc. Albert Champdor déclare "c’est de l’Orient que nos ancêtres apprirent à tisser les étoffes de luxe qui firent la fortune de Venise et, plus tard, d’une partie de la France ; d’Orient nous fut apporté l’art de fabriquer le satin, le velours, les étoffes brochées d’or ou d’argent... Si Venise savait bientôt couler le verre et tailler des glaces, elle le dut à la connaissance des techniques utilisées en Orient"(25).

Cependant, il faut oublier que les sciences, la philosophie, les lettres et les arts musulmans, se firent connaitre en Occident bien avant les croisades. Dès le IXe siècle, la civilisation musulmane prédominait déjà en Espagne. Les Espagnols de cette époque considéraient la langue arabe comme le seul véhicule des sciences et des lettres. Les progrès de cette civilisation furent tels que les autorités ecclésiastiques avaient dû faire traduire en arabe la collection des canons à l’usage des églises d’Espagne. Au sein de l’Espagne a été créée plus tard une école de traduction. A préciser ici, qu’au Xe siècle, Gerbert d’Aurillac, qui devient le premier Pape français sous le nom de Sylvestre II, passa trois ans à l’école de Tolède, étudiant les mathématiques, l’astronomie, la chimie et d’autres disciplines sous la direction de musulmans.

2 - La traduction française s’empare du savoir arabe :

La civilisation musulmane s’est étendue bien évidemment jusqu’au Midi, c’est-à-dire le sud de la France. La domination des musulmans a duré presque un demi-siècle sur la région des Cévennes, les Pyrénées et le Rhône. "C’est au séjour des Arabes dans cette contrée, écrit M. Fauriel, qu’il faut attribuer l’introduction dans le Midi des diverses industries, de certaines machines d’un usage universel comme, par exemple, de celle qui sert à tirer l’eau des puits pour l’irrigation des jardins et des champs, qui toutes sont d’invention arabe"(26).

En plus des sciences dures, la langue et la poésie arabes avaient à leur tour subjugué les esprits de cette époque. Qui dit poésie dit langue. La langue arabe a profondément marqué la plupart des langues des pays où l’Islam a été adopté comme religion.

Ibn Arabi(27) a poussé la réflexion mystique à un point culminant et il reste jusqu’à nos jours comme référence en Occident. La littérature mystique andalouse a exercé une influence sur les écrivains non musulmans à l’image de Raymond Lulle(28) qui a même publié en langue arabe "taalif wa tawhid", et "taamoul" contemplation. L’auteur parle clairement de la place de la foi dans la réflexion chez les écrivains musulmans. Dans son livre Blanquerna, il appelle les chrétiens à imiter les musulmans. Raymond Lulle ne cache pas l’influence exercée par Ibn Arabi sur son œuvre. Le roman philosophique d’Ibn Tufayl, Hayy Ibn Yaqdhan (le vivant, fils du vigilant), traduit en latin par Edward Pococke le Jeune en 1671 et ensuite dans la plupart des langues européennes, inspira Daniel de Foe et lui servit de modèle pour son Robinson Crusoé.

Tout comme Raymond Lulle, les poètes provençaux, en France, vers le Xe siècle ont emprunté dans le troubadour(29) des techniques de la poésie andalouse dans le fond et dans la forme. "On n’exagérera jamais, écrit Gustave Cohen, la valeur créatrice et inspiratrice de la poésie provençale, et dans l’ordre des sentiments et dans l’ordre de l’art. Sans elle, ni la poésie italienne, ni la poésie espagnole ne s’expliquent... et encore moins la poésie française courtoise du Nord"(30).

L’œuvre d’Ibn Hazm(31), l’un des plus brillants de l’Espagne musulmane exerça une influence durable sur la littérature occidentale. Ses écrits ont été traduits par Alphonse le Sage(32) en espagnol ensuite en latin et en français. Ainsi la littérature des pays d’Oc en imitant les modèles musulmans marqua un tournant dans la civilisation occidentale. Mentionnons au passage la poésie de Guillaume IX Duc d’Aquitaine, de Marcabru, de Jaufré Rudel sans oublier Dante et Pétrarque.

