L'existence selon le mysticisme de Shâmlou

Dr Rozita Ilani
Université Azad Islamique d'Arak, Iran

Résumé :

Ahmad Shâmlou, poète iranien, a développé le vers libre en Iran depuis la première moitié du XXe siècle. Son originalité consiste sur l’utilisation des images abstraites et concrètes pour exprimer des conceptions essentielles de l’existence. La vie et la mort sont deux notions que Shâmlou traite mystiquement grâce à son art poétique. Le mysticisme oriental, qui devrait lier l’homme à son Dieu, est accompli dans ses vers, par la relation entre l’homme et d’autrui. La poésie de Shâmlou offre une nouvelle beauté à ces notions car l’homme se trouve devant une mission sociale : combattre contre des injustices.

Mots-clés :

Shâmlou, poésie iranienne, existence, mysticisme, Islam.

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The existence according to the mysticism of Shâmlou

Abstract:

Ahmad Shâmlou, Iranian poet, has been developing free verse in Iran since the first half of the 20th century. Its originality lies in the use of abstract and concrete images to express essential conceptions of existence. Life and death are two notions that Shamlou treats mystically thanks to his poetic art. Eastern mysticism, which should bind man to his God, is accomplished in his verses, through the relationship between man and others. The poetry of Shamlou offers a new beauty to these notions because man is faced with a social mission: to fight against injustices.

Key words:

Shâmlou, Iranian poetry, existence, mysticism, Islam.

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Texte :

Ahmad Shâmlou était un génie qui a fait l'histoire de la Nouvelle Poésie en Iran. Il mêlait des images abstraites et concrètes pour décrire la vie et la mort, deux sujets principaux qui occupent la pensée humaine depuis toujours. Ces notions sont omniprésentes dans les œuvres des auteurs et des poètes de tous les pays. Mais l'art de Shâmlou les colorait d'un mysticisme oriental. Il avait la chance d'expérimenter des situations particulières : son enfance est passée dans de nombreuses villes d'Iran, donc il connaissait bien les cultures régionales. Adolescent, il n'était pas indifférent aux problèmes sociaux de son temps. Son engagement faisait de lui un prophète qui consacre toute sa vie à diriger le monde. Dans ce chemin de la lutte contre la tyrannie, la vie et la mort sont définies comme les moyens d'établir une nouvelle relation entre le Dieu, l'homme et ses semblables.

Cet article a pour objet de traiter comment Shâmlou changea le mysticisme iranien de notre époque en lui ajoutant une troisième dimension dans le domaine des notions de la vie et de la mort.

1 - Histoire de Shâmlou :

Je ne suis pas une histoire à raconter
Je ne suis pas une chanson à chanter
Je ne suis pas une voix à entendre
Ni quoi que ce soit à voir
Ni quoi que ce soit à savoir
Je suis la douleur commune… Crie-moi !

Né en 1925 et mort en 2000 à Téhéran, Ahmad Shâmlou (احمد شاملو) était l'un des grands poètes iraniens du XXe siècle.

La profession de son père, officier de l'armée de Reza Shah Pahlavi, faisait déménager la famille d'une ville à l'autre, ainsi son enfance était passée dans les villes différentes d'Iran. Ces expériences lui ont offert une bonne connaissance de la culture des régions du pays comme Rasht, Semirom, Ispahan, Abadeh et Shiraz. Il avait commencé ses études scolaires à Khach, Zahedan et Machhad et ses études secondaires se déroulaient à Birjand, Machhad, Téhéran, Gorgan, Torkaman-Sahra et Orrumieh. Mais enfin, il n'a pas réussi à achever ses études secondaires et obtenir son baccalauréat, non pas à cause des changements perpétuels des lycées, mais à la suite de son arrestation : pendant son adolescence, c'étaient ses activités politiques qui lui valaient une première arrestation en 1943. Il passait alors plusieurs mois en prison. De cette période a été issu son premier recueil poétique sous le nom de "Mélodies oubliées" qui comprend les vers traditionnels et harmoniques. C'est le seul recueil qu'il écrivait selon les lois traditionnelles de la poésie.

Son premier recueil en vers libres, publié sen 1957, est "L'air frais" qui étendait très rapidement sa renommée dans le pays. Cette œuvre englobe ses nouvelles expériences de "La nouvelle poésie".

Ahmad Shâmlou, grand poète, auteur, journaliste, traducteur, critique littéraire et social, est disparu le 24 juillet 2000 par suite d'une longue maladie.

