"Le passé simple" de Chraïbi
soubassements d’une révolte précoce

Dr Abdelhak Bouazza
Université de Fès, Maroc

Résumé :

Le présent article est une tentative de s’arrêter de près sur les facteurs objectifs et subjectifs qui ont concouru à l’écriture du "Passé simple", roman de dissidence par excellence écrit en 1954 par l’écrivain marocain Driss Chraïbi. C’est une étude contextuelle et biographique qui cherche en amont du texte, les éléments extratextuels pertinents susceptibles d’éclairer le parcours de l’élaboration d’un roman considérée aux dires de son auteur, comme une bombe lancée à une société hypocrite et rétrograde. Il revient de prospecter, en étudiant notamment à la manière de Taine, le moment et le milieu de cette élaboration. Des éléments biographiques à la manière de Sainte-Beuve sont également appelés pour compléter le tableau d’une révolte à un moment où les marocains ne s’attendaient jamais que des flèches les plus meurtrières soient décochées par un des leur.

Mots-clés :

révolte, contexte, société rétrograde, civilisation, critique sociétale.

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"Le passé simple" of Chraïbi
Foundations of an early revolt

Dr Abdelhak Bouazza
University of Fez, Morocco

Abstract:

This article is an attempt to look closely at the objective and subjective factors that contributed to the writing of "Le passé simple", a dissident novel written in 1954 by the Moroccan writer Driss Chraïbi. It is a contextual and biographical study which seeks upstream of the text, the relevant extratextual elements likely to shed light on the development of a novel considered according to its author, like a bomb launched at a hypocritical society and retrograde. It comes down to prospecting, studying in particular in Taine's way the time and the environment of this elaboration. Biographical elements in the manner of Sainte-Beuve are also called to complete the picture of a revolt at a time when Moroccans never expected that the deadliest arrows would be shot by one of their own.

Keywords:

revolt, context, retrograde society, civilization, societal criticism.

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Texte :

Introduction :

Parmi les œuvres les plus lues et les plus étudiées dans tout le concert de la littérature maghrébine de langue française se trouve en tête "Le passé simple" de Driss Chraïbi, roman d’une révolte systématique écrit en 1954(1). Cartésien d’esprit ainsi que d’une volonté en puissance extraordinaire, le jeune Chraïbi affiche son anticonformisme et ne cache pas son aversion à la religion, au père et à toutes les manifestations rétrogrades de la société marocaine des années 40 et 50. C’est une société masochiste qui se rattrape essentiellement sur la femme pour en faire un être soumis, effacé et parfois inexistant. Le passé simple peut se lire comme un procès ouvert contre toute une société hypocrite et sclérosée. Visionnaire, analyste, courageux ou tout simplement réfractaire à l’injustice, il faut dire que ce jeune ingénieur chimiste était très en avance sur son époque à un moment où ces sujets n’étaient en aucun cas à l’ordre du jour, du moins dans un pays aussi conservateur que le Maroc. L’on se demande comment ces idées révolutionnaires ont pu être conçues dans la tête d’un jeune qui se montre en opposition totale avec les hommes de sa tribu, au point d’en être la brebis galeuse. L’origine de cette révolte chez Driss Chraïbi était-elle imputable à la lecture, une lecture qui avait façonné précocement le lycéen sur les bancs de l’école française ? Encore faut-il se demander sur le genre de lecture auquel revient cette révolte fondatrice imitée juste après par d’autres écrivains(2). Est-ce que c’est le choc de culture qu’il a subi et sa réalisation du grand écart entre deux mondes, deux réalités tout à fait distantes et contradictoires qui l’avaient poussé à vilipender sa société ? Etait-il ainsi un droit-de-l'hommiste avant la lettre au Maroc pour se ranger du côté des faibles ?

L’objet de cet article marque un retour sur "Le passé simple" pour s’interroger sur les fondements sociaux, intellectuel et idéologique de cette révolte de Driss Chraïbi l’élève, l’étudiant et puis le jeune écrivain plus tard. Il y sera question d’une quête qui traque le parcours intellectuel d’un réfractaire qui se détache complètement de l’imaginaire collectif des écrivains marocains de l’époque. Par la force des choses, l’étude que nous menons ici s’apparente à une investigation qui prend la couleur d’une étude sociologique et biographique à la Taine qui cherche les causes des faits qui précèdent l’événement. Il sera ainsi question des contextes proche et lointain de l’élaboration de cette œuvre.

1 - Le contexte d’une révolte :

Toujours d’actualité, Le passé simple fait encore du bruit ne serait-ce que par ces débats sur la religion, la condition de la femme, la pédophilie et la remise en cause des traditions qui continuent à faire des remous jusqu’à nos jours. Autant d’idées, en fait, dont Chraïbi était le précurseur incontesté. Les débats actuels sur ces sujets, parait-il, n’en sont qu’un enchainement et qui font la part belle à un auteur visionnaire. Le passé simple se confirme également comme un texte fertile et profond qui est en train de consacrer finalement sa trans-historicité. Jusqu’à maintenant, des études foncières de tout poil sont toujours à l’œuvre, et qui ne viendraient jamais à bout d’une œuvre aussi consistante. Il faut dire que ces études qui se relayent trouvent leur raison non seulement dans sa qualité littéraire, mais également dans son actualité.