Aussi, il ne fut aucun doute que la poésie des troubadours, qui atteste de si grands changements dans le mode de pensée et dans la sensibilité de l’Occident, dérive dans a ligne droite de la poésie populaire arabo-andalouse.

Le livre des "Mille et une Nuits" quant à lui est un livre qui a fait rêver des siècles durant du charme de l’Orient. Antoine Galland(33) a traduit dès 1704 "Les milles et une Nuits", une traduction qui a connu un succès franc.

On imagine que ces interférences et d’influences passent également par la langue. D’ailleurs, dès qu’il y a contact entre deux langues, il y aura systématiquement, de façon directe ou indirecte, influence réciproque. Cette influence se caractérise d’abord par le lexique, l’emprunt des mots. Ainsi, la langue arabe de par les sciences, la poésie ou la littérature a marqué plusieurs langues européennes : plus de 18000 mots espagnols sont d’origine arabe, et 280 mots français d’origine arabe(34).

On peut constater qu’à travers ces domaines d’activité, la langue arabe a été à son tour une source d’enrichissement pour les langues avec lesquelles elle a été en contact d’une manière ou d’une autre. On sait très bien que l’Andalousie était multiethnique : arabes, berbères, espagnols, etc. Il y avait une tolérance religieuse et un vivre ensemble respecté. La langue arabe était la langue administrative. Donc, en Andalousie régnait bien une sorte de bilinguisme. Ainsi plusieurs centres de traductions ont vu le jour en France. Un dictionnaire arabe latin, latin arabe, sous le titre de "vocabulista", a été publié.

De l’arabe vers l’espagnol, et de l’espagnol vers le latin et du latin vers le français, la langue arabe est restée dans plusieurs cas assez présente et notamment, comme on vient de le signaler plus haut, dans les domaines scientifiques. Il est incontestable que, la langue française s’est enrichie au contact direct ou indirect de l’arabe. En effet, à partir du VIIe siècle, la langue arabe gagne une influence internationale, en relation étroite avec l’expansion géographique de la civilisation islamique, depuis l’Afrique du Nord jusqu’à l’Asie centrale. Entre le VIIIe et le XIIe siècle, la culture arabo-musulmane domine l’Occident dans de nombreux domaines. Durant ces quelques siècles, les pays européens, en particulier ceux du pourtour méditerranéen, se sont imprégnés de la langue arabe en s’appropriant de nombreux termes.

Les liens étroits entre l’Orient et l’Occident ont permis le passage de l’arabe vers le français et ce passage, comme on le, s’est effectué de différentes façons : par le biais des conquêtes territoriales ou par l’intermédiaire d’une autre langue (beaucoup de termes italiens ou espagnols se sont retrouvés dans la langue française en passant par la langue d’arabe d’abord) mais aussi grâce au commerce et aux échanges intellectuels, notamment la littérature et la traduction. De tels liens, une telle proximité entre les cultures, se traduisent forcément par des transferts, des ponts jetés entre les langues : "emprunts" linguistiques.

A partir de la renaissance, les dialectes régionaux en France se retrouvent en mauvaise position puisque le français va devenir une langue nationale. En effet, le roi François Ier ordonne dès 1539 à ce que les textes administratifs soient désormais rédigés en langue française. Le français acquiert désormais la primauté sur les dialectes et, bien entendu, un travail linguistique s’en est suivi. Aussi, les linguistes de la Renaissance se sont donnés la charge d’unifier la langue française en codifiant l’usage. Mais dans leur intention d’établir le français, il semble que les étymologistes de l’époque se soient aussi évertués à faire disparaître, ou du moins oublier, les racines arabes. Ce qui explique peut-être que ces racines soient si peu connues et identifiables aujourd’hui. Ce travail a pu être selon les méthodes que Salah Guermiche(35) nomme : le contournement, le détournement et l’occultation. Ces procédés ont permis de faire disparaître la racine véritable de certains mots, mais aussi de refouler l’origine orientale des découvertes et expériences transmises par la civilisation islamique à la civilisation européenne au cours des siècles…