2 - Originalité de Shâmlou :

Ahmad Shâmlou a choisi le nom Aléf-Bâmdâd (الف. بامداد / الف. صبح) comme son nom de plume. Il était contemporain de Sohrâb Sepehri, Forough Farrokhzad et Nima Youshidj qui l'a beaucoup inspiré. Disciple de Nima en vers libre, Shâmlou exerçait une grande influence sur la poésie moderne en Iran.

Chamss Langroodi, auteur de "l'Histoire analytique de la nouvelle poésie" dit que Shâmlou était l'un des rares poètes dont la poésie est plaisante toujours pour toutes les générations : on peut murmurer ses poèmes à l'enfant qui veut dormir, les adolescents trouvent ses poèmes romantiques, les jeunes gens admirent l'esprit révolutionnaire de ses vers et certains poèmes comme Au Seuil sont favorables aux âgés(1).

La poésie de Shâmlou est simple et en même temps complexe. Elle profite des images traditionnelles qui sont familières à son audience iranienne. On peut y mettre en relief les thèmes et les mythes des poèmes de Hafez et d'Omar Khayyâm. Shâmlou récitait aussi des poèmes de ces deux grands poètes anciens et ces récits audio sont encore attirants pour ses adeptes.

D'autre part, il a mélangé les images abstraites et concrètes d'une façon inédite dans la poésie perse, ce qui a inquiété des adeptes de la poésie persane traditionnelle.

Il s'est montré un adversaire résolu de la poésie prosodique et métrique, inadaptée pour exprimer l'époque contemporaine. En effet, Shâmlou était un vrai partisan de la poésie libre(2). Il profitait de ces nouveautés de l'art poétique pour exprimer la liberté souhaitée qu'il ne pouvait pas déjà exprimer dans la dimension de la poésie ancienne.

Shâmlou avait de nombreuses activités : il a été rédacteur en chef de plusieurs revues comme "Ferdowsi", "Keyhan", "Semaine", "Epi" et "Le cahier du vendredi". Il nous a laissé des écritures d'histoires pour enfants, de nouvelles, de plusieurs scénarios et des pièces de théâtre. Il a édité les travaux des poètes classiques persans les plus importants, en particulier Hafez. Dans son œuvre sous le nom de "Hafez Shiraz", publié en 1975, Shâmlou a souligné les problèmes et les altérations dans les poèmes de Hafez. Selon Shâmlou, Hafez était un croyant mystique, un combattant et un réformateur social, qui critiquait la culture de l'hypocrisie et de la piété de son temps.

En outre de ses poèmes, il nous a laissé une grande encyclopédie de la culture folklorique persane sous le nom de "Le livre de la rue" qui comprend des expressions et des proverbes persans et dont le premier volume est publié en 1977. Son épouse, Aïda, collaborait avec lui à accomplir les données de cette encyclopédie et dirige sa publication après la mort de Shâmlou.

Au début, l'impact de grands poètes tels que Garcia Lorca ou Eluard sur la vision de Shâmlou paraît évident(3). Après, il a été influencé par la poésie européenne, Maïakovski, Lorca, ainsi que Prévert, Aragon, Eluard et Apollinaire(4).

Son amour aux cultures d'autres pays l'emmenait à traduire en persan des œuvres littéraires. La traduction du "Petit prince" de Saint-Exupéry, auteur français, reste encore un bon exemplaire de ce livre traduit en persan.

Sa traduction du poème de "Silence is full of untold" de Margot Bickel, poétesse allemande, est bien connue en persan. Shâmlou a récité lui-même cette traduction et ses disques se rencontrent avec un grand succès chez persanophones :

The wind sings of our nostalgia
and the starry sky ignores our dreams.
Each snow flake is a tear that fails to trickle
Silence is full of the unspoken,
of deeds not performed,
of confessions to secret love,
and of wonders not expressed.
Our truth is hidden in our silence,
Yours and mine.
Le vent chante de notre nostalgie
et le ciel étoilé ignore nos rêves.
Et chaque flocon de neige est une larme
qui ne parvient pas à couler
Silence est plein de non-dits,
des actes pas effectués,
des aveux à amour secret,
et de merveilles ne sont pas exprimées.
Notre vérité est cachée dans notre silence,
Vôtre et la mienne.