Si Driss Chraïbi avait craché sa fureur contre une société rétrograde, était-il le premier à le faire ? D’où vient ce détachement hors pair de la mémoire collective marocaine, dont le respect et l’observation des traditions et les préceptes de la religion étaient plus que respectées ? A cet égard, il se pourrait, d’ailleurs, que les idées débattues ici ne concernent l’œuvre que du côté de l’auteur qui se confond bien avec son personnage auquel il a prêté son nom. La réponse à cette question nous conduira directement à chercher dans le contexte, aussi bien immédiat que large, ce qui a alimenté l’élaboration de l’œuvre. Par conséquent, qu’on le veuille ou non, on se trouve engagé dans le déterminisme du milieu et du moment de Gustave Lanson, aussi bien que dans un biographisme à la méthode de Taine. Une recherche du côté de l’écrivain notamment ses préférences, ses goûts, ses fréquentations, son influence et ses lectures sera inévitable.

Si nous émettons l’hypothèse du contexte marocain comme facteur incontournable qui a alimenté l’imagination de l’auteur du Passé simple, pour peu que soit sa contribution dans l’élaboration de l’œuvre, on se voit vite frustré. Pays conservateur, foncièrement religieux, chauviniste et pétri jusqu’à l’inconscient de sa propre personnalité sont autant de facteurs objectifs qui écartent toute velléité de révolte de quelque nature que soit. On ne cessait de répéter pourtant que le romancier, le dramaturge ou le poète, bref l’écrivain, transmet quelque chose ayant toujours une relation avec la culture de son époque, autrement dit le milieu. Celui-ci n’est autre que l’ensemble des circonstances qui concourent à la production d’un fait. Or, la référence au contexte culturel, politique, social et idéologique ne peut éclairer l’élaboration du Passé simple. Ce roman reflète certes la réalité marocaine, mais la transcende largement ce qui amène à dire que Driss Chraïbi était impliqué et non impliqué à la fois dans sa propre société. C’est une histoire d’attirance et de répulsion. D’une part, l’implication de l’auteur du Passé simple se concrétise dans cette thématique dont le Maroc était le théâtre ; son pays natal où se passe tout l’événementiel romanesque. D’ailleurs, il n’en a jamais tourné le dos jusqu’à son dernier souffle. D’autre part, il n’était pas impliqué dans cette société "rétrograde", parce qu’il n’a été ému par aucun problème de ses problèmes de l’époque. Curieusement, la déportation du roi qui avait entièrement bouleversé tous les marocains ne l’avait aucunement impacté, du moins en apparence.

Dire, sur ces entrefaites, que Le passé simple était conditionné par le milieu de l’écrivain et/ou le moment de l’élaboration de l’œuvre serait peu valide. En termes de Taine, et contrairement à ce qu’il prêchait, le moment et le milieu n’ont ni "enveloppé", ni "façonnée" Chraïbi(3). Car pour écrire un genre dûment codifié, les Marocains n’avaient ni la tradition de manier un genre romanesque importé dont une élite minime venait d’en faire l’étrenne, ni même l’idée de vilipender aussi sévèrement leur société. Pourtant, Driss Chraïbi ne manqua pas d’air pour s’écarter de l’imaginaire collectif marocain et démentit quelque part cette conception romantique qui considérait l’auteur comme une caisse résonnante de la société dans laquelle il se voit naître(4). Faisait-il l’exception ! En fait, l’ingénieur chimiste déjoue avec malice les analyses critiques de l’époque qui prêchaient encore que l’écrivain est le guide de la communauté selon la vision romantique. Victor Hugo disait que le poète "doit marcher devant les peuples comme une lumière et leur montrer le chemin"(5). Dans cet ordre d’idées, Jung avance que l’œuvre d’art en général, n’importe où et n’importe quand, est considérée non pas comme une "création personnelle", mais plutôt comme une "production personnelle". La "production" qui diffère de la "création" échappe ainsi à son créateur pour s’inscrire dans le mouvement plus vaste de l’inconscient collectif qui est conditionné par ce qu’il appelle "archétype". L’archétype, qui désigne les éléments qui structurent l’inconscient collectif ou les constantes de l’imagination, surgit dans l’œuvre et finit par traduire une crise de la conscience collective de toute une société :

"L’art anticipe les grandes variations de l’inconscient d’un peuple, c’est pourquoi l’artiste peut être défini comme un homme collectif, qui porte et exprime l’âme inconsciente et active de l’humanité"(6).

Le passé simple s’avère une "création personnelle" beaucoup plus qu’une "production personnelle". C’est une création complexe qui pousse finalement à chercher sa genèse non du côté de l’imaginaire collectif, mais plutôt du côté de l’imaginaire personnel qui nageait à contre-courant des sentiers battus. C’est un imaginaire sans entraves qui a pour unique territoire la liberté. L’imaginaire personnel témoigne de la subjectivité de tout un chacun ; il traduit une façon propre, individuelle et singulière de sentir et d’interpréter le réel loin du conditionnement communautaire. Autrement dit, c’est le moi qui n’agit efficacement que dans le détachement et la liberté totale comme le dit Sartre :

"Pour qu’une conscience puisse imaginer, il faut qu’elle échappe au monde par sa nature même, il faut qu’elle puisse tirer d’elle-même une position de recul par rapport au monde. En un mot, il faut qu’elle soit libre"(7).

