Etude archéohistorique et architecturale du Medracen

Dr Meriem Seghiri Bendjaballah
Université Paris Nanterre ARSCAN, France

Résumé :

Le présent article s’intéresse aux monuments funéraires préhistoriques en Afrique du Nord, à travers l’étude archéohistorique et architecturale du mausolée royal numide Medracen. La question posée est comment l’architecture funéraire peut-être utile dans la compréhension des sociétés ancestrales ? Malgré la partie importante qu’occupent ces monuments dans la carte patrimoniale archéologique de l’Algérie, la majorité se voit affrontée à la l’oubli et la disparition. Il est important de l’étudier, de le documenter et de veiller à sa valorisation pour permettre une continuité entre passé, présent et avenir. Afin d’atteindre nos objectifs, nous adopterons une approche historique. Ainsi que des outils mobilisés tel que l’observation, pour l’analyse des données, qui sont essentiellement les recueils d’archéologie et les récits historiques.

Mots-clés :

monuments funéraires, Algérie, Medracen, ruines, valorisation.

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Archeohistoric and architectural study of Medracen

Abstract:

This article spots the lights on the prehistoric funerary monuments in North Africa through the archeological and architectural study of the Numidian Royal Mausoleum Medracen. The question asked is how can funeral architecture be useful in understanding ancestral societies? Despite the fact that these monuments occupy an important part in the archeological heritage map of Algeria, the majority are facing the danger of oblivion and disappearance. Therefore, it is crucial to study it, to document it, and to make sure that it is used to ensure continuity between the past, the present and the future. To achieve our goals, we will take a historic approach. As well as mobilizing tools such as observation, for the analysis of data, which is essentially the archeological collections, and historical stories.

Key words:

funerary monuments, Algeria, Medracen, ruins, valorization.

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Texte :

Introduction :

La ville de Batna, riche en patrimoine archéologique, compte parmi les villes les plus anciennes, représentant une portion du territoire algérien, qui a été convoitée par nombreuses civilisations, numide, romaine, byzantine, vandale, ottomane et française.

L’Aurès présente un cas d’étude illustratif dans la mesure où son patrimoine funéraire est innombrable. Le Medracen, notre cas d’études est le plus ancien mausolée royal antique d’Afrique du nord, situé à 100 km au sud de Constantine, au Nord de la Wilaya de Batna entre Aïn Yagout et El Mader, région de Boumia, à proximité d'une nécropole sur une distance de 2 km et une dizaine de tumulus(1). Le tombeau est un monument accueillant le corps du défunt, qui était enterré selon un rituel et des pratiques funéraires spécifiques, ou tout simplement élevé pour rendre hommage à un personnage.

Ce joyau de l’histoire a fait l’objet de plusieurs études, en intéressant plusieurs chercheurs, historiens et archéologues. Son exclusivité est cette architecture autochtone berbère assimilée à des influences architecturales mixte ente puniques, grecques, romaines et égyptiennes.

1 - Les premières descriptions dans l’histoire :

Contrairement aux autres mausolées comme le mausolée royal de la Maurétanie, Medracen, n’a pas été cité par les anciens auteurs qui s'intéressaient à l'histoire de l'Afrique du Nord, comme Strabon, Pompnius Mela et Hérodote. Sa première description remonte aux récits de l’historien arabe El Bekri, au moyen âge, dans ses récits. Par la suite, plusieurs descriptions ont succédé et les plus connues sont celles d’Ibn Khaldoun et des archéologues français comme Brunon, Becker et Camps.

2 - Etude historique et étymologie :

Plusieurs appellations ont été attribuées au Medracen, Madr’azen, Medrachem, Medghassem, Maidgh-assem, Medr’cen et Madracen. Les auteurs travaillant sur le tombeau ont légué ces nominations d'après la prononciation entendue.

Le tombeau a été décrit pour la première fois par Abou Ubid el Bekri, dans son livre "Massalik el Mamaalik", traduit par le Baron de Slane (description de l’Afrique septentrionale).

