Représentation antithétique de l’héroïne romanesque chez Leila Slimani

Marcel Taibé
Université N'Gaoundéré, Cameroun

Résumé :

Le présent travail démontre la caractérisation contrastée de l’héroïne romanesque chez Leila Slimani. En partant des approches thématique et psychanalytique, l’article inventorie les thèmes récurrents à partir desquels se construit la représentation antithétique de l’héroïne romanesque et par conséquent, saisit par le biais de l’écriture, l’inconscient de l’auteure. En prenant appui sur le conflit psychique, l’approche psychanalytique explore les états de conscience de l’héroïne, Louise. L’analyse en vient à démontrer l’image ambivalente de l’héroïne et explique l’accomplissement de l’assassinat par l’héroïne. La réflexion autour des particularités de l’esthétique romanesque relève chez Leila Slimani une écriture novatrice du féminisme. En clair, la poétique du contraste par laquelle se dévoile la figure de l’héroïne criminelle renseigne sur l’obsession de l’auteure.

Mots-clés :

représentation, contraste, héroïne, roman, Leila Slimani.

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Antithetic representation of the novelistic heroine in Leila Slimani

Abstract:

This work sheds light on the contrasting characterization of heroine of Leila Slimani’s novel. Through thematic and psychoanalytic approaches, this paper brings out recurrent themes on which is built the antithetical representation of the novel’s heroine and henceforth, apprehends through writing, the female author’s unconsciousness. Focusing on psychical conflict, the psychoanalytic approach explores the heroine’s (Louise) states of mind. The analysis highlights her ambivalent image and, explains the modus operandi of the murder she has committed. Insight into particularities of novelistic aestheticism reveals in Leila Slimani an innovative writing of feminism. The contrasting poetry through which the heroin’s criminal character is disclosed shines light on the female author’s obsession.

Key words:

representation, contrast, heroine, novel, Leila Slimani.

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Texte :

La caractérisation contrastée du personnage féminin par Leila Slimani traduit l’écart entre l’être et le paraître, et la déliquescence de la figure du personnage romanesque au XXe siècle. Le dépassement de l’idéologie féministe qui s’ensuit, illustre l’originalité du roman, "Chanson douce"(1). Désormais, la construction du rôle actanciel relève de la mise en œuvre de l’antithèse. L’aperçu du corpus convainc de la pertinence du portrait ambivalent de l’héroïne romanesque : "Chanson douce" lève un pan de voile sur la vie conjugale du couple Paul et Myriam absorbé par les occupations des pays développés. Il faut au couple une nounou pour garder leurs deux enfants Mila et Adam. Après tant de cherche, le couple tombe enfin sur Louise qui répond à tous leurs critères. Louise est d’une bonté maternelle sans reproches. "Ma nounou est une fée"(2), s’en félicite Myriam flattée. Soudain la vie de Louise bascule. Louise perd son mari Jacques, doit libérer l’appartement et payer les dettes laissées par le défunt. Sa fille Stéphanie l’abandonne. Paul et Myriam s’aperçoivent du moral de Louise et commencent à s’en méfier. Dans le même temps, Louise comprend la barrière qui la sépare du couple. Voyant les enfants grandir, Louise craint la perte de son travail chez le couple. Une solution s’impose à elle : le meurtre et le suicide. Toutefois, Louise ne réussit pas à s’infliger la mort après avoir tué les deux enfants du couple. La forme du texte obéit à la représentation antithétique de l’héroïne.

De ce point de vue, comment la nouvelle écriture traduit la dualité de l’héroïne à partir des procédés romanesques ? En partant de l’analyse psychanalytique et thématique, le travail démontre le conflit psychique se soldant par le triomphe des forces extérieures sur le moi du personnage. La première partie prend appui sur la représentation contrastée de l’héroïne romanesque. Quant à la deuxième partie, elle s’attarde sur les particularités de l’esthétique romanesque chez Leila Slimani.

1 - Peinture ambivalente de l’héroïne romanesque :

Désignant le caractère ou l’état de ce qui est double en soi, la dualité dont il est question chez Leila Slimani est illustrée par le comportement du personnage féminin. En effet, Louise, l’héroïne romanesque réunit en elle les traits de bienfaisance et incarne dans le même temps le mal. L’analyse démontre la représentation antithétique de l’héroïne entre amour et haine, vertu et vice, maternité et criminalité.
a. Image contrastée du personnage féminin :

