De la sémiotique égyptienne aux signes du berceau
chez Michel Butor et Claude Simon

Dr Moussa Camara
Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal

Résumé :

Les romans de Michel Butor et de Claude Simon sont traversés par de multiples signes et symboles qui renvoient à l’Egypte. Cette sémiotique variée qui retrace la culture, les sciences, la religion et les arts qui ont bercé les premières civilisations du monde, trouvent leurs sources en Afrique. Ainsi ce patrimoine d’une richesse incommensurable rend actuelle la question du berceau des civilisations. Cela est suggéré par des signes graphiques qui irriguent la fiction parfois mêlée à des références historiques débridées et phagocytées par la narration. L’analyse herméneutique des textes révèle ainsi deux auteurs qui par leurs œuvres participent à la réhabilitation de la mémoire universelle.

Mots-clés :

Afrique, berceau, civilisation, Egypte, patrimoine, sémiotique.

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From Egyptian semiotics to cradle signs of
Michel Butor and Claude Simon

Abstract:

The novels of Michel Butor and Claude Simon are crossed by multiple signs and symbols that refer to Egypt. This varied semiotics which traces the culture, sciences, religion and the arts which cradled the first civilizations of the world, finds its sources in Africa. This immeasurably rich heritage thus makes the question of the cradle of civilizations topical. This is suggested by graphic signs that irrigate the fiction sometimes mixed with historical references unbridled and phagocytosed by the narrative. The hermeneutical analysis of the texts thus reveals two authors who through their works participate in the rehabilitation of universal memory.

Key words:

Africa, cradle, civilization, Egypt, heritage, semiotics.

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Texte :

Michel Butor et Claude Simon , tous profondément liés à l’Afrique coloniale, l’un pour avoir enseigné à Minieh en Egypte, l’autre pour être né de parents colons, à Antanarivo au Madagascar et qui y a vécu, traduisent leur expérience dans leurs récits. Mieux, ils ressuscitent, à travers leurs ouvrages, l’histoire d’un continent, qui à travers l’Egypte se révèle comme le berceau de l’humanité, à travers les arts, les lettres, la religion, les mathématiques et en particulier la géométrie. Ainsi, à l’image de Cheikh Anta Diop, de Théophile Obenga et d’Aboubacry Moussa Lam, sur les traces de Hérodote, Michel Butor et Claude Simon à travers "La Modification" (1957) et "La Route des Flandres" (1960) semblent porter le combat de la mémoire collective et de la reconnaissance du rôle de l’Afrique dans la civilisation de l’universelle. Hérodote, si l’on en croit Laurent Coulon, Pascale Giovannelli-Jouanna et Flore Kamel-Cauzet qui, à travers un travail collectif intitulé "Hérodote et l’Egypte. Actes de la journée d’étude organisée à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée à Lyon le 10 mai 2010", montre l’apport de l’Egypte sur le plan scientifique. Leurs recherches réconfortent Cheikh Anta Diop, l’auteur de "Nations nègres et culture" (1955) et de "Civilisation ou barbarie" (1981). L’importance de ces études historiques étant avérées, il reste à voir comment Michel Butor et Claude Simon donnent forme sous l’angle littéraire à ce débat qui nourrit encore d’amples réflexions. Par l’analyse du discours et l’herméneutique de la sémiotique égyptienne, il s’agira pour nous de psychanalyser les textes de ces deux romanciers, pour révéler ce qui a été longtemps occulté, au détriment du continent africain, voire de l’humanité toute entière.

La psychanalyse des textes de Michel Butor et de Claude Simon dévoile une "sémiotique"(1) féconde qui met en évidence la récurrence plus ou moins voilée de figures géométriques, de signes symboliques d’une lointaine Egypte, ainsi qu’une approche indirecte de l’Afrique comme berceau de l’humanité. Dès lors, la psychocritique des textes nécessitera l’interdisciplinarité faisant intervenir littéraires et historiens. Alors comment aborder ce compagnonnage dans cet article par lequel on interroge les signes des origines ? Quelle lecture faut-il apporter aux figures et formes du berceau ? Quel paradigme sémiotique et quel impact cela engendre-t-il sur la mémoire collective universelle ?