Par la force des choses, il s’avère que le recours à ses données contextuelles n’est d’aucun secours pour expliquer la genèse du Passé simple à moins qu’on ne l’élargisse pour scruter ses horizons les plus vastes. Kerbrat-Orecchioni a souligné deux sortes de contextes : contexte linguistique et contexte non linguistique qu’elle qualifie respectivement de "contexte étroit" ou micro-contexte et "contexte large "ou macro-contexte. Le macro-contexte, explique-t-elle, transcende le texte pour embrasser le monde ambiant de la création du discours :

"Relève du contexte large (niveau macro) l’ensemble du contexte institutionnel, le contexte se présentant alors comme une série sans fin d’emboitements : de même le cadre physique ultime, c’est l’ensemble du monde physique, de même le cadre institutionnel ultime, c’est l’ensemble du monde social"(8).

Si le contexte large englobe toutes les circonstances qui concourent de loin à la production d’un fait quelconque, il parait que le paradigme de Chraïbi est d’un autre type d’influence. C’est un paradigme éthique qui relève de sa sincérité, car il voulait lire et se lire dans toute sa transparence sans jamais recourir aux fards. En effet, Esprit d’écart pour ne pas écrire comme ses contemporains maghrébins, Chraïbi s’exhibe dans une évidence qui a choqué autant les Marocains que les Français. Il abhorrait cette écriture ethnographique gratuite de la société comme celle de Sefrioui ou Feraoun. L’auteur -dit Chraïbi- est serein et notre monde actuel est loin de l’être(9). Faisant ses études secondaires à Casablanca dans le lycée Lyautey qui dispensait un type d’enseignement moderne, Chraïbi l’élève, avec bien d’autres, a fait la connaissance des écrivains, des poètes et de leurs idées philosophiques. C’est à travers la langue française et ses écrivains que ces élèves ont découvert les idées nouvelles et révolutionnaires ainsi que les instruments de leur réfraction. Mais la rage et la fureur contre une société rétrograde ne s’est concrétise davantage que lorsque Chraïbi part en Métropole en 1945. C’est un nouveau monde qui bouleverse ses représentations et ses perceptions déjà imprécises et chancelantes. A deux mois de l’obtention de son doctorat en sciences, il change de cap et refuse de soutenir sa thèse de doctorat en sciences, étant convaincu que la science est "la faillite de l’humanité" et qu’"elle entraîne la perte de toute spiritualité"(10). Chraïbi entre dans l’ère du grand changement et de grandes questions commencent à se poser d’abord sur soi puis sur le monde, l’Autre et la relation entre l’Orient et l’Occident. Loin des siens, loin du père féodal, "ce Seigneur" qui se confond avec tout représentant de la théocratie musulmane, il commence à écrire pour leur renvoyer la quintessence de ses écrivains préférés comme Hugo, Descartes, Mauriac et autres.

2 - La "Fitna" et la révolte :

Le Passé simple nous renseigne déjà sur sa propre genèse. Il nous en fournit les matériaux ne serait-ce qu’en dévoilant des informations précieuses sur le héros du roman. Driss Ferdi est un héros désespéré de sa propre société, mais il est dans le même temps ébloui par la civilisation française. C’est un héros ébranlé dans ses convictions depuis son jeune âge :

"Le héros du Passé simple s’appelle Driss Ferdi. C’est peut-être moi. En tout cas, son désespoir est le mien. Désespoir d’une foi. Cet Islam en quoi il croyait, qui parlait d’égalité des règnes, de la part de Dieu en chaque individu de la création, de tolérance, de liberté et d’amour, il le voyait, adolescent ardent formé dans les écoles françaises, réduit au pharisaïsme, système social et arme de propagande… si j’ai choisi de vivre en France… je continue à participer à ce monde de mon enfance et à cet Islam en lequel je crois de plus en plus"(11).

Entre Driss Chraïbi l’homme et Driss Ferdi le personnage, la similitude est saisissante. Si le roman, en tant que fiction, suscite un narrateur pour raconter une histoire, c’est bien l’auteur qui le choisit. L’identité des noms entre le personnage et l’auteur (Driss Ferdi et Driss Chraïbi) a certainement pour objectif d’écarter toute fiction, sinon du moins la tempérer. Le personnage qui est un être fictif est d'abord caractérisé par sa désignation (Driss Ferdi) à travers un prénom et un nom à charge sémantique très significative. Si Driss est le nom du narrateur et de l’auteur, Ferdi -qui signifie revolver en arabe dialectal- réfère à la révolte pour tirer à bout portant sur une société sans distinction aucune. Ce personnage est l’élément principal du roman ; il est le protagoniste à travers lequel le lecteur est plongé dans le roman. Mais il est également le vecteur principal à travers lequel Driss Chraïbi transmet et expose, implicitement ou explicitement, sa propre vision du monde. Ferdi signifie la menace et la tuerie pour que Chraïbi marque d’emblée et clairement son intention de règlement de compte. Selon l’expression de Barthes, le nom du personnage est "le prince des signifiants". Son identité est complétée par une situation familiale et sociale, l'environnement puis une caractérisation psychologique. La démarche réaliste du roman s’est donnée pour ambition de soutenir cette vision du monde portée par le personnage central qui est Driss Ferdi. Dans Le Passé simple, ce que reflète le personnage est en accord avec ce que souhaite l’auteur comme il l’a bien clarifié dans ses interviews. De plus, il faut préciser que le meilleur outil de l’auteur pour apporter quelque chose aux lecteurs est son personnage. Grâce à celui-ci l’écrivain expose ce qu’il désire.