دلتنگي ‌هاي آدمي را باد ترانه ‌اي مي ‌خواند
روياهايش را آسمان پر ستاره ناديده مي ‌گيرد
وهر دانه برفي به اشكي نريخته مي ‌ماند
سكوت سرشار از سخنان ناگفته است
از حركات ناكرده
اعتراف به عشق ‌هاي نهان وشگفتي ‌هاي بر زبان نيامده
در اين سكوت حقيقت ما نهفته است
حقيقت تو ومن.

D'autre part, la traduction de ses propres œuvres en autres langues surtout en anglais et en français fait étendre sa renommée dans le monde de "La nouvelle poésie". Certains de ses poèmes ont été traduits en français sous le nom de "Choix de poèmes", par son ami, Ahmad Kamyabi Mask et publiés en 2000. Parviz Abolgassemi, poète de langue française et iranienne, professeur de la littérature comparée à l'université d'Aix-Marseille jusqu'en 1997, chercheur associé au CNRS et traducteur de nombreux poètes iraniens, a traduit en 1994 le recueil d'"Aïda dans le miroir" de Shâmlou. Il a déjà consacré, en 1976, sa thèse d'Etat à notre poète. En 1994, en écrivant une préface pour le livre d'"Hymnes d'amour et d'espoir" de Shâmlou, Parviz Khazraï a traduit ce recueil qui a été publié par les éditions de "La différence" à Paris.

Parmi ses recueils de la poésie, on peut mentionner : Mélodies oubliées, Fer et sensation, 23 ans, Résolution (Manifeste), L'air frais, Le jardin de miroir, Aïda dans le miroir, Instant et éternité, Aïda : arbre, poignard et mémoire!, Phénix sous la pluie, Elégies de la terre, Eclore dans le brouillard, Abraham dans le feu, La dague dans l'assiette, Petits chants de l'exil, Eloges sans récompenses(5).

Ahmad Shâmlou a emporté des prix en poésie : le prix de Frough Farrokhzad en 1972, le prix de libre expression de l'organisation des droits de l'homme à New York en 1990, le prix de Stig Dagerman en Suède en 1999 et le prix du mot libre aux Pays-Bas en 2000.

3 - La vie et la mort selon le mysticisme oriental :

Avant d'analyser les notions de la vie et de la mort dans la poésie de Shâmlou, il convient de les traiter dans le mysticisme iranien, influencé par la culture ancienne perse d'une part et les enseignements religieux d'Islam, religion officielle de ce pays d'autre part.

Défini par toutes les cultures, le mysticisme est créé par l'ensemble des croyances et des pratiques qui se donnent pour objet une union intime de l'homme et du principe de l'être(6). Le mysticisme sacralise d'abord la communion verticale entre l'homme et son divin et dans le monde aujourd'hui, entre l'homme et son semblable. Cette nouvelle relation est le résultat direct de croire en Dieu.

Ancrée dans les profondeurs de l'histoire, l'appétence mystique a traversé les âges et occupé différentes aires géographiques. Elle perdure en l'état, voire, à travers ou malgré ses métamorphoses. D'essence divine, mais humaniste dans sa portée, le lien mystique instaure une relation privilégiée entre la créature, la création et le Créateur(7).

Des limites des sciences de l'homme mènent à sacraliser quelques notions humaines ou même les soumettre au tabou. La vie et la mort sont deux concepts fondamentaux qui occupent depuis toujours l'esprit de l'homme. L'ignorance sur l'origine de la vie et le destin après la mort fait dépendre l'homme de son Dieu. L'homme se montre incapable de connaître ces secrets de la création. Alors, il essaie de les colorer de mysticisme et se relie à son Créateur pour les découvrir et les comprendre. La relation mystique qui est créée de cette ignorance est signifiée différemment selon les cultures et les religions.

Selon toutes les croyances, il est presque impossible de parler de la vie sans tenir compte de la mort. Tout en s'opposant mutuellement, la vie et la mort sont d'ailleurs intimement associées. En effet, la mort fait partie de la vie non seulement comme son aboutissement naturel, mais aussi comme la révélatrice de sa finitude. Cependant, l'association de la mort et de la vie est considérée comme l'union de deux contraires. Or, dans les diverses traditions philosophiques et religieuses ainsi que selon l'avis général, la vie est considérée comme un bien et la mort, comme un mal. L'attitude des hommes vis-à-vis de ces deux notions reste différente. Il existe des écarts, d'une personne à l'autre, ou d'un peuple à l'autre, dans leur vision du monde et dans l'appréciation de ce qui donne une raison de vivre(8).