1 - L’Egypte une arche ou la bercegyptologie :

Les vocables "arches"(2) et "bercegyptologie"(3) renvoient à un programme narratif qui met en exergue la question des origines. Une lecture fouillée des romans butorien et simonien laisse percevoir une métaphore filée de figures géométriques(4) vaguement cachées sous des plans(5), avant de se préciser peu à peu. Le couple qui partage avec Léon Delmont - le héros du roman de Butor - le même compartiment du train qui quitte Paris en direction de la capitale italienne, déplie de temps à autre le plan de Rome et celui d’une ville inconnue, plus adaptée aux voyages de noces. De même, les personnages de Claude Simon, piégés par la guerre, obéissent malgré eux, au jeu de plans : "des renseignements pour l’ennemi, des plans, des cartes" qui détiennent les clefs et les stratégies à mettre en œuvre. Progressivement, tout au long des deux récits transparaît une géométrie variable qui consolide l’hypothèse de Théophile Obenga à la suite de Cheikh Anta Diop : "Euclide trouva en Egypte le berceau de la géométrie"(6). Aussi, Thalès de Millet, le mathématicien Grec, lors de son séjour en Egypte, découvrit le théorème dont il porte le nom, à partir de l’immense pyramide de "Khéops"(7) qui suscita sa curiosité par sa perfection et par les méthodes à base desquelles elle est conçue. Cette nouvelle science qu’il acquit lui aurait permis de dévier le cours d’une rivière afin de faire passer l’armée d’un souverain de son pays. La structure profonde des œuvres de Michel Butor et de Claude Simon génère une géométrisation du récit, laquelle, par de courbes variables, définit une orientation narrative et un ordre de lecture aux relents poétiques. Bérénice Bonhomme semble saisir cette configuration de la création simonienne et soutient : "La langue de Claude Simon est… suggestion, évocation, dévoilement peu à peu d’un autre réel qui se devine, sans jamais se laisser saisir totalement, elle est mystère et énigme, dessaisissement du réel au profit d’un autre réel. Cette évocation passe par l’image, image qui doit chasser le langage, car l’art est le silence du monde, le point où "ici" coïncide avec "nulle part". Le style simonien repose sur le rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées et c’est de ce rapprochement que jaillit une lumière particulière"(8).

Ceci étant, la création simonienne entrepose, à l’instar de l’univers romanesque butorien, un sens littéral à une toile de fond ; une vérité suggérée avec art, sans pour autant tomber dans un pédantisme orienté. Dès lors, la forme apparente des figures, des images et des tableaux dévoile quasi, instantanément, à l’œil exercé, le motif même de l’écrit, lequel, par accointance avec les figures géométriques, finit par imposer une argumentation qui repose sur le tracé des lignes. En fait, Claude Simon tout comme Michel Butor, à travers leurs romans, évoquent avec dextérité, des thématiques aussi sensibles que pertinentes, qui surnagent, cependant, dans un océan d’énigmes d’autant plus que ces thèmes nécessitent une "interprétation sémantique et esthétique"(9) qui interpellent l’humanité.

2 - L’Egypte berceau de la civilisation :

Le jeu des triangles, par exemple, loin de se vouloir innocent, ressuscite l’image du monde tel qu’il s’est esquissé dans ses mœurs originales, avant de s’universaliser. A cet égard, "la parabole, caractérisée par la pluralité des isotopies figuratives possibles"(10) éclaire la démarche adoptée par Michel Butor et Claude Simon. A bien analyser, le triangle s’élargit à la triangulation, au sens topologique du mot, pour dégager littérairement des récits butorien et simonien une axiologie artistique. A ce titre, de "La Modification à La Route des Flandres", reflue par le biais de formes graphiques l’équivalence trouvée par Aboubacry Moussa Lam(11) entre le "mr" - outil agricole semblable à la "houe"(12) - égyptien et le verbe rem qui signifie cultiver en langue puular. Or l’outil traditionnel utilisé par les "hal puular"(13) pour cultiver est bien le "djalo", l’équivalent du "mr" égyptien ou houe en français. Du point de vue de la forme graphique, cet instrument de culture arable dessine les contours d’un triangle. Une allégorie des débats contemporains des deux auteurs. Par leur génie, les deux écrivains affichent le philanthropisme et l’humanisme des temps modernes afin d’asseoir une "nouvelle approche de l’histoire de l’humanité"(14) .Chacun des deux, lié de près ou de loin à une famille coloniale, ne s’empêche, implicitement, d’effleurer sans la nommer, la lancinante question de l’origine de l’humanité, le berceau de la civilisation, ainsi que le métissage universel déjà posés dans "Nations nègres et culture" par Cheikh Anta Diop : "Berceau de la civilisation pendant 10000 ans au moment où le reste du monde est plongé dans la barbarie, l’Egypte détruite… ne jouera plus aucun rôle sur le plan politique, mais n’en continuera pas moins pendant longtemps encore à initier les jeunes peuples méditerranéens (Grecs et Romains, entre autres) aux lumières de la civilisation"(15).