En effet, Driss Ferdi est l’indigène typiquement occidentalisé. Son père en est déjà conscient, notamment des dangers qui le guettent :

"Et toi, toi que nous espérions notre gloire, qui es-tu ? va pour le couteau, va pour le Ramadan, mais ton rêve ? Il est de nous quitter et de nous oublier tous, bien, vite et totalement, dès que tu seras parti… de nous haïr, de haïr tout ce qui est musulman, tout ce qui est arabe, sais-tu pas ce qu’il est devenu d’Abdejlil, ton ancien professeur à l’école Guessous ? Il est à Paris, il est devenu catholique et même prêtre… tâche de faire mieux ; Dieu t’assiste ! tu seras peut-être pape".

Qui est-ce Abdejlil cité par le père comme l’exemple de dévoyé ? Tout d’abord, il faut dire que le père du narrateur s’adresse à son fils par antiphrase, une figure de style qui signifie communément le contraire de ce que l’on pense. C’est une remontrance voire une dénonciation sous-entendue d’un comportement aussi déviant aux yeux du père. Si Abdejlil est donné comme exemple, il est ainsi la figure de proue de l’écart et de l’extrémisme, bref de l’hérésie pour avoir troqué sa religion contre une autre. Pour comprendre "le phénomène Abdejlil", il faut revenir au contexte de sa christianisation. Si le contexte - dit Michèle Archambault - ne diffuse pas d’informations au sens où un essai ou un documentaire peut le faire, il transmet bien quelque chose qui nourrit, construit le lecteur, alimente sa réflexion, enrichit sa pensée(12). En effet, originaire de Fès, ancien élève de l’école musulmane de sa ville natale, puis ancien élève de l’école de Foucault de Rabat, Mohammed Ben Abdel Jalil est issu d’une famille de notables fassis éduquée dans la tradition musulmane. Il fut le premier personnage marocain converti au christianisme en 1928 pour prendre le nom de Jean et accéder plus tard à la plus haute fonction du clergé au Vatican. Resté longtemps attaché au général Lyautey qui l‘affectionnait beaucoup, celui-ci ne cacha pas son enthousiasme quand il apprit son baptême. "Tant mieux, disait-il, c’est un bon coup à…"(13). La christianisation de Mohammed Ben Abdel Jalil a créé un tollé au Maroc. Quand il se fit baptiser, les étudiants marocains à Paris ont envoyé un télégramme d’alarme dans l’urgence au palais du sultan en disant qu’Abdel Jalil est atteint de folie. Il est victime du prosélytisme, disait-on à l’époque. C’est un acte d’apostasie, un renoncement public de sa foi. Ses parents s’étaient affolés, et son frère partit à la hâte de Rabat à Paris afin de prêter main forte à son frère qu’il croyait effectivement fou(14).

Si Chraïbi en fait la mention dans son roman, c’est que la mémoire collective marocaine en est restée blessée pendant longtemps. Mohammed Ben Abdel Jalil n’était pas le seul à avoir changé de religion, car la christianisation des populations passées sous domination est aussi vieille que la colonisation. Tout un arsenal de moyens humains a été employé, surtout par les pères blancs, pour convertir les gens dont primordialement les missionnaires, le dispensaire, l’hôpital et l’école(15). Pour ce faire, on faisait connaitre également la religion chrétienne par les œuvres de charité à travers des missions caritatives et humanitaires. C’est un prosélytisme qui consiste bel et bien en une violence symbolique dont l’objectif est non pas la christianisation en soi, mais plutôt la domination par la voie de l’adhésion et de l’obéissance. Dans les pays colonisés, et contrairement à la métropole, la laïcité n’était pas d’actualité dans les territoires occupés(16). La "mission civilisatrice" qui stipule la supériorité de la civilisation française sur toutes les autres civilisations assigne aux Français la tâche d’amener ces "civilisations inférieures" au niveau de la civilisation française. C’est une manière courante de justifier l’expansion coloniale depuis le XIXe siècle. Cette violence symbolique est d’autant plus efficace dans la mesure où elle est subtile et invisible ; elle vise plus précisément à engendrer la participation des dominés à leur propre soumission. La violence symbolique, écrit Pierre Bourdieu, est :

"Cette coercition qui ne s’institue que par l’intermédiaire de l’adhésion que le dominé ne peut manquer d’accorder au dominant (donc à la domination) lorsqu’il ne dispose, pour le penser et pour se penser ou, mieux, pour penser sa relation avec lui, que d’instruments qu’il a en commun avec lui"(17).