Néanmoins bien des mots français sonnent encore une sorte de résonnance arabe.
Quelques exemples :
- Abricot (s.m.) (bot.) de l'espagnol albaricoque (es), venant de l'arabe "البرقوق" (ar) (al-barqûq).
- adobe (brique) (s.m.) de l'espagnol adobe (es) de l'arabe "الطوب" (ar) (at-tûb) : brique de terre séchée.
- alcade (s.m.) mot espagnol alcalde (es) : magistrat ; gouverneur de l'arabe "القاضي" (ar) (al-qâdi) : juge ; cadi.
- alcali (s.m.), alcalin (adj.), kali (s.m.) (bot.) de "القلي" (ar) (al-qilî) : nom d'une plante (Salsola kali) servant à produire de la soude, d'où alcali : ammoniaque, solution d'ammoniac NH3, nH2O et alcalin : synonyme ancien de basique.
- alcazar (s.m.) de "القصر" (ar) (al-qasr) : palais fortifié.
- alchimie (s.f.), chimie (s.f.) de "الكيمياء" (ar) (al-kîmiâ) provenant soit du grec soit du copte selon les hypothèses actuelles.
- alcool (s.m.) de "الكحول" (ar) (al-kuhûl) de même racine que le khôl, "كحل" (ar) (kuhul), fard à paupières à base d'antimoine.
- alcôve (s.f.) de "القبة" (ar) (al-qubba) : coupole, par l'intermédiaire de l'espagnol alcoba (es).
- alezan ou alzan (s.m. et adj.) de l'espagnol alazán (es) de l'arabe "الأصهب" (ar) (al-ashab) : brun alezan, ou de "الحصان" (ar) (al-hisân) : étalon.
- alfa (s.m.) (bot.) de "حلف" (ar) (halfa) : alfa ; stipe ; sparte. Stipe très tenace, dont les feuilles servent à faire des cordes.
- algarade (s.f.) de "الغارة" (ar) (al-gâra) : raid ; razzia, vive altercation.
- algèbre (s.f.) de "الجبر" (ar) (al-jabr) : réduction, en référence à la méthode décrite par "الخوارزمي" Al-Khwarizmi, en espagnol algebrista (es).
- algorithme (s.m.) déformation du nom du mathématicien "الخوارزمي" Al-Khwarizmi.
- alidade (s.f.) (astr.) de "العدادة" (ar) (al-îdâda) : soutien ; aide ; assistance, pièce de visée d'une.
- alkermès (s.m.) de "القرمز" (ar) (al-qirmiz), du persan "قرمز" (fa) (qirmiz) : sanglant ; rouge.
- almanach (s.m.) de (المناخ) (ar) (al-munâkh), étape ; climat.
- almicantarat (n.m.) de "المقنطرة" (ar) (al-muqantara), adjectif féminin singulier : voutée ; cercle de la sphère céleste, parallèle à l'horizon.
- amiral (s.m.) de "أمير البحر" (ar) (amîr al-bahr) : émir de la mer. Ou de "أمير الرحال" (ar) (amîr ar-râhl) : émir itinérant (de la flotte ?).
- arrobe (s.m.), arrobase de "الربع" (ar) (ar-rub') : le quart, par l'espagnol arroba (es), ancienne unité de mesure (environ 12 kg) notée par le symbole "@" appelé aussi arrobase.
- arsenal (s.m.) de "الصناعة" (ar) (as-sinaâ) : atelier, de "دار الصناعة" (ar) (dâr as-sinaâ) : arsenal ; maison de l'atelier.
- athanor (s.m.) de "التنور" (at-tannûr) : four à pain ; source d'eau chaude.
- aubergine (s.f.) (bot.) du castillan berenjena, venant de l'arabe "باذنجان".