Ces notions ont un aspect particulier dans la culture iranienne influencée fortement par l'Islam depuis des siècles. Des poètes ne sont pas exceptionnels. Notre poète, Ahmad Shâmlou, avait une attitude sensible, propre à lui-même, devant ces deux notions. Ses recueils de poèmes, classés en catégorie de "La nouvelle poésie" persane, sont pleins de belles et de nouvelles images poétiques concernant la vie et la mort. Ainsi, des exemples tirés de ces recueils peuvent bien nous illustrer ses pensées.

4 - La vie et la mort selon Shâmlou :

Shâmlou admirait la vie et ses beautés, comme tous les autres poètes. Mais ce qui le distingue par rapport aux autres, ce sont ses propres lois pour que la vie soit capable d'être aimée. On pourrait dire que Shâmlou était adepte d'André Malraux dans "Les conquérants", "une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie". Shâmlou croyait fortement à la vie. Son commentaire et son avis sur la vie dépendent de la qualité de vivre.

Comme toute créature humaine, il songeait à l'éternité. Il exprime que la mort nous arrive tôt ou tard, mais la brièveté de la vie ne signifie pas que la vie n'en vaut rien, il faut chercher la vie éternelle autre part, en dehors de la vie même, dans l'humanité(9).

Dans cette perspective, la mort pour Ahmad Shâmlou, est une expérience triste, mais elle n'est pas le point final de l'existence. La mort prend d'autres sens. Elle peut signifier vivre avec ceux qu'on n'aime pas. Ainsi, ce n'est pas la mort qui est épouvantable, ce qui la rend triste, c'est la vie à côté des faux amis dans un pays où les valeurs humaines sont méconnues où négligées(10):

Je n'ai jamais craint la mort...
je crains plutôt de mourir dans une terre où le salaire du
fossoyeur vaudrait plus que la liberté de l'homme.

هرگز از مرگ نهراسيده ‌ام...
هراس من باري از مردن در سرزميني است که مزد گورکن از آزادي آدمي
افزو‌‌ن ‌تر باشد.

La mort est une vérité générale qui domine la vie de tous les êtres vivants. Elle n'est pas nostalgique, mais on doit "accepter ce courant d'air", comme nous enseigne Shâmlou. Ce n'est pas une disparition de l'existence, mais un procès qui offre un but et une signification à la vie. Elle peut conduire l'homme à diriger sa vie consciemment et lui donner un sens spécial. L'avis de Shâmlou est semblable de Malraux qui exprime dans "L'espoir" : "la tragédie de la mort est en ceci qu'elle transforme la vie en destin".

Selon lui, la valeur de la mort de chacun dépend directement de celle de sa vie. Une vie fastueuse se termine par une mort magnifique. Au contraire, une vie humble est condamnée à anéantir. Ainsi, des martyrs gravent les morts les plus glorieuses sur l'histoire, car leurs vies sont l'exemple des perfections des qualités humaines(11). Pour lui, la vie est majestueuse, mais non pas sous le règne des injustices. De ce point de vue, il se montre un combattant social qui critique la tyrannie.

Shâmlou était sensible aux problèmes politiques et sociaux de son temps. Dans ce sens, son mysticisme prend le troisième aspect qui se définie comme une relation avec d'autres hommes. La mort change sa forme ainsi. Pour ce poète, les hommes qui se sacrifient pour une cause dans laquelle ils ne cherchent pas l'intérêt personnel, assurent leur dignité. Il les appelle "les plus amoureux parmi les vivants" et nous invite à ne pas pleurer leur mort, mais chanter "les plus beaux chants" pour eux(12). Ce sacrifice les dirige vers le grand Dieu.

Dans notre monde où la relation symétrique et réciproque entre l'homme et son semblable a été fortement valorisée, le mysticisme prend une nouvelle couleur. Le mysticisme d'aujourd'hui ne plonge pas de racine dans la relation de l'homme et son créateur, mais aussi il est fondé sur celle entre l'homme et les autres créations de Dieu. Ce triangle crée l'homme immortel. Dans son poème intitulé "Etre", il chante le vrai sens de l'"être" et du "néant", de la mort et de l'immortalité(13):

S'il faut mener une vie banale
Il serait honteux que je n'accroche pas scandaleusement
Le phare de ma vie au sapin sec d'une impasse
S'il faut mener une sainte vie
Il serait indigne de moi de ne pas graver de ma foi
Comme la montagne
Un souvenir immortel sur la surface mortelle du sol.