Peut-on dire d’ores et déjà que la révolte de Chraïbi est le résultat d’une violence symbolique de la modernité qu’il a déjà subie à l’école française ? Il faut dire que la supériorité intellectuelle de l’Occident sur les autres nations, au Maroc en l’occurrence, a été vécue comme l’a bien dit Khatibi tel un trouble, une "fitna"(18). L’intrusion étrangère avait pour séquelles des pertes et des ruptures, une mutilation de l’être, une désunion de la famille suite à un changement forcé dans le mode de vie et de penser. Face à l’intrusion étrangère, le maghrébin fait état d’un double sentiment, celui d’une grande admiration, car-selon l’expression de Khatibi, l’Occident habite notre être en tant que pôle civilisé ; mais dans le même temps il est l’objet d’une haine puisqu’il est à l’origine de la subversion d’une harmonie séculaire de la société. Néanmoins, ce bouleversement sociétal a au moins obligé l’écrivain maghrébin à émerger dans sa personnalité. Le "je" individuel qui n’avait quasiment d’existence devant ce "nous" collectif, resurgit pour faire entendre sa voix tout d’abord face aux siens puis face aux autres pour se faire sujet et non pas objet comme le note Abdellah Laroui :

"Le sujet par excellence du roman est de dévoiler une structure sociale à travers une expérience individuelle, ses succès, ses échecs directs ou indirects. Ce sujet n’avait aucune base objective dans la société arabe"(19).

Chraïbi n’était pas la seule voix dissidente à l’époque. Bien avant lui, des plumes subversives avaient vécu cette expérience de la rencontre avec l’Occident pour oser remettre en cause le traditionalisme de leurs sociétés, comme notamment les égyptiens Qasim Amin (1865-1908) et Taha Hussein (1889-1973). Leur séjour en France, en tant qu’étudiants, était suffisant pour qu’ils soient influencés par toutes les idées des penseurs européens de l’époque, notamment Charles Darwin et Herbert Spencer. Leurs révoltes quant à la condition de la femme, la religion et l’autorité leur avaient valu les courroux de la société et du pouvoir. Comme l’écrit Lawrence Stone, "il n’y a pas de vraie révolution sans idées pour l’alimenter"(20).

Développant un esprit révolutionnaire sur les bans de l’école française, Driss Chraïbi le retourne contre sa propre société traditionnelle. La dédicace de l’œuvre à François Mauriac n’est certainement pas gratuite, et elle est à comprendre dans ce sens. En lui soulignant "Il y avait alors la révolte et l'espoir", l’auteur fait mention à cette révolte - croyons-nous - qui est intervenue dans la vie de Mauriac peinte dans Thérèse Desqueyroux, roman, quelque part, autobiographique. Femme libre et émancipée, Thérèse contrevient aux us et conventions de son milieu par l’usage de tabac par exemple. Jean, c’est quelque part Mauriac jeune qui découvre la liberté des études parisiennes et se montre irresponsable et inconscient. Il peut s’agir également de sa position en faveur de l'indépendance des pays maghrébins tout en condamnant ouvertement lors d’une conférence prononcée le 15 novembre 1954 intitulée L’imitation des bourreaux de Jésus Christ où il condamne ouvertement l’usage de la torture par l'armée et la police françaises en Algérie(21). Toujours est-il que quelque vingt années plus tard, interrogé par Kacem Basfao en septembre au sujet de ses rapports avec Mauriac et de la fameuse dédicace, l'écrivain persiste dans ses rancœurs et affirme : "J'ai dédié ce livre à François Mauriac pour me foutre de lui, parce que c'était soi-disant le représentant, le défenseur du Maroc".

Avec Catherine, sa première femme alsacienne, Chraïbi découvre en France les grands auteurs anticonformistes américains comme Erskine Caldwell, James Baldwin, Faulkner et John Steinbeck ainsi que le franco-italien Louis Calaferte. Scandaleux et grossiers, ces écrivains qui font la peinture grotesque et sans complaisance d’une certaine Amérique sudiste et misérable ont eu raison de Driss Chraïbi qui jette son dévolu de façon similaire sur la réalité marocaine de l’époque.

3 - Chraïbi droit de l'hommiste :

S’inscrivant dans l’humour et le dévoilement de la dure réalité du vécu, l’œuvre de Chraïbi prend la couleur d’une étude sociologique qui n’épargne aucune vérité crue, aucune cruauté, aucun tabou. Parler de la dimension sociologique dans son œuvre, cela se comprend, car elle a été colorée d’un souffle de la condition humaine. Mais parler des droits de l’homme et du respect de la dignité humaine dans son œuvre est aussi surprenant qu’inattendu. En fait, la question des droits de l’homme n’a jamais été l’apanage des pouvoirs en place ou des instances internationales. L’œuvre littéraire, elle aussi, en a toujours porté l’empreinte au sens contemporain du terme.