- avarie (s.f.) de "عوار" (âwâr) : avarie ; défaut ; imperfection.
- azerole (s.f.) de l'arabe "الزعرور" (az-zûrûr).
- azimut ou azimuth (s.m.) (astr.) l'arabe "السمت" (as-samt) : direction. Une autre altération du mot (as-samt) a donné zénith.
- baobab (s.m.) (bot.) de "أبو حِباب" (abû hibâb) mot-à mot : père des graines ; (l'arbre) qui a de nombreuses graines.
- baraquer (v.i.) de l’arabe "برك" (baraka) : s'accroupir, pour un chameau.
- barbacane (s.f.) en espagnol barbacana de "باب البقر" (bâb al-baqar) la porte des vaches ; ou baroud (s.m.) (argot) de "بارود" (bârûd) sens propre : salpêtre ; poudre à canon. Combat ; baroud d'honneur, ultime combat pour sauver l'honneur.
- bedaine (s.f.) de "بدانة" (badâna) : corpulence, embonpoint.
- bédouin (s.m. et adj.) de "بدوي" (badwiy) : bédouin ; nomade.
- borax (s.m.) de "بورق" (bawraq) : tétra borate de sodium Na2B4O7, 10H2O, borax ; acide borique.
- bordj (s.m.) de "برج" (burj) : lieu fortifié ; tour ; bastion.
- bougie (s.f.) de "بجاية" (bajâya) : chandelle fabriquée à l'origine dans la ville de Béjaïa.
- cabas (s.m.) de "قفة" (quffa) : panier.
- cadi ou kadi (s.m.) de "قاض" (qâdi) : juge.
- café, caoua (s.m.) de "قهوة" (qahwah).
- caftan (s.m.) de "قفطان" (qaftân) ou du persan "خفتان".
- caïd (s.m.) de "قائد" (qaîd) : dirigeant, chef.
- calibre (s.m.) de "قالب" (qâlib) : modèle ; moule.
- calife, khalife (s.m.) de "خليفة" (halîfa) : successeur.
- carafe (s.f.) de "غرف" (garafa) : puiser de l'eau et de "غرافة" (garrâfa) : carafe.
- caroube (s.f.), de l'arabe "خروب" (kharrûb) : caroubier.
- carvi (s.m.) (bot.) de l'espagnol alcaravea de "كروياء" (karawya).
- chiffre (s.m.) de (صِفْر) (sifr) : zéro.
- chott (s.m.) (géogr.) de "شطّ" (šatt) : chott, dépression contenant un lac salé.
- colcotar, colcothar (s.m.) de "قلقطار" (qulqutâr) : oxyde ferrique de couleur rouge servant au polissage du verre.
- coton (s.m.) (bot.) de "قطن" (qutun).
- couffin (s.m.) de "قفة" (quffa) : grand panier.
- cubèbe (s.m.) (bot.) de "كبابة" (kababa) : plante grimpante dont le la baie noirâtre ressemble au poivre.
- cumin (s.m.) (bot.) de l'arabe "كمون" (kammûn) : ombellifère dont les graines servent d'aromate ; l'aromate obtenu.
- douane (s.f.) de "ديوان" (dîwân) : bureau ; administration.
- drogman (s.m.) de "ترجمان" (tarjumân) : traducteur ; truchement.
- échec, de l'arabe "شيخ" (šaykh) : cheykh ou du persan "شاه" (šah) : roi, chah. Le jeu porte un autre nom en arabe et en persan : "شطرنج" (šatranj).
- échec et mat de l'arabe venant du persan "شاه مات" (šah mât) : le chah (roi) est muet, est neutralisé, est mort.
- éfrit (n.m.) de "عفريت" (îfrît) : esprit malfaisant.