Dans son livre, Ibn Khaldoun disait "Certains généalogistes s’accordent à rattacher toutes les branches du peuple berbère à deux souches principales : celle de Bernés (ou Bornès, ou Bornos) et celle de Mardis (ou Maghdis, ou Madès, ou Madghous, ou Madrous), cette dernière occupant les montagnes de l’Aurès".

Le général Carrette appela le Medracen "Madracen", le monument est consacré aux descendants de Madrès, qui se trouve dans l’Aurès.

De ce fait, Medracen est le pluriel de Madrès ou Madrous, ce qui désigne une ancienne famille. De la, d'après Carette, la sépulture commune des descendants de Madrès avait été désignée par le nom même de ceux qui y étaient déposés. Quant au docteur Leclerc, il adhéra à l'opinion de Carette, en pensant que le Madras’en est le tombeau de la famille de Massinissa, dont il fait remonter l’origine jusqu’à Madrès, ou Syphax(2).

Le Rabbin Cahen tira l'origine de Madracen de la racine (Dour) ou (Dar), qui est dans les langues sémitiques à une double acceptation : la première est le cercle ou la forme ronde et le deuxième est l'habitation où la demeure. Le Madracen semble s'adapter à cette acceptation, car il est construit en rond et qu’il s’y trouve des chambres, des voutes, un hypogée, qui pourraient en faire une demeure, donc Madracen signifierait la demeure d’eux (les hommes célèbres du pays, et par conséquent les chefs, les rois).

Une autre origine de l'appellation du tombeau "Madras'en" est sa situation à l’extrémité d’une plaine dite El-Mader, ainsi que la tribu occupe ce pays porte le nom de Haracta-Madrès(3).

Enfin, l'étude de Gabriel Camps, qui se repose sur les noms de régions. Il disait "Le plus ancien, le Djedar (nommé A) n'est pas antérieur au Vème siècle. Ces monuments sont donc plus récents que ces mausolées, or le territoire sur lequel sont construits les Djedars appartenait au douar Madroussa. Ce nom est la forme plurielle arabisée de Madres et équivaut exactement au berbère Medracen"(4).

Nous pensons d’après cette étude historique et étymologique, que Medracen comme s’est écrit du Madrous ou Madghis et qu'il désigne une ancienne famille berbère.

3 - La datation du tombeau :

Datation de Stéphane Gsell(5): s'est basé dans sa datation sur le caractère mixte de l'architecture du Medracen. Le tombeau est un monument indigène, qui est un énorme tumulus, revêtu d'une chemise gréco-punique, dont la colonnade est grecque et la corniche est phénicienne, probablement du IIIe siècle avant J.-C.

Gsell a remarqué l'emploi de l'ordre dorique ainsi que la gorge égyptienne dans le Medracen et dans le tombeau de Souma el Khroub, près de Constantine. Les colonnades doriques de la Soumaâ ont été datées du IIème siècle avant J.-C. De là, Gsell pensa que Medracen est de IIIème siècle, pas loin de cette date.

La datation de Gabriel Camps(6): s'est basé sur la datation d'âge du bois utilisé dans le plafond de la galerie, Il effectua des prélèvements dans les poutres de cèdre et de les analyser par la suite.

Deux échantillons provenant de poutres différentes furent respectivement datés par la technique de Carbonne 14 par les laboratoires de :
Gif-sur-Yvette : (Gif 1671 : 2270 plus au moins 110 ans soit 320 plus au moins 110 av. J.-C.) 320 av. J.-C.
Alger : (Alg 21 : 2170 plus au moins 155 ans soit 220 plus au moins 155 av J.-C.) 220 av. J.-C.

Quant aux tables de corrélation dendrochronologiques, une autre technique adoptée par le Laboratory of Osotope Geochemistry de l'Université d'Arizona donna les dates suivantes 403 plus au moins 53 av. J.-C. et 286 plus au moins 42 av. J.-C.