La réalité est que l’Egypte piétinée par des monarques et des penseurs occidentaux de mauvaise foi(16), dont le bras raffermi est constitué de conquérants et de mercenaires guidés par le profit, dédaigneux de toute éthique et donc tous se souciant nullement de la probité intellectuelle, retrouve avec Cheikh Anta Diop toute sa splendeur historique. En outre, dans "Nations nègres et culture", l’intellectuel Sénégalais, par des preuves scientifiques quasi irréfutables, montre l’originalité de la civilisation africaine dont l’Egypte noire a fécondé l’origine. Dans la même foulée, l’historien Grec, Hérodote considéré comme le père de l’histoire a-t-il voulu "prouver l’origine égyptienne des dieux grecs et de leur cultes"(17). Le dieu Osiris adoré partout en Egypte durant la période pharaonique a comme épouse Isis dont on trouve la survivance en Europe et plus particulièrement en France, sous le nom de la Vierge noire dont les statues peintes en noir se voyaient encore à Notre-Dame jusqu’en 1794 où elles furent détruites dans la ferveur de la révolution, non sans laisser des traces dans la nouvelle croyance qui continue de s’en inspirer.

3 - Négrologie universelle et berceau des sciences :

Michel Butor et Claude Simon se font l’écho d’un Cheikh Anta Diop, se positionnent en négriers de bonne volonté, accréditent Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire, en fécondant à leur façon, par le culte graphique des formes, la Négrologie(18) universelle, via l’omniprésence symbolique de l’impact pyramidal égyptien. "Aussi l'Egypte a-t-elle été le berceau des arts mathématiques"(19) d’après Aristote. Pour l’auteur de "Civilisation ou Barbarie", il n’y a pas d’équivoque : "L’Egypte, même vaincue ; demeurerait la patrie vénérable des sciences qu'elle avait gardées secrètes pendant des millénaires. Maintenant le barbare a forcé la porte de ses sanctuaires, elle est vaincue et va devenir l'institutrice forcée des jeunes nations, des Grecs en particuliers : "le miracle grec" va commencer, comme une conséquence de l'occupation de l'Egypte par l'étranger, grec en particulier, et partant de l'accès forcé aux trésors scientifiques de l'Egypte, du pillage des bibliothèques des temples et de la soumission des prêtres"(20).

Si l’égyptologie nous intéresse tant, c’est eu égard à l’intérêt porté par Michel Butor et Claude Simon au pays des pharaons. Pour le premier, nous faut-il recourir, avant tout, à la dimension tripartite, issue de part et d’autre de son roman. Car, au-delà de l’itinéraire manifeste du héros qui va de Paris à Rome, un second itinéraire, cette fois, latent, dépasse les murs de Rome, pour une lointaine Egypte. C’est visiblement, parce que dans la quête de Léon Delmont, une sève spatiale confondue à la "production sémiotique"(21), nécessaire à ses investigations, se trouve ailleurs. Et la ville inconnue, appropriée aux voyages de noces, à laquelle fait allusion le héros ne serait-elle pas en Egypte ? Tout porte à le croire, si par ailleurs, l’attention reste axée sur les multiples allusions liées à la Méditerranée : "sur la carte schématique… seules les côtes méditerranéennes et les frontières sont indiquées d’un trait léger pour aider à la recherche des villes"(22). Sous une autre forme, la nostalgie de l’Egypte s’accentue par des notations telles que : "la rue des pyramides"/"Salles égyptiennes"(23), "le hiéroglyphe"(24), "la pyramide de Cestius"(25) qui "s’inspire des modèles égyptiens, très à la mode à Rome après la conquête de l’Egypte en 30 avant notre ère"(26). Le tout se trouve renforcé par une sorte d’aveu du narrateur. Ce dernier dévoile partiellement la structuration interne du récit entretenu par une toile adjacente, maintenue au cœur de la narration(27) par sa teneur spatiale, actualisée dans le roman : "Les gestes des deux personnages se développent dans la toile comme ceux des moissonneurs dans un bas-relief égyptien"(28).

Ceci demeure d’autant plus vrai qu’à la même page, on interpelle Cléopâtre, lorsqu’ailleurs le Nil est évoqué. Au demeurant, ces multiples occurrences de l’espace pharaonique, dans le récit de Michel Butor, ne sont guère gratuites car elles renvoient à des sèmes symboliques.

4 - Atlas et axis :

Ces deux notions paraissent participer aux fonctions psychologiques, voire mentales, jouées par l’espace, afin de faciliter la remémoration des personnages et du lecteur même, invité à davantage creuser le paradigme établi par les mots. Voilà ce que semble justifier le passage suivant : "entre vos deux vertèbres cervicales supérieures, atlas et axis (notions qui remontent, telles les saveurs d’un repas copieux, depuis quelques cours d’histoires naturelles il y a très longtemps)"(29).