En effet, la maltraitance et l’exploitation des enfants, la condition de la femme, les droits des minorités ethniques, bref la misère sociale et morale ont toujours existé dans les littératures du monde. Dickens, Zola, Victor Hugo et Jean-Paul Sartre, pour n’en citer que ceux-ci, s’étaient toujours ralliés du côté des faibles et des opprimés sur terre. Les écrivains Marocains n’en ont pas fait l’exception au point d’avoir été exposés aux dures représailles du système en place(22). Si Sefrioui célèbre le passé dans La boite à merveilles, Chraïbi quant à lui condamne et dénonce le présent marocain dans son Passé simple. La majorité de son œuvre semble répondre au diktat du pape de l’existentialisme qui conçoit la fonction de la littérature comme la relation des convulsions de l’Histoire. Chraïbi a prêté sa voix aux plus démunis sur terre dans un engagement patent tel que l’a bien tracé Sartre :

"Alors, l’écrivain se lancera dans l’inconnu : il parlera, dans le noir, à des gens qu’il ignore, à qui l’on n’a jamais parlé sauf pour leur mentir il prêtera sa voix à leurs colères et à leurs soucis par lui, des hommes qui n’ont jamais été reflétés par aucun miroir et qui ont appris à sourire et à pleurer comme des aveugles, sans se voir, se trouveront tout à coup en face de leur image"(23).

Des œuvres comme "Le Passé simple", "L’Ane", "Les Boucs", "La Mère du printemps" ou "Naissance à l’aube" se situent entre la dénonciation des oppressions ordinaires dans une société marocaine machiste, despotique et fossilisée par des mœurs immuables et un dévoilement de la condition défavorable du juif et de l’immigré. Cette compassion avec les faibles traduit un certain humanisme de Chraïbi qui a été toujours sensible aux malheurs des autres :

"J'étais un adolescent qui ne connaissais que deux mondes restreints : celui de la maison (pas de fréquentations, commandait le père), et le monde du lycée. Mais voici : j'ai toujours été animé par quatre passions : le besoin d'amour, la soif de la connaissance lucide et directe, la passion de la liberté, pour moi-même et pour les autres ; et enfin la participation à la souffrance d'autrui... Quand je rentrais du lycée, je voyais des gens assis, des gosses abandonnés à eux-mêmes, des gens qui attendaient, on ne sait quoi... C'est de cette époque que date ma révolte. Elle a été souterraine pendant des années… La révolte qui couvait en moi était dirigée contre tout : contre le Protectorat, contre l'injustice sociale, contre notre immobilisme politique, culturel, social. Et puis, il y avait autre chose : ma mère. Rendez-vous compte : je lisais du Lamartine, du Hugo, du Musset. La femme, dans les livres, dans l'autre monde, celui des Européens, était chantée, admirée, sublimée. Je rentrais chez moi et j'avais sous les yeux et dans ma sensibilité une autre femme, ma mère, qui pleurait jour et nuit, tant mon père lui faisait la vie dure. Je vous certifie que pendant 33 ans, elle n'est jamais sortie de chez elle. Je vous certifie qu'un enfant, moi, était son seul confident, son seul soutien"(24).

Il n’y a pas plus claire que cette déclaration de Chraïbi quant à l’origine de son engagement qui est doublement conditionné. Son monde immédiat, celui de la misère des petites gens qui l’entouraient et sa révélation très tôt sur des idées à coloration sociale des écrivains, Hugo en l’occurrence. L’engagement aux valeurs universelles de l’auteur des Misérables l’avaient certainement influencé. L’engagement de Hugo va faire de lui la voix des faibles et des exclus revêtant ainsi un caractère particulier. Ni l’art pour l’art, ni l’art pour la politique mais l’art pour l’égalité pour le bien de l’humanité. "La moitié de l’espèce humaine -dit Hugo- est hors de l’égalité, il faut l’y faire rentrer : donner un contre-poids au droit de l’homme le droit de la femme"(25). Driss Chraïbi était un défenseur et un commenceur ; défenseur des droits inaltérables de l’homme abstraction de sa couleur ou son appartenance ethnique et commenceur d’une forme de contestation qui allait être imitée par des écrivains maghrébins. Il faut dire que, c’est durant cette période que débute la naissance d’une génération de poètes et romanciers très audacieux voire jusqu’auboutistes. C’est une génération qui s’inscrit d’emblée dans la contestation déjà inaugurée par Le passé simple ; une contestation contre l’injustice, l’exploitation et la forfaiture. A la veille comme au lendemain de l’indépendance du Maroc, la misère et l’injustice sociale étaient trop visibles pour que l’écrivain marocain reste impassible face à l’arbitraire.

Le fondateur de la revue Souffles, Abdellatif Laabi, ne saurait concevoir la littérature sans engagement. D’obédience littéraire à ses débuts, la revue n’avait pas tardé à s’octroyer une couleur politique pour démystifier le système en place en embrassant la souffrance de la masse populaire. Dès le début, elle s’attaque aux violations des droits de l’Homme et refuse tout enfermement dans la sphère littéraire et culturelle pour servir de plate-forme à des prises de position politiques(26). Laabi n’a jamais failli à ces principes même s’il a purgé une peine de huit ans pour cause de militantisme politique :

"La littérature engagée ? Comment la littérature peut être désengagée, alors qu'elle opère sans cesse sur le vif, se situe au cœur de "l'être ou ne pas être", brûle de la brûlure des interrogations, alors que l'écrivain a choisi face au terrible sphinx humain de mettre sa tête dans la balance"(27).