En revanche, les cèdres utilisés par les constructeurs du Medracen avaient été abattus longtemps auparavant afin que le bois bien sec puisse résister à l'énorme poussée des matériaux accumulés au-dessus de la galerie.

Nous pouvons conclure concernant la datation du Medracen qu'il fut construit soit à la deuxième moitié du IIème siècle avant J.-C, ou le début du IIIème siècle avant J.-C. Il ne pourrait pas être postérieur à 200 av. J.-C.

4 - Interprétation archéologique :

Gabriel Camps considère que le Medracen est cette belle rencontre des influences gréco-orientales introduites par Carthage et de la tradition protohistorique berbère. Il appartient à la grande famille de Bazinas et cela quels que soient leur âge et leurs aménagements intérieurs. "Construits au cours des siècles obscurs, ces monuments (Médracen et le mausolée royal de la Maurétanie), quelle que soit la date qu’on puisse leur attribuer, peuvent être revendiqués par la Protohistoire dans la mesure où leur structure répond à des traditions indigènes antéhistoriques ; ils ne doivent à l’étranger qu’une "mise en page" architecturale"(7).

D’ailleurs, Stéphane Gsell a mentionné dans son ouvrage les monuments antiques de l’Algérie que : "ces deux tombeaux (Médracen et Tombeau royal de la Maurétanie) sont des monuments indigènes revêtus d’un manteau d’origine étrangère".

H. Thiersch avait souligné que le Medracen n’est qu’une manifestation d’une architecture royale numide hellénistique. Inspirée du mausolée d’Alexandre (dans sa dernière version du IIIe siècle av. J.-C.). Cette architecture est adoptée par les rois et les princes numides pour se donner une nouvelle image.

Cette thèse est développée et enrichie par F. Coarelli et Y. Thébert qui attestent la parenté des tombeaux circulaires avec le mausolée d’Auguste, inspiré quant à lui de la tombe d’Alexandre le Grand. Les différentes parentés énumérées sont, entre autres, le niveau circulaire, le décor sculpté, le tertre de terre réservé au couronnement de l’édifice.

Selon Yvon Thébert et Filippo Coarelli, le Medracen doit être compris comme le signe d'une nouveauté historique et culturelle. ces deux archéologues et historiens considèrent que le Medracen, comme les autres grands mausolées numides, ne doit pas être interprété comme la manifestation de la continuité culturelle locale, par comparaison avec les bazinas, mais par comparaison avec les mausolées hellénistiques comme le signe d'une rupture dans la société numide : les souverains numides adoptent le vocabulaire architectural et funéraire des grands royaumes hellénistiques et manifestent ainsi leur insertion dans le monde méditerranéen et leurs ambitions : "par son tombeau, la nouvelle dynastie proclame que les temps ont changé".

Quant à F. Rakob, il refuse tout rapport entre l’architecture des édifices romains et numides et maintient l’idée de la tradition locale. L’aspect des tumuli à couronnement pyramidal (le mausolée de la Maurétanie et le Médracen) n’a été observé que beaucoup plus tard dans les Djedars près de Tiaret.

5 - Etude architecturale :

Medracen, forme et dimensions : de base cylindrique, de 58.86 m de diamètre et haute de 4.43 m, elle est entourée de 60 colonnes engagées à chapiteaux doriques. La partie sommitale et tronconique est composée de 24 gradins et haute de 13.92 m. Le mausolée se compose d'une partie extérieure et une partie intérieure :
La partie extérieure : constituée d'un socle cylindrique surmonté d'un tronc de cône en degrés et la surface du revêtement.
La partie intérieure : constituée de l’entrée, la galerie et la chambre sépulcrale.