A première vue, il s’offre à l’appréciation du lecteur deux formes de passions antithétiques : amour et haine. Leila Slimani se livre à la construction du visage contrasté du protagoniste. Le jeu d’assemblage des réalités antithétiques commence par le titre même du roman Chanson douce dont l’entrée en matière s’ouvre plutôt sur une scène d’horreur : "le bébé est mort"(3). En outre, l’auteure exploite les techniques de la construction contrastée des actants en attribuant à un même personnage deux traits de caractères antithétiques. Dans le cas d’espèce, la construction de l’héroïne laisse transparaître deux formes de sentiments parallèles. Louise, personnage principal apparaît à la fois comme incarnation de l’amour et de la haine. L’amour est une disposition de l’âme à vouloir le bien du prochain ou d’une entité humanisée (la patrie, Dieu) Cela dit, l’amour porte l’âme à se dévouer à l’objet de son attachement. La haine par contre désigne "le sentiment violent qui pousse à vouloir du mal à quelqu'un et à se réjouir du mal qui lui arrive"(4). Ainsi il est clair que l’amour et la haine sont deux passions antithétiques de par leur intention. L’amour justifie son acte par le bien tandis que la haine vise à détruire autrui.

Dans la représentation de l’héroïne romanesque, deux traits de caractères contrastés sont mis en lumière : l’amour et la haine. En effet, dès l’entame de l’intrigue, Louise est un personnage altruiste. Elle est une nounou irréprochable quant à l’amour qu’elle manifeste à l'endroit des enfants dont elle a la charge. C’est ce qui explique d’ailleurs l’attachement des enfants à cette figure idyllique de Louise. Face à cette immense bonté, Myriam ne manque pas de reconnaître la qualité de sa domestique. Myriam s’en félicite et se montre très flattée. La narratrice ne passe pas sous silence la bonté de cette femme de ménage : "Ma nounou est une fée. C’est ce que dit Myriam quand elle raconte l’irruption de Louise dans leur quotidien... Elle a fait entrer la lumière"(5). Dans le même ordre d’idées, la nouvelle nounou se comporte comme si elle connaissait les enfants auparavant. Elle s’habitue très vite aux enfants, Mila et Adam. Le couple est au comble de l’émotion. La narratrice rend compte de cette fête dans la famille de Paul avec l’arrivée de la nounou : "Myriam décrit cette scène encore fascinée par l’assurance de la nounou. Louise a délicatement pris Adam des bras de son père"(6). L’amour que Louise manifeste de par ses caractères et ses gestes gagne la confiance du couple. La nounou cherche et obtient la confiance absolue du couple. Ainsi elle devient incontournable pour la famille. Le couple et les enfants restent dépendants de la nounou. C’est d’ailleurs ce que témoigne la narratrice : "Pendant un instant, elle se met à croire que Louise est vraiment partie, qu’elle les a abandonnés dans cet appartement où la nuit va tomber, qu’ils sont seuls et qu’elle ne reviendra plus. L’angoisse est insupportable et Mila supplie la nounou"(7).

Que cache cette bonté poussée à extrême ? La suspicion s’impose autour de l’image angélique de Louise. C’est suivant cette démarcation que l’auteur en vient à révéler l’image démoniaque. C’est le couple Paul et Myriam qui commence à se méfier des bonnes intentions de la nounou. De son côté, Louise s’aperçoit très vite de la barrière qui la sépare du couple. La situation se détériore avec la maturité des enfants qui grandissent. Louise devient de plus en plus irritable. Son travail chez le couple est en danger : "Là, elle se laissera engloutir dans une vague de dégoût, dans la détestation de tout..., Elle sera Louise... qui saisit un couteau dans un placard. Louise qui boit un verre de vin"(8). Sous le prétexte du jeu avec les enfants, Louise laisse échapper le sentiment de haine. La disposition à détruire l’être ou à accomplir le mal se dégage de l’attitude de "Louise qui saisit un couteau dans un placard"(9).

Le geste de Louise est très suggestif. Le temps du jeu aide à renseigner sur la haine au cœur de l’héroïne. Louise choisit l’absence du couple pour se livrer à ces formes de jeu dangereux. L’on pourrait dire que Louise veut habituer les enfants avec l’image du couteau. Ce geste n’est que le point de départ d’une âme au cœur de haine. Le point de départ est marqué par l’amour et le point d'arrivée de toutes les pensées de Louise est la haine contre les enfants dont elle a la charge. Cette haine qui, se traduit par un incessant désir de nuire, débouche sur la haine du genre humain.

Perçu sous cet aspect, il reste à reconnaître le travail de l’art de contraste manié par la romancière. L’auteure réussit le jeu de masque. Le personnage au cœur de haine prend la figure de l’amour. Le contraste entre l’être et paraître est mis en lumière par cette écrivaine franco-marocaine. C’est un véritable travail esthétique. C’est du moins le point de vue du critique, Xavier Garnier : "Pourquoi l’inhumain prend-il le masque de l’humain ? Pourquoi la figure se cache-t-elle derrière le personnage ? Voilà précisément le travail de l’art du roman : habiller la figure en personnage pour nous permettre de la regarder évoluer, suivre sa trajectoire inhumaine"(10).