Pour les écrivains de la revue Souffles, Driss Chraïbi y était pour beaucoup. Il a ouvert la voie à une création libre qui marque une rupture avec une écriture sourde et complaisante qualifiée "d’excroissance malodorante". Aux pas de Chraïbi, ils ont réhabilité toute sorte d’expression artistique dénigrée jusqu’alors comme la littérature populaire ou encore la langue et la culture amazighs qui n’avaient pas de place dans le concert littéraire maghrébin. Driss Chraïbi a encore ouvert la voie à des écrivains réfractaires et acharnés comme notamment Khair Eddine, Laâbi et Nissaboury qui joignent l’esthétique au combat politique.

Conclusion :

La publication du "Passé simple" par Driss Chraïbi reste une date fatidique non seulement dans l’histoire de la littérature marocaine mais aussi maghrébine. Les Marocains n’auraient jamais pensé lire un roman aussi violent écrit très tôt par un marocain qui dénonce ouvertement sa propre société. Ceci étant, le contexte de la naissance du "Passé simple" était une naissance difficile, gouvernée notamment par des circonstances d’ordre social et politique. Par ailleurs, l’influence et l’admiration de l’écrivain vis-à-vis de l’Occident était tranchante ; ce fut un trouble auquel il était difficile de résister. Des lectures d’ordre littéraire et philosophique ainsi que l’influence par des idées progressistes et révolutionnaires avait bien impacté le jeune étudiant qu’il était. Ayant créé un tollé au sein d’une bonne partie de l’intelligentsia marocaine, les thèmes abordés par le roman étaient pourtant le fruit du vécu de l’époque. C’est un réquisitoire ouvert d’une société rétrograde, encore attachée à des valeurs obsolètes.