La logique d’aveu et de dévoilement du narrateur persiste à l’image du ton à la fois didactique, mémorial et "géographique"(30) entretenu par le couple atlas et axis. Au surplus, ces deux vertèbres équivalent à deux os de forme conique, articulés l’un dans l’autre, et jouant un rôle essentiel dans la fonction crânienne. Ainsi, leur présence dans le récit, revêt un quadruple intérêt. Au-delà de l’orientation mémorielle(31) évidente, à laquelle le récit nous invite, leur configuration de jumeaux organiques, ajoutée à leur forme annulaire, sous-tendent l’idée de rapprochement, de mariage entre Rome et Egypte du point de vue du brassage culturel justifiée par l’invasion césarienne et la politique ptolémaïque. Le symbolisme du cône évacuant l’aspect géométrique, demeure la connotation géographique, pleinement remplie par le mot atlas. Lequel, malgré son renvoi métonymique aux cartes et manuels des géographes, correspond à la région des chaînes de montagnes du Maghreb localisées au Maroc. Mireille Calle-Gruber remarque à ce propos : "Il est intéressant de noter que c’est en Egypte que Butor commence la rédaction de son premier roman, "Passage de Milan" L’Egypte, premier pays que visite Butor en dehors de l’Europe, ressentie "comme une seconde patrie, presque une seconde naissance se présente à la fois comme un lieu de dérive géographique, spatiale, historique, culturelle qui confortera indubitablement Butor dans sa mue subversive"(32).

Parler de patrie tout court serait plus tangible et, au lieu de dérive culturelle et historique, le mot dérivation serait plus juste, pour qualifier Michel Butor et son œuvre, vis-à-vis de l’Egypte. Autant de paramètres contribuent ainsi à dresser la triade spatiale de l’auteur, laquelle, en réalité trace le triangle Egypte-Rome-Paris comme lieux de prédilection, sinon d’intellection du héros, Léon Delmont. Ce dans la mesure où deux itinéraires du voyageur entretiennent l’organisation du récit. Au premier mouvement manifeste du pèlerin, effectué de Paris à Rome, se superpose une seconde aventure, cette fois interne, peut-être inconsciente, mais réelle. Car elle s’avère intrinsèquement subordonnée à l’histoire empirique de Léon Delmont. De Paris, ce déplacement spirituel le mène à Rome d’abord puis, dans la jouissance et la plénitude intérieure, vers L’Egypte. En partie, cette entreprise du héros ne s’écarte pas de la logique romanesque de Michel Butor. Surtout, faut-il le rappeler, l’auteur de "Géographie parallèle" (1998) revivifie des pays et des réalités souvent occultés à volonté par la marche de l’histoire des peuples soumis à ce que Jean Paul Sartre qualifie de systématique "lavage de cerveau"(33). Il réussit cet exercice en s’appuyant sur des cartes anciennes, fondues dans la fiction. Donc, c’est en géographe non institutionnel, puisque Michel Butor même le souligne, qu’il entend redonner un second souffle par l’art, à la poétique des lieux, ou simplement à la réalité des lieux. En ce sens, à ses yeux, certains points du globe sont infiniment rendus insignifiants, contrairement à leur poids réel, moteur, pour la marche du monde. Ainsi, dans un entretien accordé à Gobenceaux, il souligne : "La projection de Mercator, et la déformation considérable de la réalité qui est provoquée par son utilisation encore aujourd’hui de beaucoup la plus fréquente, cette déformation fait que les pays de l’hémisphère Nord, surtout à partir d’une certaine latitude évidemment, sont considérablement agrandis par rapport aux pays de la zone équatoriale. On a beaucoup de mal à se sortir de cette représentation-là. Nous avons beaucoup de mal à sentir à quel point l’Afrique est grande. L’Afrique est incomparablement plus grande que ce que nous en savons, ceci parce que dans la projection de Mercator, elle est complètement réduite. C’est aussi parce qu’il y a en nous quelque chose qui désire que l’Afrique soit petite. Ou que l’Inde soit plus petite que ce qu’elle est en réalité"(34).

Gérard de Kremer, connu sous son nom latinisé, Gérardus Mercator, et sous son nom francisé sous celui de Gérard Mercator est né le 5 mars 1512 à Rupelmonde et mort le 2 décembre 1594 à Duisbourg. Il est un mathématicien et géographe des Pays-Bas espagnols - actuelle Belgique - et inventeur de la projection qui porte son nom. Celle-ci projette la surface terrestre sur un cylindre tangent à l’équateur. On parle aussi de représentation cylindrique tangente, où les méridiens sont espacés régulièrement tandis que la distance entre les parallèles augmente avec la latitude. Mais le problème est que cela exagère de trop les surfaces au fur et à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur à tel point que l’Europe est agrandie de manière surdimensionnée dans la représentation et dans les mentalités au moment où l’Afrique est sous-représentée ; et donc vue de manière plus réduite. Par conséquent, ce diagramme de Mercator paralyse l’Afrique en réduisant son envergure géographique laquelle déteint sur les rapports de force du point de vue géopolitique, sociopolitique et socioéconomique. Ces considérations auraient indirectement accéléré - en les facilitant - et légitimé l’esclavage et la conquête coloniale tout autant que le mobile susvisé est la mission civilisatrice avec ses chevaux de Troie : déracinement, acculturation, domination. Il convient aujourd’hui de rétablir la vérité.