En clair, force est d’admettre que Leila Slimani recourt à la caractérisation contrastée de l’héroïne romanesque. La représentation du protagoniste oscillant entre vertu et vice confirme davantage cette hypothèse.
b. Image ambivalente de l’actant narratif :

En effet, considérée d’un point de vue des normes sociales et des lois étatiques, Louise oscille entre vice et vertu. La conformité aux règles de la morale et l’écart vis-à-vis de celles-ci se dégagent du portrait que dresse Leila Slimani. Tendance au bien, la vertu est une force morale appliquée à suivre la règle, les normes, les lois morales définies par la religion, l’Etat et la société. Quant au terme vice, il renvoie à la disposition habituelle à accomplir le mal, la tendance à transgresser les règles, les lois, les nomes et les interdits édictés par la société, l’Etat et la religion. C’est pourquoi le vice qualifie le comportement d’un homme qui s'adonne à des passions mauvaises, à des plaisirs défendus. Considéré comme écart de conduite, le vice est donc un mauvais penchant, un mauvais goût, un défaut grave que réprouvent la morale, la société, l’Etat et la religion.

"Chanson douce" est un roman qui pose la question du choix à travers l’image de la femme vertueuse et vicieuse. Louise est peinte comme une figure pleine de vertus et de vices. Louise est capable de respecter les lois de la religion et celles de la société. Dans le même temps, la femme de ménage exerce sa capacité à transgresser ces mêmes lois. Elle tombe ainsi dans le vice. En effet, Louise est une incarnation du vice. Elle cache soigneusement cette tendance. Les lois éthiques définies par la religion ne sont pas toujours respectées par la femme de ménage. La narratrice recourt à la focalisation zéro pour rendre compte du monde intérieur de Louise. Dans le cas d’espèce, c’est le départ de sa fille Stéphanie qui constitue l’élément déclencheur de vice. Se retrouvant seule, Louise regrette de n’avoir pas étouffé l’enfant dès la naissance. L’intention renseigne sur l’image de cette femme. C’est pourquoi, il faudra s’en méfier : "Stéphanie pourrait être morte. Louise y pense parfois. Elle aurait pu l’empêcher de vivre. L’étouffer dans l’œuf. Personne ne s’en serait rendu compte"(11).

Toutefois, il faut convenir que le même texte ne passe pas sous silence les vertus de la femme. C’est dans ce contexte qu’apparaît la figure de la femme vertueuse. Entendue comme la disposition de l’âme à obéir aux lois qu’elle croit être bonnes, la vertu se traduit dans le comportement du personnage Louise. Dans cette dualité de l’héroïne romanesque, la vertu est à prendre en considération en dépit de son revers. La figure vertueuse se traduit dans la personnalité de Louise qui manifeste les qualités morales. Les membres de famille qui l’ont eue comme nounou ne sont pas indifférents. Il s’agit notamment du témoignage livré par Hector. De toutes les nounous qu’a connues Hector, Louise demeure l’unique femme vertueuse dont les qualités morales restent inséparables de ses souvenirs d’enfance. Hector s’en souvient : "Dans ses souvenirs, il apparaît la figure de la femme pleine de vertu : Le goût de la sauce de tomate, sa façon de poivrer les steaks qu’elle cuisait à peine, sa crème aux champignons sont des souvenirs qu’il convoque souvent. Une mythologie liée à l’enfance(12). A l’analyse, la romancière lève un pan de voile sur l’image antithétique du personnage féminin. La figure de la femme entre vertu et vice se dégage de cet art de contraste. Le roman "Chanson douce" peint les qualités et les défauts d’une même figure féminine. Par ailleurs, l’art du contraste se poursuit dans la représentation antithétique de l’héroïne entre maternité et criminalité.
c. Représentation antithétique de la force agissante :

Le visage contrasté de la femme s’impose davantage selon que l’on s’attarde sur le genre féminin considéré comme une mère cachant soigneusement la figure d’une force criminelle. Dans le cas d’espèce, les termes maternité et criminalité sont antithétiques en ce que le terme mère est pris dans le sens d’une femme qui donne et entretient la vie. Par contre, le terme criminel est employé dans le sens d’une réalité qui détruit plutôt la vie. Dans "Chanson douce", Leila Slimani procède à la caractérisation antithétique de l’instance narrative, c’est le personnage principal du roman qui obéit à cette construction textuelle. Louise échappe à tout enfermement dans un trait de caractère précis. Perçue sous l’angle de l’affection maternelle, Louise apparaît comme mère accomplie. Le bonheur de Louise en tant que femme se réalise dans la maternité. Louise pratique les devoirs d’une mère en vue d’assurer le bien-être aux enfants dont elle a la charge. Le métier de nounou qu’elle effectue dans les ménages traduit la figure maternelle du personnage. C’est pourquoi pour le couple Paul et Myriam, Louise est une mère bienfaitrice pleine d’attention : "Cette nounou, elle l’attend comme le Sauveur... persuadée que personne ne pourrait les protéger aussi bien qu’elle"(13). Il reste que la nounou va au-delà des tâches du métier. Louise y met sa part d’humanisme dans l’accomplissement de cette tâche. Elle passe pour une mère accomplie plutôt qu’une nounou en quête d’argent : "Elle est Vishnou, divinité nourricière, jalouse et protectrice. Elle est la louve à la mamelle de qui ils viennent boire, la source infaillible de leur bonheur familial"(14).