L’architecture du Medracen tire à la fois ses origines des traditions protohistoriques berbères, des modèles grecs de Sicile et des souvenirs orientaux. Les constructeurs avaient opéré une synthèse de l'ordre dorique, de la corniche à gorge égyptienne et les colonnes lisses sans base.
a. Techniques et matériaux de construction :

Le monument a été construit en pierres de taille, sur un tuf tendre qui n’est qu’à 70 cm au-dessous du sol naturel. Les artisans qui ont travaillé à la construction du Medracen ont emprunté les pierres aux carrières provenant de la côte proche. Selon Brunon, les pierres utilisées ont été extractées de Djebel Tambel près du lac Djendeli. Les gisements de Bouaarif. Les artisans ont employé le cèdre pour la fabrication des poutres et des crampons, à cause de sa résistance et dureté. La source de ce bois était les forets voisins de Belezma. On a aussi utilisé le plomb afin de sceller la structure. En l’extractant des anciennes mines du mont de Bouarif. La technique utilisée dans la construction du Medracen est "Opus Quadratum". Le soubassement du Medracen est bâti directement sur le sol, on trouve sur ce dernier un autre soubassement en retrait de 20cm, sur lequel s’appuient les colonnes.

Le parement extérieur qui est le revêtement du mausolée soubassement, colonnes et gradins est construit de grands blocs de pierres de taille, en calcaire blanc légèrement jaunâtre comme tous les matériaux employés à Lambèse et à Timgad. Ces pierres en calcaire sont disposées en assisses horizontales superposées, par un système de queues d’aronde en plomb, solidement liées les unes aux autres et en raisonnant sous le choc. Le travail de ces pierres de taille dégage de la perfection et la finesse, il suffit de regarder les joints entre les différents blocs et la ligne générale qui s’en dégage derrière le parement de revêtement, il en existe un autre construit de dalles de calcaire compact et de couleur à tendance rose, d’une épaisseur de 10 à 20 cm. Ce mur est distingué aux endroits ou le revêtement extérieur a été détruit. Sur ce mur intérieur, repose une première couche de gradins faite de pierres dégrossies, bien parementées, qui ont la même taille et disposées en ordre sans mortier. L’intérieur du Medracen est rempli de fragments de grés de toute grosseur, de toutes les nuances.
b. Les éléments architectoniques :

Les fausses portes : le Medracen contient des traces de trois fausses portes, qui le divisent en trois parties similaires, deux entres elles existent toujours, tandis que la troisième a presque disparu. Ces traces de fausses portes étaient reconnues la première fois par Becker en 1854, mais il ne les a pas détaillés. Selon Camps, au sud est et au nord-est, l’entre colonnement présente une moulure qui occupe la hauteur des deux dernières assises sous l’architrave. Ces moulures ont été inspirées des constructions religieuses puniques de style égyptisant.

Le rôle des fausses portes n’est pas décoratif et ornemental, ces aménagements architecturaux avaient une autre signification que celle de symboliser la porte du tombeau et au de l’au-delà.

Les colonnes en ordre dorique et la corniche égyptienne : les colonnes du Medracen sont en nombre de 60, comme nous avons cité auparavant. De fausses portes, sculptées en trois points équidistants. Elles sont d’ordre dorique surmontées d'une corniche dont la gorge est égyptienne.

6 - Historique des études architecturales :

La toute première description du tombeau était celle de Abou Ubid el Bekri" au 6éme siècle, sous le nom de "Tombeau de Madghous", descendant légendaire des berbères et figuré dans l'arbre généalogique des anciens berbères établi par Ibn Khaldoun.

Les premières études en 1849 et 1850 : Menées par le Capitaine Collineau sous les ordres du Colonel Carbuccia. L'équipe découvrit l'entrée du tombeau située à la hauteur du troisième gradin du couronnement et crut reconnaitre le caveau funéraire dans ce qui n'était que l'escalier donnant accès à la galerie intérieure.

Les deuxièmes études en 1854 : L'architecte Becker décrit le Medracen et corrige les dimensions données par Peyssonel, en découvrant pour la première fois l'existence des fausses portes dont la forme rappelle le style égyptien. Il a aussi donné le nombre exact des degrés du couronnement, 23 degrés.