5 - La restauration de la mémoire collective :

L’heure de la restitution de la mémoire collective universelle serait-elle enfin reconnue avec Michel Butor ? Les lieux de Michel Butor seraient-ils, un jour, salvateurs pour tous, à l’image de Léon Delmont, éperdument épanoui dans la quête de sa terre, de son sol, de sa patrie, de son patrimoine ? Sans doute, la réussite de Michel Butor dépend de la compréhension du sens spatial du ventre allongé, associé à l’Egypte du Nil, dont les racines reposent au cœur de la Méditerranée, assez récurrente dans les romans de Michel Butor et du natif d’Antanarivo. Léopold Sédar Senghor semble avoir nourri le même rêve. Omar Sankharé et Alioune Diané restituent sa mémoire, en réinterprétant ses écrits, car, à leurs yeux, dans les poèmes de l’homme de lettres, doublé d’homme politique, transparaît : "L’Afrique, toutes les rives de la Méditerranée, le Moyen-Orient et le sud de l’Asie ayant joué un rôle exceptionnel dans les premières grandes civilisations qui sont apparues en Egypte, à Sumer et en Inde"(35).

Claude Simon, de son côté, aborde, à une différence près, la question. Néanmoins, de nombreuses références renvoient à l’Egypte ; souvent avec un sens humoristique qui n’enlève rien aux convictions du signataire du "Manifeste des 121" (1960), contre la guerre d’Algérie, injustement menée par le pays colon. De ce fait, l’Algérie, de loin évoquée dans "La Route des Flandres", demeure une expansion de la question égyptienne, de la Méditerranée, voire de l’Afrique entière. Amadou Falilou Ndiaye, abordant le thème du mythe de l’empire dans l’œuvre camusienne, en rapport avec la patrie méditerranéenne, omniprésente dans le corpus, et de l’Algérie française, note d’un ton critique, à ce propos : "il est indéniable que le référentiel idéologique de cette fiction est immergé dans le projet de la France impériale. Le projet de conquête de possession et de domination de la terre, de toutes les terres, qui est au centre du conflit colonial et impérial et qui revêtira ces formes tragiques avec la guerre d’Algérie"(36).

Conformément à cette analyse d’Amadou Falilou Ndiaye, Claude Simon, à travers son œuvre, part d’un ton pamphlétaire, en fustigeant sous forme d’ironie, les exactions exercées sur le continent noir. Même si la deuxième guerre mondiale lui sert de prétexte, en réalité, l’auteur instaure un soupçon total et dénigre âprement le colonialisme, le détournement de l’histoire, et la violence aux allures païennes des conquérants : "les troupes espagnoles proprement dites (c’est-à-dire régulières, royales, c’est-à-dire très probablement composées non pas d’espagnols mais des mercenaires, de soudards irlandais ou suisses et commandées par quelque prince enfant ou quelque vieux général à tête de pharaon momifié, aux mains parcheminées, constellées de taches de son, également (l’enfant ou la momie) couverts d’or, de plaques d’ordres de diamants"(37).

L’hypothèse de départ semble se vérifier ici ; car, malgré le ton railleur adopté par l’auteur, une constante se dégage : la pratique de la momie demeure, avant tout, une propriété égyptienne vu l’évidence de la présence du prince pharaon. C’est donc, sous l’angle de l’imitation des mœurs égyptiennes, que l’auteur clame la précocité de sa civilisation. Cheikh Anta Diop voit dans cette démarche une "condition nécessaire pour réconcilier les civilisations africaines avec l’histoire"(38). Dès lors, on comprend peut-être pourquoi l’Egypte(39) est perçue par Michel Butor comme une seconde patrie, en réalité la première, surtout si on sait que l’Afrique demeure le berceau de l’humanité, donc de la civilisation et des sciences mathématiques, des croyances religieuses, des pratiques cultuelles, souvent symbolisées par les images pyramidales, aujourd’hui, partout présentes dans les grandes cités, comme pour actualiser le rite originel, à l’image de la pierre d’Osey, forme pyramidale, triangulaire, et concentrée des écritures hiéroglyphiques, ayant été l’objet d’âpres disputes entre anglais et français, pour le contrôle du destin universel.