Toutefois, il faut reconnaître que Louise en tant que mère intègre la figure de femme criminelle. Par la criminalité, il faut entendre l’acte qui est coupable d'une grave infraction à la morale. C’est pourquoi les lois condamnent les actes criminels d'une peine afflictive ou infamante. L’écriture romanesque s’approprie l’acte criminel. L’intérêt d’une telle écriture s’illustre par la forme d’écriture suggestive et la construction de l’héroïne. Il surgit donc la figure de la femme assassine compte tenu de la préméditation.

La préméditation prend en compte le moment décisif où le personnage réfléchit sur la faisabilité de son intention. Il faut indiquer que l’assassinat se distingue du meurtre par la préméditation. Le roman "Chanson douce" prépare minutieusement la conscience du lecteur quant à l’image de l’héroïne et de ce dont elle est capable. La narratrice révèle progressivement l’intention de la nounou si bien que la part de surprise du lecteur s’amoindrit. Louise est une nounou qui maîtrise l’emploi du temps du couple Paul et Myriam. Rongée par les vicissitudes de la vie et la crainte de la rupture du contrat de travail, Louise réalise que tout est accompli : "Il faut que quelqu’un meure. Il faut que quelqu’un meure pour que nous soyons heureux"(15). Louise vit une véritable expérience traumatique au cours de la laquelle elle perd toute attache avec le monde extérieur. Il n’y a plus de repère pour Louise. Louise est comme transfigurée et perdue dans l’abîme. C’est d’ailleurs ce que reconnaît le psychologue Croq en parlant de l’expérience traumatique : "L’expérience traumatique, dans son surgissement comme dans sa perpétuation, est un bouleversement profond de l’être, dans son rapport avec le monde et avec lui-même. Plongé dans le chaos... le traumatisé est celui à qui il a été donné de douter brusquement de la vie et de l’ordonnancement du monde"(16).

L’univers psychique de Louise est rongé par la mélancolie. L’héroïne est écrasée par les douleurs psychiques. L’état de conscience et les mouvements de l’âme du protagoniste sont révélateurs de la situation de l’auteure. C’est ce que confirment d’ailleurs les propos de Leila Slimani recueillis par le critique Keram Farah : "A quinze ans, je broie du noir... Ma mère me demande ce que j’ai. Je lui réponds que je n’en sais rien, que j’ai des angoisses, que j’ai peur. "Mais peur de quoi ?", me questionne-t-elle. C’est bien le problème, je ne sais pas. J’ai peur et c’est comme ça"(17).

Contre toute attente, Louise réalise ce dessein malsain c’est pourquoi le roman, "Chanson douce" s’ouvre sur une scène macabre. Le premier chapitre, le bébé mort, plonge le lecteur dans le choc. C’est la réalisation de l’intention criminelle de Louise. La nounou vient de tuer Mila et Adam. Le temps choisi et les moyens utilisés montrent comment le coupable a préparé son coup. C’est d’ailleurs ce que confirme le récit de la narratrice témoin : "Le bébé est mort. Il a suffi quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert... Les yeux exorbités, elle semblait chercher de l’air. Sa gorge s’était emplie de sang. Ses poumons étaient perforés et sa tête avait violemment heurté la commode bleue"(18). Face à ces faits tragiques, il est difficile d’attribuer la responsabilité à la nounou surtout quand on se rappelle l’image angélique de Louise. Myriam aimait répéter fièrement à l’endroit de ses amies que Louise est une fée. En outre, il faut mentionner que la situation est intenable pour la mère : le deuxième enfant est sur le point de succomber : "Adam est mort. Mila va succomber"(19). C’est le ciel qui lui tombe dessus. Comment trouver des mots pour consoler Myriam ?

A l’analyse, il reste que l’héroïne accomplit l’acte criminel avec préméditation. Leila Slimani invite à réfléchir sur la part bestiale du personnage féminin contrastant manifestement avec son apparence angélique. Les enfants subissent des actes atroces avant de rendre l’âme. Le degré de violence contraste avec le sentiment maternel de la nounou. La récurrence des thèmes autour de la femme nourrice et de la femme criminelle indique que Leila Slimani exploite l’art de la construction contrastée du personnage romanesque. C’est du moins ce que reconnaît le critique Jean-Pierre Richard : "Le repérage des thèmes s’effectue le plus ordinairement d’après le critère de récurrence : les thèmes majeurs qui en forment l’invisible architecture, ce sont ceux qui s’y trouvent développés le plus souvent, qui s’y rencontrent avec une fréquence visible, exceptionnelle"(20). C’est là, nous semble-t-il, le caractère ambivalent du portrait de l’héroïne sous la plume de Leila Slimani. De cette forme de peinture romanesque surgissent les particularités de l’esthétique romanesque chez Leila Slimani.