Les troisièmes études en 1855 et 1856 : Le commandant du Génie Foy a donné pour la première fois une description exacte du tombeau, notamment l'entrée. Il a aussi découvert les ruines d'un avant corps situé à l'est et accolé au monument. L'étude du commandant s'est arrêtée à la sixième marche d'escalier à cause de la dalle qui cache le reste des marches, en laissant penser que c'est la dernière et qu'il est arrivé à la chambre funéraire.

Les quatrièmes études en 1866 et 1867 : Menées par M. le Garde du Génie Bauchetet, ou il a constaté qu'il existe encore quatre marches au-delà de la sixième marche, la dalle qui les cache (citée par Foy et Carbuccia) n'est que des éboulements des pierres, obstrués l'entrée de galerie menant au caveau central.

Les cinquièmes études en 1873 : Cette fois ci, l'équipe désignée par la société archéologique de Constantine a mené des véritables fouilles sur le Medracen, en déblayant la galerie pour atteindre le caveau central.

L'étude de 1873 nous a décrit en détail l'espace intérieur du tombeau, notamment la galerie et la chambre funéraire, en dévoilant les techniques de construction. Elle nous a aussi livré la description des gravures et des inscriptions apparaissant sur la façade du Medracen.

Les dernières études en 1971 et 1973 : Camps a pu pénétrer en 1969 au tombeau, après avoir dégagé l'entrée fermée par les éboulements du 1893 Menées par Camps en 1969, après avoir pouvoir pénétrer à l'intérieur suite aux éboulements de 1893. L'étude de Camps entre 1971 et 1973 reste la plus intéressante concernant le Medracen, ou il a analysé les études établies sur le monument. En corrigeant quelques erreurs commises.

Camps a décrit l'extérieur et l'intérieur du tombeau et reste le premier qui a procédé à sa datation par C14.

7 - Les inscriptions :

Selon les recueils archéologiques de Constantine publiées en 1893, dans le rapport de Moliner-Violle, Medracen portait des inscriptions et dessins sur ses pierres.

Les dessins sont naïfs incorrects, irréguliers et dissymétriques, ils ont été constatés par les visiteurs, depuis longtemps. Quant aux inscriptions, sont plusieurs, mais elles n’apparaissent que par les effets de lumière produits sur la pierre par le déplacement des rayons solaires. Il existe des inscriptions libyques, néo-puniques, surchargées d’inscriptions arabes et des inscriptions romaines.

Les inscriptions libyques : une seule inscription bien caractérisée trouvée lors des fouilles entreprises en 1873. Elle est en partie détruite ; elle était accompagnée de dessins, parmi lesquels un renard fuyant vers la gauche. Cette inscription se trouve précisément sur l’une des colonnes de la fausse porte du nord est du Medracen.

Les inscriptions néo-puniques : Elles sont nombreuses, des traits fins et nets ont 10 cm de longueur, avec une profondeur égale. Quelques lettres sont très allongées ; elles ont de longues queues remontant brusquement à gauche, ou ils traversent celles qui les précèdent, mais elles sont presque toutes effacées la plus complète se trouve dans la galerie du Medracen.

Les inscriptions romaines : Au pied de mur de façade de l’avant corps Est, se trouve une inscription funéraire romaine. C’est une pierre en forme de caisson sur laquelle se trouve une inscription très fruste.

Les dessins : Ils sont nombreux, des personnages et des animaux (chien, gazelle blessée, renard, chameau). Ils se présentent comme des tableaux isolés sur les entrecolonnements reproduisant des scènes diverses.

Inscriptions arabes : Les arabes ou les populations qui se sont servies de leur écriture ont gravé des invocations à Allah en lettres du type maugrebin de 15cm de hauteur, 1.5cm de largeur et presque autant de creux. Ces inscriptions couvrent une grande partie de la colonnade du Medracen et elles montent à une époque lointaine.

Les jeux : Des jeux de dames ou de marelle qui sont gravés sur le soubassement du Medracen, sur les gradins du cône et jusque sur la plate-forme.