Car, le détenteur de la pierre dispose du coup, semble-t-il, du graal et des clés de l’univers. C’est dans cette optique que l’auteur de "La Modification" trouve apparemment le prétexte des machines à écrire pour retranscrire l’archéologie fondatrice de la matière, et des abstractions, qui planent sur les grandes civilisations modernes en constante déréliction. Revient alors le signe de la quête presque omniprésente dans "La Route des Flandres" où Georges épie inlassablement, dans la douleur, son ascendance, où Blum réoriente les esprits pointilleux vers le "Pentateuque", replonge les curieux dans la "Genèse" et dans "l’Exode", nous menant à l’exil du peuple de Moïse ; les hébreux dans le gîte égyptien(40).

Par l’entrecroisement du mythe de la captivité du peuple de Moïse, de son errance et de la concentration nazie, antisémite, de la deuxième guerre mondiale, Claude Simon unifie tout en universalisant la cause de tous les opprimés. N’est-ce pas dans ce sens qu’il faudrait lire les références aux "nègres"(41), au "gorillus sapiens", à l’histoire de "pedigree"(42) et au "Sénégalais de la Coloniale"(43)? Sans doute, l’auteur de "La Route des Flandres" fustige les écarts discursifs des colonisateurs, comme il dénonce les pratiques exercées sur les pays colonisés(44). Ainsi, se manifestent, d’une manière suggérée, les indices du lointain commerce triangulaire, "l’ère de la traite à l’état pur"(45), si l’on en croit Joseph Ki-Zerbo, qui ont impacté, en bien pour certains, ou en mal pour d’autres, les rapports entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique. En outre, l’aspect mercantiliste de ces rapports explique partiellement les maux de cette guerre. Le narrateur pense encore aux souvenirs de son père sur le sujet, lesquels étaient tenus par un philosophe inconnu : "l’homme ne connaissait que deux moyens de s’approprier ce qui appartient aux autres, la guerre et le commerce, et qu’il choisissait en général tout d’abord le premier parce qu’il lui paraissait le plus facile et le plus rapide et ensuite, mais seulement après avoir découvert les inconvénients et les dangers du premier, le second c’est-à-dire le commerce qui était un moyen non moins déloyal et brutal mais plus confortable, et qu’au demeurant tous les peuples étaient obligatoirement passés par ces deux phases et avaient chacun à son tour mis l’Europe à feu et à sang avant de se transformer en sociétés anonymes"(46).

Ce modèle européen jadis fondé sur le pillage et la violence légitimes se trouve quelquefois délocalisé. Du coup, par ce moyen, il permet à l’envahisseur de subtiliser aux territoires dominés : hommes, richesses et savoir comme ce fut le cas de l’Egypte ruinée itérativement par des bandes agressives qui ont imposé leur force et leur loi jusqu’aux deux guerres mondiales où l’humanité entière s’est vue secouée avant d’instaurer "ces mystérieux et occultes alliés"(47).

Pour conclure, de multiples signes et symboles renvoyant à la civilisation égyptienne ont permis de décrypter les œuvres de Michel Butor et de Claude Simon et de rétablir la vérité historique. On a pu constater que les deux auteurs concernés ont surtout suggéré avec art leur profonde conviction éparpillée çà et là dans les deux textes et qu’il a fallu analyser et interpréter avant de replacer chaque allusion à son contexte. C’est en cela que le génie des deux auteurs pétris de justice est louable car ils ont su faire ressurgir dans leur écriture suggestive le débat interdisciplinaire de la question des origines culturelles et civilisationnelles porté, à la fois, par des littéraires, des archéologues et des égyptologues appuyés par des européens tels Hérodote, Laurent Coulon et compagnie. Ainsi, en alliant herméneutique littéraire et données historiques, on s’est aperçu, à travers "La Modification" de Michel Butor et "La Route des Flandres" de Claude Simon que l’Afrique a toujours compté parmi les porteurs de civilisation. Mieux, on a pu comprendre que ce continent tant minimisé est en réalité la source des sciences qui ont servi aux mathématiciens, aux géomètres comme Thalès ou Pythagore dont les théorèmes inspirés des pyramides égyptiennes ne souffrent aujourd’hui d’aucun doute quant à l’ingéniosité de ces monuments.

Sous cet angle, il s’est avéré évident que les écrits de Michel Butor et de Claude Simon ont réactualisé sous l’angle littéraire, le débat des abstractions, du berceau de l’humanité et donc de l’égyptologie - avec les travaux de Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Aboubacry Moussa Lam -, quoique de manière fine, qui a nécessité parfois une analyse des signes géométriques. Il en résulte une véracité historique qui, à l’aide de données scientifiques, restaure à sa juste valeur un passé auparavant falsifié à volonté pour des soucis de domination. Laquelle est nourrie par le complexe de supériorité entretenu par des politiques mercantilistes occupés à justifier les impairs des siècles antérieurs. A cet égard, le mérite de cette étude a été de contribuer à la restitution de la mémoire collective universelle longtemps malmenée et qu’il reste aujourd’hui le défi de la reconnaissance des erreurs du passé afin de dédommager ne serait-ce que de façon symbolique, par cette reconnaissance, une partie du patrimoine mondial longtemps ignoré à dessein.