2 - Particularités de l’esthétique romanesque :

La forme classique du roman ne trouve pas d’écho chez la jeune romancière. Les particularités de l’esthétique romanesque chez Leila Slimani qui, traduisent le dépassement des frontières de la poétique du roman, s’illustrent par l’esthétique romanesque, un double jeu du roman noir ; par l’écriture romanesque entre vie domestique et vie professionnelle de la femme, et par une nouvelle écriture du féminisme.
a. Esthétique romanesque un double jeu du roman noir :

D’entrée de jeu, chez Leila Slimani, le discours sur le personnage féminin débouche sur un double jeu emprunté à l’esthétique du roman noir. C’est désormais un discours complet en ce qu’il met à nu les différentes figures féminines. La rupture est assumée par la romancière franco-marocaine en ce que "Chanson douce" se démarque de la représentation idyllique de la femme, avec la production d’une écriture prenant la défense de la femme, avec la construction du personnage féminin viscéralement dressé contre le genre opposé. Le discours sur la femme s’inscrit dans le dépassement de l’image que l’opinion se fait de la femme. Pour y parvenir, la romancière exploite l’art de contraste. Le lecteur tombe dans ce jeu et se laisse persuader par le caractère humaniste de la femme. Le jeu est double en ce que dans l’univers romanesque, les autres personnages se laissent berner par l’image angélique de la femme si bien qu’il devient difficile pour eux d’admettre un simple écart de conduite dont est responsable un personnage féminin. Le cas le plus manifeste est celui du personnage Louise. En effet, en dépit de la réalité des faits, il est difficile pour l’entourage de comprendre l’acte criminel dont est responsable Louise. C’est le cas des enquêteurs. Il a fallu : "Mille fois, le capitaine a repassé l’enregistrement"(21). pour se laisser convaincre partiellement.

En outre, le pouvoir créateur de Leila Slimani se rapproche de l’esthétique du roman noir. Il faut entendre la représentation romanesque d’une histoire cruelle dont l’issue n’échappe pas à l’effusion de sang ou à la mort. Ainsi dans l’univers du roman noir, les actants narratifs entretiennent des rapports tendus. C’est une vision du monde d’horreur que tente de reproduire le roman. "Chanson douce", s’ouvre par un constat de l’assassinat et plonge "in media res" le lecteur dans l’univers sanglant où fonctionne la loi de la jungle. C’est un monde où dominent les monstres humains. Les personnages présentent un double visage. L’image que la société a d’eux n’est qu’un décor qui cache soigneusement le monstre. C’est d’ailleurs pour cette raison que le roman noir exploite l’art du contraste. Le jeu est maintenu entre l’être et le paraître. Louise est un personnage énigmatique. L’image de mère qu’elle renvoie à la société s’oppose manifestement avec son véritable être. Louise est un animal sauvage sous une forme humaine. Il suffit de considérer la correction qu’elle administre à sa fille Stéphanie. Louise, la mère fauve frappe sa vie d’une violence à dévorer sa propre fille : "Elle l’a frappée sur le dos d’abord, de grands coups de poing qui ont projeté sa fille à terre... Toute sa force de colosse s’est déployée et ses mains minuscules couvraient le visage de Stéphanie de gifles cinglantes... elle la griffait jusqu’au sang"(22).

En outre, dans le roman noir même les scènes de rapport sexuel sont des moments de violence. C’est un véritable moment où le partenaire à l’image des bêtes sauvages lors de copulation, exerce une violence sur sa partenaire. C’est encore Louise qui est visée par la narratrice. Mariée à Jacques, Louise mène une vie d’adultère avec le personnage Hervé. La narratrice choisit de décrire la scène de rapport sexuel qu’il compare à celui des animaux : "Ils font l’amour bêtement"(23).