Dans l’état actuel du Medracen, il est impossible de relever des inscriptions nettes et complètes, le temps et surtout les hommes ont causé des dommages irréparables.

8 - Classement du monument :

Ce joyau de l’histoire est une partie prenante du patrimoine algérien, il a été classé patrimoine national suite au décret du 23 janvier 1968, liste de 1900, et il a été soumis pour figurer dans la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO par les autorités algériennes en décembre 2002.

Le mausolée est menacé par la ruine, figurant dans la liste du patrimoine en péril, classé parmi les 100 monuments les plus en danger sur la planète en 2007 par l'ICOMOS, comme le cas de tous les monuments en Algérie(8).

Nous constatons un très mauvais état de conservation. Le Medracen présente des signes inquiétants de dégradation et de vétusté qui posent des problèmes de réhabilitation et de restauration en vue de sa préservation. Le monument est affronté aux actions destructrices des aléas naturels et anthropiques, livré au vandalisme et au pillage, et surtout à l’inconscience des paysans locaux et les autorités.

Les pierres de taille constituant le tombeau sont menacées de la démolition totale, elles contiennent des brèches béantes notamment les pierres du sommet, permettant l’infiltration des eaux pluviales à l’intérieur du monument.

Au fil des années, le tombeau a subi plusieurs interventions dans l'objectif de le conserver et faire face à sa dégradation continue. Il existe des interventions conservées aux archives nationales algériennes et d’autres, dont nous ne trouvons aucune information, sauf un descriptif dans les articles des journaux ; les travaux de restauration de 1972 et de 2007. Les enquêtes menées et la consultation des recherches faites sur le Medracen, nous laissent dire que les travaux de restauration étaient plutôt des travaux de destruction du tombeau. La direction de l'urbanisme et de la construction (DUC) de Batna, sous l'égide du ministère de la culture, ainsi que beaucoup d’associations, d'historiens, de chercheurs et d’archéologues ont intervenu pour la sauvegarde du Medracen, mais sans résultats et suite.

Conclusion :

L’objectif de l’étude n’est pas seulement d’élargir et d’éclaircir les connaissances sur le patrimoine archéologique et les monuments funéraires en Afrique du Nord, mais aussi de dévoiler l’état critique dans lequel se trouve ce patrimoine funéraire à travers l’étude du Medracen. L’autre objectif que nous jugeons très important, est de sensibiliser les responsables du secteur de la culture et les citoyens pour porter un intérêt spécifique à ce fragment fragile de notre mémoire et identité.

Notes :
1 - Gabriel Camps : Nouvelles observations sur l'architecture et l'âge du Medracen, mausolée royal de Numide, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1973, Volume 117, Numéro 3.
2 - Les rois de Numidie descendaient de cette famille et que le monument a dû servir de sépulture à l’un deux "à Massinissa" et ses descendants. Que les rois de Maurétanie, qui descendaient des rois de Numidie ont par imitation, élevé un monument analogue auprès de leur capitale (Cherchell).
3 - Gabriel Camps : op. cit., p. 470.
4 - Stéphane Gsell : Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, tome VI, sans lieu, 1972, pp. 510-512.
5 - Gabriel Camps : op. cit., p. 200.
6 - Thiersch : Die alexandrinische Königsnekropole, Article cité, pp. 89-95. (Concernant les monuments hellénistiques de l’Afrique du Nord et le tombeau d’Alexandre le Grand).
7 - Ce dernier point concerne surtout les mausolées romains et en aucun cas ceux de Numidie (tombeau de la Maurétanie et le Médracen).
8 - ICOMOS: Algeria mausoleum of Medracen in danger, national report, 2006-2007, Disponible sur www.icomos.org.
Pour citer l'article :

* Dr Meriem Seghiri Bendjaballah : Etude archéohistorique et architecturale du Medracen, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 19, 2019. http://annales.univ-mosta.dz

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Résumés du N° 19