- élixir (s.m.) de "الإكسير" (al-iksîr) : élixir ; pierre philosophale. Dérive de la racine arabe "كسر" (kasara) : briser ; broyer ; concasser.
- foggara (s.f.) de "فجارة" (fadjâra) voir qanat, système d'irrigation.
- gaze (s.f.) de l'arabe "غاز" (ghâz) : étoffe légère et transparente.
- gazelle (s.f.) (zool.) de "غزالة" (ghazâla) : gazelle.
- gerboise (s.f.) (zool.) de "يربوع" (yarbû') : gerboise.
- girafe (s.f.) (zool.) de "زرافة" (zarâfa) : girafe.
- goudron (s.m.) de "قطران" (qatrân).
- hasard, de "زهر" (zahr) : Qui veut dire chance.
- jarre (s.f.) de "جرّة" (jarra) : récipient en terre.
- jupe (s.f.) de l'italien giubba de l'arabe "جبٌة" (jubba) : veste du dessous.
- luth (s.m.) de "العود" (al-ûd) : luth ; voir oud.
- magasin (s.m.) de (makhâzin) pluriel de "مخزن" (makhzan) : entrepôt.
- matraque (s.f.) de "مطرقة" (mitraqa) : marteau ; masse, dérivé de "طرق" (taraqa) : frapper ; forger.
- mesquin (adj.) de "مسكين" (miskin) : pauvre, indigent.
- momie (s.f.) de "مومياء" (mûmyâ'), cire.
- mosquée (s.f.) de l'espagnol mezquita, de l'arabe "مسجد" (masjid).
- natron (n.m.) (chimie) de "نطرون" (natrûn) : carbonate hydraté de sodium (Na2CO3, 10H2O). On le trouve en cristaux en Egypte, il entrait dans le procédé de momification. Le latin natrium est à l'origine du symbole chimique "Na" pour le sodium.
- noria (n.f.) de "ناعورة" (nâûra) : roue à godets destinée à monter l'eau de la rivière dans un aqueduc, de "نعر" (naâra) : crier ; grincer.
- nouba (n.f.) de "نوبة" (nûba) : orchestre ; troupe de musiciens.
- oued (s.m.) (géogr.) de "واد" (ar) (wâd) : rivière ou vallée. En français ce terme sert à désigner les rivières intermittentes.
- quintal (s.m.) de l'arabe "قنطار" (ar) (qintâr) : cent kilogrammes.
- rame (de papier), ramette (s.f.) (papeterie) de "رِزمة" (ar) (rizma) : liasse ; ballot ; paquet, en passant par l'espagnol resma (es). Une ramette est un paquet de 500 (20x25) feuilles de papier.
- razzia (s.f.) de "غزو" (ar) (ghazwa) : raid ; incursion.
- récif, rescif ou ressif (s.m.) (géogr.) de "رصيف" (ar) (rasîf) en passant par l’espagnol arrecife.
- safran (s.m.) (bot.) de l’arabe "زعفران" (ar) (zaâfarân) par le latin médiéval safranum (la).
- sacre (s.f.), sacret (s.m.) (zool.) de "صقر" (ar) (saqr) : faucon ; oiseau de proie.
- sirop (s.m.) de "شراب" (ar) (šarâb) : boisson.
- soude (s.f.) (bot.) de "سوّاد" (ar) (suwwâd) : noirceur ; négritude ; soude (plante) ; salsola soda (plante) ; cendres de salsola contenant de la soude (NaOH). Sans doute à cause de la couleur des cendres.
- souk (s.m.) de "سوق" (ar) (sûq) : marché.
- tarif de "تعريفة" (ar) (taârîfa) : tarif.
- zéro (s.m.) de "صفر" (ar) (sifr) : zéro, par l’intermédiaire de l’italien zefiro (it).