Les indices illustratifs du double jeu du roman policier abondent dans le roman de Leila Slimani. Il faut relever les scènes de meurtre, les péripéties et les enquêtes. L’assassinat commis par l’héroïne entraîne des scènes d’enquêtes. C’est un véritable film d’action. L’action romanesque est si dramatique que l’intrigue dépasse le cadre du roman pour prendre le reflet des films sanglants. L’enquête autour de l’affaire Louise renseigne davantage sur l’esthétique du roman policier exploité par la romancière franco-marocaine : "Mais Louise n’est pas restée dans l’appartement... Une heure avant le meurtre. D’où venait Louise ? Où était-elle allée ? Combien de temps est-elle restée dehors ? Les policiers ont fait le tour du quartier, la photo de Louise à la main. Ils ont interrogé tout le monde"(24). Le lecteur est transporté dans un univers où rien ne lui rappelle les codes sociaux du monde dans lequel il vit. Cela est peut être rendu possible juste par le pouvoir de l’écriture. Par l’écriture, le romancier s’offre la liberté de transgresser les codes. C’est ce que reconnaît le critique Cixous : "L’écriture permet de dépasser les codes. Dès que tu te laisses conduire au-delà des codes, ton corps plein de crainte et de joie, les mots s’écartent, tu n’es plus enserrée dans les plans des constructions sociales"(25).

En clair, de par ces éléments textuels, "Chanson douce" passe pour le roman policier. Par ailleurs, la poétique de contraste à laquelle recourt Leila Slimani dévoile le personnage féminin entre domesticité et professionnalisme.
b. Ecriture romanesque de la femme :

La singularité de l’écriture romanesque chez Leila Slimani se traduit par le jeu entre vie domestique et vie professionnelle de la femme. En effet, "Chanson douce" décrit à la fois le quotidien de la femme de ménage et les réalités d’une femme exerçant le travail professionnel. C’est une vision complète de la condition féminine dont se réclame "Chanson Douce". La figure de la femme domestique est incarnée par Louise, l’héroïne. Les mêmes tâches, les mêmes gestes et bien d’autres formes de routines susceptibles de renseigner sur l’univers psychique du personnage sont explorés par la narratrice. La narratrice met l’accent sur la vie domestique qui définit et structure la mentalité du personnage Louise. Selon Escola, la domesticité correspond à : "tous les individus au service d’un autre dans un rapport de subordination, sans en être nécessairement la propriété (esclaves, serfs, fidèles, employés...), exerçant des fonctions diverses au sein d’une maison et de la sphère domestique de celle-ci"(26).

Ainsi, il se trouve que Louise est une femme de ménage qui a presque suivi la voie de ses parents. A son tour, elle initie progressivement sa petite fille Stéphanie à bas âge. Étant femme de ménage, Louise passe son existence à exécuter les tâches et à remplier les commissions diverses de la part des patrons. L’on découvre dans le même temps, l’influence du métier de domestique dans sa vie privée et son morale. C’est pourquoi la narratrice compare Louise, la nounou à ces formes silhouettes : "La nounou est comme ces silhouettes qui, au théâtre déplacent dans le noir le décor sur la scène. Elles soulèvent le divan, poussent d’une main une colonne en carton, un pan de mur"(27). D’un point de vue narratif, l’histoire centrale du roman se tisse autour de la fonction de domestique remplie par Louise.

En outre, le roman "Chanson douce" lève un pan de voile sur la vie professionnelle de la femme dans les sociétés industrialisées. C’est Myriam, la patronne de Louise qui représente la figure de la femme moderne et civilisée. La société parisienne qui sert de cadre romanesque, est une société industrielle où la femme moderne est absorbée par les tâches quotidiennes et dispose peu de temps pour s’occuper de ses enfants. Les multiples occupations sollicitent Myriam si bien qu’il lui est difficile de s’occuper de ses deux enfants Mila et Adam. C’est du moins ce qui découle de la description du quotidien vécu par le couple Paul et Myriam dans cette société industrialisée : "Myriam et Paul sont débordés... Leur vie déborde, il y a à peine la place pour le sommeil, aucune pour la contemplation. Ils courent d’un lieu à un autre, changent de chaussures dans les taxis"(28).

La société industrialisée absorbe Myriam. Myriam ne disposant plus de temps pour la garde des enfants, est obligée d’engager une nounou pour assurer cette tâche. Le fait de confier la charge des enfants à un inconnu ne manque pas de risque. La mort des deux enfants Mila et Adam causée par une nounou en est une illustration. Par le choix de l'espace industrialisé, la romancière attire l’attention des familles sur les types de nounous. L’auteure critique dans le même temps la figure de la femme dite civilisée. Absorbée par les multiples occupations des sociétés industrialisées, Myriam délaisse ses enfants. Les enfants non seulement grandissent sans affection parentale, sont exposés aux dangers divers. De la vient que Myriam manque au véritable bonheur d’une femme. Voilà, les deux visages de la femme émancipée et de la femme de ménage sous la plume de Leila Slimani. C’est en cela que l’écriture romanesque s’inscrit dans une nouvelle écriture du féminisme.
c. Discours romanesque vers un nouveau féminisme :