Notes :
1 - Roman longtemps réprouvé au Maroc jusqu’à l’avènement de la revue Souffles qui l’a réhabilité dans son premier numéro en 1967. Abdellatif Laâbi l’a fait connaitre auprès d’une intelligentsia marocaine moins préoccupée de combattre un Occident envahissant, que de lutter contre le conservatisme étouffant d’une dictature en train de s’installer.
2 - Nous pensons exclusivement à cette influence subie par Mohammed Khair Eddine dans ses œuvres romanesque et poétique ainsi qu’à Rachid Boudjedra et Tahar Benjelloun et bien plus tard Abdelhak Serhane.
3 - Hyppolite Taine : Philosophie de l'art, Quatrième partie, La sculpture en Grèce, La race (chap. I), Fayard, Paris 1985, pp. 273-287.
4 - Voir Paul Benichou : Le Sacre de l'écrivain, Essai sur l'avènement d'un pouvoir spirituel laïc dans la France moderne, Corti, Paris 1973.
5 - Victor Hugo : Préface des Nouvelles Odes, Œuvres complètes, Club français du livre, T.II, p. 475.
6 - Christian Chelebourg : L’imaginaire littéraire. Des archétypes à la poétique du sujet, Armand Colin, Ed. Nathan, Paris 2000, p. 29.
7 - Jean-Paul Sartre : L’Imaginaire, Gallimard, Coll. Idées, Paris 1979, p. 19.
8 - Cité in Anne-Marie Chabrolle-Cerretini : "Le contexte (du linguistique au littéraire), une notion à géométrie variable", Pratiques, 2006, pp. 89-97.
9 - Jean Déjeux : Littérature maghrébine de langue française, Editions Naaman, Québec 1980, p. 277.
10 - Ibid., p. 279.
11 - Voir la Préface de son roman l’Ane, Editions Denoël, 1956.
12 - Michèle Archambault : "Culture littéraire et culture informationnelle. A l'heure du numérique, la reconnaissance d'un domaine info-littéraire", Les Cahiers du numérique, Vol. 5, 2009/03, pp. 115-130.
13 - Voir Louis Rouanai : "Le premier prêtre algérien", L’Effort algérien du 20 septembre 1935, N° 371. https://gallica.bnf.fr/
14 - Voir Abdelhadi Boutaleb : Souvenirs témoignages et figures, Vol. 1, Entreprise Saoudienne de Recherches et d’Edition, Rabat 1992, pp. 163-166.
15 - Louis Althusser parle des Appareils idéologique de l’Etat (AIE). Ce sont des institutions comme l'AIE religieux (le système des différentes Eglises) ; l'AIE scolaire (le système des différentes "Ecoles", publiques et privées) ; l'AIE familial ; l'AIE juridique ; l'AIE politique (le système politique, dont les différents Partis), l'AIE syndical ; l'AIE de l'information (presse, radio-télé, etc.) ; l'AIE culturel (Lettres, Beaux-Arts, sports, etc.). Voir Louis Althusser : Positions, Les éditions sociales, Paris 1976.
16 - Jean-Louis Triaud : "Une laïcité coloniale. L'administration française et l'islam en Afrique de l’ouest", Politique, religion et laïcité, P. U. de Provence, Aix-en-Provence 2009, pp. 121-143.
17 - Pierre Bourdieu : Méditations pascaliennes, Seuil, Paris 1997, p. 204.
18 - Le mot arabe "fitna" date depuis la fin de la première moitié du premier siècle de l’hégire pour référer à la guerre civile ayant suivi l’assassinat du calife Uthman en 656 après J.-C. C’était une guerre civile pour que le mot ait pour synonyme révolte, sédition ou émeute. Le mot "fitna" signifie également le grand amour qui fait perdre la raison et la lucidité. Le mot qui lui est équivalent en langue française est le mot trouble qui réfère à son tour à deux acceptions dont l’une est le corollaire de l’autre. Le trouble signifie le désordre, l’émeute, la confusion, l’effervescence et l’égarement. Mais il signifie aussi "l’émotion tendre, le désir amoureux, l’émoi", Le Robert.
19 - Abdellah Laroui : L’idéologie arabe contemporaine, Maspero, Paris 1967, p. 23.
20 - Cité par Gérard Mauger : "Les origines intellectuelles de Mai 68", Lectures militantes du XXe siècle", Revue du centre d’Histoire, N° 29, 2009, pp. 109-122.
21 - François Mauriac : L’imitation des bourreaux de Jésus-Christ, Desclée de Browers, Paris 1984.
22 - Laâbi a purgé une peine de huit ans d’emprisonnement pour avoir osé critiquer le système de Hassan II.
23 - Jean-Paul Sartre : Qu’est-ce que la littérature ?, Gallimard, Coll. Folio essais, Paris 1986, p. 267.
24 - Abdellatif Laâbi : "Driss et nous", Souffles, N° 5, Premier trimestre, 1967, pp. 5-10. http://clicnet.swarthmore.edu/souffles/s5/2.html
25 - Victor Hugo : Actes et paroles, vol. IV, p. 55.
26 - Voir Marguerite Rollinde : Le mouvement marocain des droits de l’Homme. Entre consensus national et engagement citoyen, Karthala, Paris 2002, p. 153.
27 - Abdellatif Laâbi : "Droits de l'Homme et littérature engagée au Maroc", in Horizons Maghrébins, Le droit à la mémoire, Ecritures maghrébines et identités, N° 11, 1987. pp. 50-52.
Références :
1 - Althusser, Louis : Positions, Les éditions sociales, Paris 1976.
2 - Archambault, Michèle : "Culture littéraire et culture informationnelle. A l'heure du numérique", Les Cahiers du numérique, Vol. 5, N° 3, 2009.
3 - Benichou, Paul : Le Sacre de l'écrivain, Essai sur l'avènement d'un pouvoir spirituel laïc dans la France moderne, Corti, Paris 1973.
4 - Bourdieu, Pierre : Méditations pascaliennes, Seuil, Paris 1997.
5 - Boutaleb, Abdelhadi : Souvenirs témoignages et figures, Vol. 1, Entreprise Saoudienne de Recherches et d’Edition, Rabat 1992.
6 - Chabrolle-Cerretini, Anne-Marie : "Le contexte (du linguistique au littéraire), une notion à géométrie variable", Pratiques, 2006.
7 - Chelebourg, Christian : L’imaginaire littéraire. Des archétypes à la poétique du sujet, Armand Colin, Ed. Nathan, Paris 2000.
8 - Chraïbi, Driss : L’Ane, Editions Denoël, 1956.
9 - Déjeux, Jean : Littérature maghrébine de langue française, Editions Naaman, Québec 1980.
10 - Hugo, Victor : Œuvres complètes, Club français du livre.
11 - Laâbi, Abdellatif : "Driss et nous", Souffles, N° 5, Premier trimestre, 1967.
12 - Laâbi, Abdellatif : "Droits de l'Homme et littérature engagée au Maroc", in Horizons Maghrébins, N° 11, 1987.
13 - Laroui, Abdellah : L’idéologie arabe contemporaine, Maspero, Paris 1967.
14 - Mauger, Gérard : "Les origines intellectuelles de Mai 68", Lectures militantes du XXe siècle", Revue du centre d’Histoire, N° 29, 2009.
15 - Mauriac, François : L’imitation des bourreaux de Jésus-Christ, Desclée de Browers, Paris 1984.
16 - Rollinde, Marguerite : Le mouvement marocain des droits de l’Homme. Entre consensus national et engagement citoyen, Karthala, Paris 2002.
17 - Rouanai, Louis : "Le premier prêtre algérien", L’Effort algérien du 20 septembre 1935, N° 371.
18 - Sartre, Jean-Paul : L’Imaginaire, Gallimard, Coll. Idées, Paris 1979.
19 - Sartre, Jean-Paul : Qu’est-ce que la littérature ?, Gallimard, Coll. Folio essais, Paris 1986.
20 - Taine, Hyppolite : Philosophie de l'art, Quatrième partie, La sculpture en Grèce, La race (chap. I), Fayard, Paris 1985.
21 - Triaud, Jean-Louis : "Une laïcité coloniale. L'administration française et l'islam en Afrique de l’ouest", Politique, religion et laïcité, P. U. de Provence, Aix-en-Provence 2009.
Pour citer l'article :

* Dr Abdelhak Bouazza : "Le passé simple" de Chraïbi, soubassements d’une révolte précoce, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 20, 2020. http://annales.univ-mosta.dz

Articles du même auteur :

L’effet idéologique du roman colonial au Maghreb
Annales du patrimoine N° 17, 2017.

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