Notes :
1 - Louis Hébert : Eléments de sémiotique. www.signosemio.com
2 - L’arche réfère de loin à la barque qui a sauvé Noé et sa famille. Mais aussi, elle connote l’idée de coffret sacré contenant des rouleaux de textes hébraïques et mythiques. L’Egypte demeure un double réservoir : origine et savoir, même si la réalité a pris aujourd’hui un autre tournant, occultant en même temps le passé.
3 - Nous entendons, par ce mot, restituer dans les récits de Michel Butor et de Claude Simon, tout ce qui renvoie implicitement ou explicitement ; sciemment ou non, méloriativement ou non, à l’Egypte, par expansion à l’Afrique comme berceau de l’humanité. Par ailleurs, comme siège originel des sciences exportées de l’Afrique vers l’Europe et améliorées par l’occident. Michel Butor et Claude Simon restituent, peut-être par refoulement, cette vérité intrinsèque et cosmique, lisible de part et d’autre dans leurs romans, faisant écho également à la lancinante question de la Méditerranée analysée par Amadou Falilou Ndiaye qui la rattache à l’ambiguïté camusienne, à la boulimie conquérante de la France nationaliste, imbue de volonté de puissance nietzschéenne.
4 - Léopold Sédar Senghor : Liberté I, Seuil, Paris 1964, p. 211.
5 - Michel Butor : La Modification, Ed. Minuit, Paris 1957, pp. 30-89. Claude Simon : La Route des Flandres, Ed. Minuit, Paris 1960, p. 307.
6 - Théophile Obenga : La Philosophie africaine de la période pharaonique, Ed. L’Harmattan, Paris 1990, p. 13.
7 - La pyramide de Kheops appartient à l’ensemble des pyramide de Gizeh bâties en l’honneur des Rois égyptiens il y a plus de 4500 ans.
8 - Bérénice Bonhomme : Lecture de Claude Simon au miroir de l’intervalle cinématographique, Littérature, histoire, théorie, N° 2, décembre 2006. www.fabula.org
9 – Umberto Eco : Formes sémiotiques. Sémiotique et philosophie du langage, P.U.F., Paris 1988, pp. 210-211.
10 - Dénis Bertrand : Précis de sémiotique littéraire, Nathan-Her, Paris 2000, p. 135.
11 - Aboubacry Moussa Lam : la houe un outil agricole à travers le temps et l’espace, ANKH, N° 2, avril 1993, pp. 19-27.
12 - Cheikh Anta Diop : Nations pègres et culture, Présence Africaine, Paris 1955, p .39.
13 - Aboubacry Moussa Lam : De l’origine égyptienne des Peuls, Présence Africaine, Paris 1993.
14 - Les 20 ans du colloque de Caire 1974-1994 : Le dépeuplement de l’Egypte ancienne et le déchiffrement de l’écriture méroitique, ANKH, N° 3, Juin 1994, pp. 115-131.
15 - Cheikh Anta Diop : Nations nègres et culture, p. 39.
16 - Claude Lévi-Strauss : Race et histoire, Gonthier, Paris 1961, p. 52. Il note que "La civilisation occidentale a établi ses soldats, ses comptoirs, ses plantations et ses missionnaires dans le monde entier ; elle est directement ou indirectement, intervenue dans la vie des populations de couleur ; elle a bouleversé de fond en comble leur mode traditionnel d’existence, soit en imposant le sien, soit en instaurant des conditions qui engendrent l’effondrement des cadres existants sans les remplacer par autre chose". Il s’y ajoute une volonté délibérée de nier l’autochtone, de le dépersonnaliser en occultant ce qui fonde son essence et son humanité.
17 - Laurent Coulon, Pascal Giovannelli-Jouanna et Flore Kimmel-Clauzet : Hérodote et l’Egypte. Regards croisés sur le livre II de L’Enquête d’Hérodote. Actes de la journée d’étude organisée à la Maison de l’Orient et de la Méditerranée à Lyon le 10 mai 2010, P.U.F., Paris 2010, p. 178.
18 - Léopold Sédar Senghor : Négritude, Arabisme et Francité, Dar al Kitab, Beyrouth 1967, pp. 3-5. Dans son ouvrage, l’homme politique et poète Sénégalais fait l’évocation des Négroïdes de Grimaldi dont la race est considérée comme étant à l’origine de la civilisation aurignacienne du paléolithique supérieur (soit 40000 ans environ avant J.C.).
19 - Aristote : Métaphysique, A, 1, 981, b23.
20 - Cheikh Anta Diop : Civilisation ou barbarie, Présence Africaine, Paris 1981, p. 323.
21 - Jean-Pierre Mourey : Logique de la fragmentation, Publication de l’Université de Saint-Etienne, Paris 1973, pp. 236-237.
22 - Michel Butor : op. cit., p. 45.
23 - Ibid., pp. 63-69.
24 - Ibid., pp. 24, 30 et 290.