En dernier ressort, il s’observe chez Leila Slimani un nouveau discours romanesque sur féminisme. A priori, les nouvelles écritures féministes se montrent à travers une écriture objective. Il n’est plus question du parti pris pour la cause de la femme caractéristique du traditionnel féminisme. La romancière tente et réussit à effacer dans l’écriture toutes les formes de complaisance. Le lecteur se trouve devant les faits objectifs en ce que la narratrice retient toute sensibilité face aux faits qu’elle expose. Pareille à un scientifique suivant l’ordre des faits, la narratrice se détache de tout sentimentalisme. C’est pourquoi la vie misérable de l’héroïne est décrite sans parti pris. Le choix d’un personnage presque sans cœur pour décrire le sort de Louise participe de cette forme d’écriture objective. La nouvelle écriture choisit Bertrand Alizard, un bailleur dur, qui n’éprouve plus rien devant la misère de Louise : "Bertrand Alizard... ne supporte plus ses excuses : Je reviendrai dans huit jours avec du matériel et un ouvrier pour les travaux. Vous devriez terminer d’emballer vos cartons"(29).

Dans le même ordre d’idées, le récit confie le témoigne sur la vie de Louise dans les ménages à un personnage ayant côtoyé Louise. C’est ce qui explique l’effacement énonciatif de la narratrice. Le témoignage objectif est conduit par Hector Rouvier : "Il se souvient aussi, ou plutôt il croit se souvenir, qu’elle était d’une patience infinie avec lui"(30). Louise selon qu’elle est vue par Hector, apparaît comme une nourrice parfaite. Le portrait dressé par celui qui fut le fils de Louise insiste sur le choc provoqué par le départ de Louise. Le lien était si affectif que le départ de Louise entraîne une véritable déchirure chez Hector. Hector ne s’en revient pas avec l’absence de Louise. Pour Hector, le lien établi avec Louise n’est autre que les : "serments de tendresse éternelle"(31). C’est ce qui explique toute la déchirure causée par le départ brusque de Louise : "Oui, son départ a été une déchirure"(32).

En outre, Le passé qui renaît avec ses différentes ramifications évalue la capacité mnémonique du personnage, Hector. L’esprit, en tant qu'il garde le souvenir du passé reste encore vivant chez Hector : "Dix ans ont passé, mais Hector Rouvier se rappelle parfaitement les mains de Louise"(33).

Par ailleurs, l’originalité de l’écriture romanesque se traduit par la dimension militante du nouveau féminisme. En effet, le nouveau féminisme tel qu’il se dégage de l’écriture s’illustre par la défense des valeurs humaines. Pour Leila Slimani, l’art n’a pas à tourner le dos à la société. Le respect de la législation et des droits de la femme et le personnage féminin en tant qu’actrice du développement constituent les points essentiels autour desquels porte le combat de la figure de l’écrivaine engagée.

A première vue, le respect de la législation et des droits de la femme est l’une des priorités de la jeune romancière. En concentrant l’essentiel du discours romanesque sur l’héroïne, l’écriture romanesque défend la place centrale qu’occupe la figure féminine dans la société. En faisant d’une nounou le personnage principal de son roman, la romancière franco-marocaine réhabilite cette catégorie sociale. Leila traduit son humanisme à l’endroit des domestiques, elle reconnaît d’ailleurs la précarité de leur métier. C’est un métier périodique dont la durée est fonction des humeurs des patrons. Ce sont souvent les caprices des familles qui mettent en danger leur travail. En partant de cette situation, la romancière met scène le parcourus narratif de la nounou d’une famille à une autre. Par ce parcours le roman en profite pour dévoiler l’intimité des familles. Cette prédilection pour cette thématique fonctionne comme une obsession pour l’auteure. Dans un entretien, l’écrivaine révèle que l’obsession de la nourrice et celle de la maternité deviennent une source d’inspiration pour son acte créatif : "C’est le fait divers qui m’a permis de décoller du réel. J’avais une idée théorique mais je n’arrivais pas à trouver l’enclencheur concret qui me permettrait de trouver le rythme narratif. J’ai lu ce drame dans Paris Match. Il entrait en résonance avec d’autres obsessions comme celle de raconter ce que c’est que d’être une nounou, personnage très romanesque ; ce que c’est que d’être mère aujourd’hui"(34).

De ce qui précède, l’on comprend que l’histoire de Louise doit beaucoup à la réalité. Ainsi la romancière insiste sur la rupture brusque du travail par le couple Paul et Myriam et la conséquence qui s’en est suivie : l’assassinat. La romancière milite pour le respect de la législation notamment le contrat de travail. C’est la crainte de la perte de travail qui a poussé la nourrice à commettre l’acte d’assassinat. La situation de Louise n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. C’est pourquoi, le roman revient sur le sort d’une autre nounou Wafa partageant avec Louise les mêmes conditions de travail : "La jeune femme n’arrêtait pas de pleurer, elle ne parvenait pas à articuler un mot et la policière a fini par perdre patience. Elle lui a dit qu’elle se fichait bien de sa situation, de ses papiers, de son contrat de travail"(35).