Notes :
1 - Tariq ibn Ziyad ou Tarik Ibn Ziyâd ou Tarek Ibn Ziyad né au VIIe siècle (670), mort vers 720 sans doute à Damas, est un stratège militaire de l'armée omeyyade, d'origine berbère.
2 - Dominique Sourdel : Histoire des Arabes, PUF, Que sais-je ? N° 1627, Paris 1985, p. 128. Cf. Dictionnaire historique de l’Islam, P.U.F., Paris 1996.
3 - Classée patrimoine mondiale de l’UNESCO en 1994.
4 - Centre culturel.
5 - Robert Mantran : L'expansion musulmane VIIe-XIe siècles, P.U.F., Paris 1969, p. 334.
6 - "أبو الوليد عبد الملك بن مروان", né en 646 à La Mecque et mort en 705, est le cinquième calife omeyyade. Il succède à son père Marwan 1er.
7 - Dominique Sourdel : op. cit., pp. 43-44.
8 - David Cohen : Article arabe, Encyclopédia Universalis, Paris 1968, Vol. 2, p. 197.
9 - Al-Khalil (718-891) "الخليل بن أحمد الفراهيدي", l’auteur du célèbre dictionnaire "Kitab al-Ayn".
10 - Abul-Fadl Jamal ad-Din Muhammad Ibn Manzur al-Ansari al-Khazraji al-Ifriqi (1232-1311) auteur du célèbre dictionnaire "Lissan el Arab".
11 - Haroun Rachid ou Hârûn ar-Rachîd ben Muhammad ben al-Mansûr (763-809), (en arabe) "هارون الرشيد بن محمد بن المنصور".
12 - Cf. Encyclopédia Universalis.
13 - Al-Khwarizmi, "أبو جعفر محمد بن موسی الخوارزمی" Abû Jaâfar Muhammad ben Mûsâ (780-850).
14 - Louis Gardet : Méditerranée, dialogue des cultures, Les études méditerranéennes, été 1957, N° 1.
15 - L. A. Sédillot : Histoire des Arabes, Matériaux pour servir à l’Histoire comparée des sciences mathématiques chez les Grecs et les Orientaux, Paris 1854.
16 - H. A. R. Gibb : Les tendances modernes de l’Islam, Paris 1949.
17 - Gilbert Sinoué : Avicenne ou la route d’Ispahan, Denoel, Paris 1989.
18 - Encyclopedia universalis, Avicenne.
19 - Francesco Gabrielli : (dir.), Histoire et civilisation de l’Islam en Europe, Arabes et Turcs en Occident du XVIIe au XXe siècle, Bordas, Paris 1983.
20 - Encyclopedia universalis, Maimonide.
21 - Gustave le Bon : La civilisation des Arabes.
22 - Jacque C. Riesler : La civilisation arabe, Paris 1955.
23 - CI. Sanchez-Albornoz : L’Espagne et l’Islam.
24 - Ont commencé vers 1095.
25 - Albert Champhor : Saladin, le plus pur héro de l’Islam, Paris 1956.
26 - Fauriel : histoire de la poésie provençale, Paris 1846.
27 - Muhyi-d-dîn Ibn Arabi, plus connu sous son seul nom de Ibn Arabi né en 1165 à Murcie, et mort en 1240 à Damas. Egalement appelé "ach-Cheikh al-Akbar" ("le plus grand maître", en arabe), ou encore "Ibn Aflatûn" (le fils de Platon), est un théologien, juriste, poète métaphysicien et maître arabe-andalou du soufisme islamique, auteur de 846 ouvrages présumés.
28 - Raymond Lulle, "رامون لول" est un philosophe, poète, théologien chrétien et romancier. Il naît vers 1232 à Majorque et meurt en 1315.
29 - Daour et-tarab.
30 - G. Cohen : La civilisation occidentale au moyen âge. Vol. VIII, Histoire du moyen âge, Presses Universitaires de France. Paris 1933.
31 - De son nom complet Abû Muhammad Alî ibn Ahmad ibn Saîd ibn Hazm az-Zahiri al-Andalussi, "أبو محمد علي بن أحمد بن سعيد بن حزم" (384-994H)-(1064-456H) est un poète, historien, juriste, philosophe et théologien de Cordoue.
32 - Né en 1221 à Tolède.
33 - Antoine Galland (1646 à Rollot, Picardie, France - 17 février 1715 à Paris) est un orientaliste français qui fut spécialiste de manuscrits anciens et de monnaies. Habitué de la Bibliothèque royale, antiquaire du roi, académicien.
34 - Pierre Guiraud : Les mots étrangers, P.U.F., 1971.
35 - Salah Guermiche : Dictionnaire des mots français d’origine arabe, Seuil, Paris 2007.
Pour citer l'article :

* Pr Hadj Dahmane : Influence et présence des termes arabes dans la langue française, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 20, 2020. http://annales.univ-mosta.dz

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