25 - Ibid., p. 140.
26 - Dulac : "La pyramide de Cestius se trouve près de la porte Saint-Paul et du cimetière non chrétien de la ville de Rome. Elle fut construite vers 18 avant notre ère pour servir de tombeau à Caius Cestius, préteur, tribun du peuple et membre du collège des septenviri epulone, l’une des grandes sociétés religieuses à Rome : il était chargé de veiller aux grands festins sacrés. Cette pyramide s’inspire des modèles égyptiens, très à la mode à Rome après la conquête de l’Egypte en 30 avant notre ère".
27 - Michel Raimond : Le Roman, Armand Colin, Paris 2000, p. 117.
28 - Michel Butor : op. cit., p. 70.
29 - Ibid., p. 216.
30 - Nous faisons allusion à l’hypothèse géographique défendue par Weigall lors du colloque de Caire, en 1974. Avec une position partiale peu évidente, il soutient que la civilisation égyptienne n’a pu naitre que de la Basse-Egypte plus proche de la méditerranée et du monde occidental, avant de s’étendre vers la Haute-Egypte qui est en contact avec l’actuelle Afrique noire. Mais il est clair maintenant, avec l’avancée de la recherche, que cette thèse rejetée par ailleurs par les égyptologues africains - Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Aboubacry Moussa Lam - ne fait pas l’unanimité.
31 - Georges Jean : L’Ecriture, mémoire des hommes, Ed. Gallimard, Paris 1987. Dans cet ouvrage, il est question des différentes phases de l’évolution scripturaire : pictogrammes, idéogrammes, phonogrammes, protoécriture et notamment les hiéroglyphes égyptiens créés par le dieu Thot d’après les anciens égyptiens auxquels il en a fait don.
32 - Mireille Calle-Gruber : Michel Butor, Déménagement de la littérature.
33 - Jean Paul Sartre : Préface aux Damnés de la terre de Frantz Fanon, Maspero, Paris 1961, p. 14. Avec une rare sincérité, Sartre dénonce les méthodes de domination abjecte que les Occidentaux utilisent pour soumettre les colonisés. En outre, tout est mis en œuvre pour liquider leurs traditions, pour substituer leurs langues aux leurs, pour détruire leurs cultures etc. On comprend alors le défi à affronter pour pousser à la reconnaissance des crimes commis par l’occident et à la restauration de la mémoire universelle.
34 - Nathanaël Gobenceaux : Quelques éclaircissements sur la relation de Michel Butor à la géographie. Entretien avec Michel Butor, Cybergo, Topiques, mis en ligne le 12 septembre 2007. www.cybergeo.revues.org
35 - Alioune Badara Diané et Omar Sankharé : Dans la nuit tamoule, le poète, la mort et l’ordre sacral des signes, Ethiopiques N° 69. Hommage à L.S. Senghor 2e semestre 2002, disponible sur : www.ethiopiques.refer.sn
36 - Amadou Falilou Ndiaye : Albert Camus et l’Empire, Ethiopiques N° 77 littérature, philosophie et art, 2e semestre 2006.
37 - Claude Simon : op. cit., p. 226.
38 - Cheikh Anta Diop : Civilisation ou barbarie, op. cit., p. 12. Aboubacry Moussa Lam : Le chevet : Egypte ancienne et Afrique noire, Thèse de doctorat de troisième cycle, Université de Sorbonne-Paris IV, Paris 1981, p. 7.
39 - Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme suivi de Discours sur la Négritude, Présence Africaine, Paris 1955.
40 - Claude Simon : op. cit., p. 220.
41 - Ibid., pp. 150-151.
42 - Ibid., p. 188.
43 - Ibid., p. 170.
44 - Joseph Ki-Zerbo : L’Economie de la traite en Afrique noire ou le pillage organisé (XVIe-XXe siècle), Présence Africaine, Paris 1957, p. 7. L’auteur parle de la succession des principes d’économie politique qui ont présidé à l’exploitation des colonies en distinguant trois phases : l’ère de la traite à l’état pur, l’ère de l’implantation agricole et l’ère de l’équipement. Chacune de ces étapes a été marquée par des sévices et des corvées inhumaines puisque ceux qui en sont victimes sont ravalés à l’état de bête.
45 - Aimé Césaire : op. cit., pp. 30-31.
46 - Claude Simon : op. cit., p. 35.
47 - Ibid., p. 226.
Pour citer l'article :

* Dr Moussa Camara : De la sémiotique égyptienne aux signes du berceau chez Michel Butor et Claude Simon, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 18, 2018. http://annales.univ-mosta.dz

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