En outre, la romancière milite en faveur de la femme en tant qu’actrice du développement. Dans le cadre restreint de cette réflexion, le développement s’entend comme le progrès socioéconomique réalisé grâce à un ensemble des moyens mis en œuvre par des personnages. Le rôle narratif de premier plan attribué à des figures féminines vise à montrer que les personnages féminins recèlent des atouts dont la société a besoin pour assurer son bien-être. La figure assassine ne suffit pas pour conclure de façon fatale sur le caractère démoniaque de la femme. "Chanson douce" est un chant d’espoir. C’est par la femme, actrice principale du développement que l’humanité peut atteindre l’harmonie. Leila Slimani reste convaincue que la société industrielle dite civilisée ne peut se passer de la femme. Les parents nantis n’ont plus de temps pour s’occuper de leurs enfants et c’est la nounou qui s’en occupe. La nounou est une véritable mère éducatrice. Louise est une nounou qui remplit cette fonction didactique. C’est dans ce sens qu’il faut reconnaître l’effort fourni par cette nounou pour l’éducation. Elle ne manque d’ailleurs pas de l’avouer aux professeurs de sa fille Stéphanie : "Elle a dit qu’elle avait des principes et une grande expérience dans l’éducation des enfants"(36).

De manière précise, l’écriture romanesque de Leila Slimani s’inscrit dans une modernité esthétique. L’écriture féministe chez cette jeune romancière est novatrice par sa dimension objective et la foi en la femme comme figure incontournable dans les sociétés industrialisées.

En somme, la réflexion autour de la construction antithétique de la figure féminine présente un intérêt considération. D’un point de vue esthétique. L’étude a relevé que Leila Slimani exploite l’art de contraste pour construire les différentes figures des actants romanesques. Le personnage féminin paraît comme une image angélique. Dans le même temps, la romancière change de position en insistant sur le visage caché d’un même personnage. Par cette dialectique, l’écriture romanesque aide à réfléchir sur l’écart qu’il y a entre l’apparence et l’être d’un individu et remet en question le regard social. Le double jeu du roman noir et l’écriture objective particularisent l’esthétique romanesque du roman "Chanson douce". D’un autre point de vue psychanalytique, l’art de la construction antithétique amène à comprendre que c’est la part cachée démoniaque de l’être qui triomphe sur son image extérieure. Louise, l’héroïne est en opposition manifeste avec son image extérieure. La réflexion conduit à cerner la mort du héros. C’est une autre figure de l’héroïne qui est proposée : l’anti héroïne.

Notes :
1 - Leila Slimani : Chanson douce, Ed. Gallimard, Paris 2016.
2 - Ibid., p. 24.
3 - Ibid., p. 9.
4 - Alain Rey : Le Grand Robert de la langue française, Ed. SEJER, Paris 2017, p. 48.
5 - Leila Slimani : op. cit., p. 24.
6 - Ibid., p. 28.
7 - Ibid.
8 - Ibid., p. 127.
9 - Ibid.
10 - Xavier Garnier : 2002, p. 177.
11 - Leila Slimani : op. cit., p. 18.
12 - Ibid., pp. 166-167.
13 - Ibid., p. 13.
14 - Ibid., p. 59.
15 - Ibid., p. 13.
16 - Croq Louis : Les traumatismes psychiques de guerre, Ed. Odile Jacop, Paris 1999, p. 276.
17 - Keram Farah : Le dictionnaire intime de la langue française de Leïla Slimani, p. 10.
18 - Leila Slimani : op. cit., p. 13.
19 - Ibid., p. 15.
20 - Jean-Pierre Richard : L'Univers imaginaire de Mallarmé, Ed. du Seuil, Paris 1961, pp. 24-25.
21 - Leila Slimani : op. cit., p. 123.
22 - Ibid., p. 123.
23 - Ibid., p. 143.
24 - Ibid., p. 76.
25 - H. Cixous : La venue à l’écriture des Femmes, Ed. Fayot, Paris 1986, p. 61.
26 - Marc Escola : Domestiques et domesticités, Servirun maître de l’Antiquité à nos jours, p. 14.
27 - Leila Slimani : op. cit., p. 59.
28 - Ibid., p. 118.
29 - Ibid., p. 78.
30 - Ibid., pp. 166-167.
31 - Ibid.
32 - Ibid.
33 - Ibid.
34 - Jean-Luc Bertini : Leïla Slimani, rencontre avec la romancière de l’ultramoderne solitude des femmes, 2001, p. 34, en ligne, http://www.elle.fr
35 - Leila Slimani : op. cit., p. 84.
36 - Ibid., p. 187.
Pour citer l'article :

* Marcel Taibé : Représentation antithétique de l’héroïne romanesque chez Leila Slimani, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 19, 2019. http://annales.univ-mosta.dz

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Résumés du N° 19