گر بدين سان زيست بايد پست
من چه بيشرمم اگر فانوس عمرم رابه رسوايي نياويزم
بر بلند کاج خشک کوچه بنبست
گر بدين سان بايد زيست پاک
من چه ناپاکم اگر ننشانم از اين ايمان خود چون کوه
يادگاري جادوانه بر طراز بي ‌بقاي خاک.

Donc, les tourments qu'un martyr endure pour sa religion et sa foi qui engendre des mythes éternels, empêchent l'homme mortel de tomber dans l'oubli issu de la mort naturelle.

Le martyre, mourir dans la voie de liberté et d'humanité ou pour lutter contre l'injustice et l'oppression, est une sorte de mort exaltée dans la poésie de Shâmlou. Il évoquait par exemple, à plusieurs reprises, la mort de Jésus sur la croix, une mort pour le salut de l'humanité. Selon ce poète, si on transforme la vie en acte spirituel, l'on mourra d'une manière à retracer l'immortalité et la vie ne sera pas un acte absurde, ni la mort, une fin. Il nous invite à ne pas répéter toujours la même histoire monotone et triste de la vie, à ne pas vivre pour mourir un jour, mais mourir de manière à être immortel(14).

Shâmlou n'avait pas peur de la mort mais l'ombre de cette vérité est accablante en ses vers où il chantait la vie. Il ne pouvait pas penser à la vie sans réfléchir à la mort. Ses positions contradictoires étaient le résultat des événements de sa vie. Quelquefois, il admirait la mort et lui attribuait de grandes valeurs qui aident l'homme pour atteindre à la perfection. D'autre part, il la considérait comme la fin de la vie. Il l'observait face à face et regardait sa dominance sur la vie et il la détestait(15).

Les avis changés de Shâmlou sur ces notions sont les conséquences des changements spirituels et des expériences que la vie lui avait offertes.

D'abord, il était un jeune homme romantique qui écrivait des poèmes à un amour terrestre selon ses états de jeunesse. Puis, pendant des années de combat, il est devenu un combattant social qui regrettait dans un poème ces vers antécédents et les condamne au nom du peuple. Même, il savait bien changer certains symboles présents depuis Hafez et Khayyâm en symbole social, comme le poème de Nazli qui est apparemment amoureux, mais dédié à un des combattants de l'époque du Shah(16).

Terminons ce travail par une phrase de Shâmlou qui exprime bien ses positons envers la vie et la mort : "Il y a beaucoup de devoirs que nous n'avons pas encore accomplis, beaucoup de travaux pas réalisés. Soudain, on claque la porte et dit : c'est l'heure de partir… Pour moi, ce qui est horrible de la notion de la mort, c'est le même visage"(17).

Conclusion :

A cette période de notre histoire, le sentiment mystique a trait à l'idée de rencontre avec le grand Dieu d'abord et avec le monde ensuite. La base du mysticisme d'Ahmad Shâmlou est fondée sur ces nouvelles relations entre le Créateur et ses créations.

Rendu célèbre par ses vers libres, Shâmlou est un grand poète sensible aux questions essentielles de l'existence influencées par les situations politiques de son temps. Sa conception de la vie et de la mort, nourrie de ses expériences personnelles acquises depuis son enfance, se concrétise dans sa poésie qui apprécie de sa propre façon la qualité de l'existence.

Les poèmes de Shâmlou inspirent une double position en face de la vie et de la mort : chantant les beautés de la vie, il montre sa peur contre la mort, comme tous les êtres vivants qui cherchent une vie éternelle. Mais d'autre part, l'observation des injustices et des tyrannies est difficile pour lui : il accepte la mort plaisamment et veut se sauver à l'aide de la mort et sortir de ce monde plein d'injustices. La mort volontaire, dans la voie mystique, devient donc l'acte sublime, car elle signifie l'accès à une transcendance de Dieu.

Notes :
1 - Chams Langroodi : Le bonheur de Shâmlou était en vers libre, Journal de Farhikhteghan, Téhéran, 10/12/2009.
2 - Ahmad Shâmlou : Hymnes d'amour et d'espoir, trad. Parviz Khazraï, préf. Parviz Khazraï, Ed. La différence, Paris 1994, pp. 8-9.
3 - Rouhollah Hosseini : Ahmad Shâmlou au passage du vent, Téhéran 2006, La revue de Téhéran, N° 10, septembre 2006, version électronique, visité en 30/5/2015. ww.teheran.ir
4 - Wikipédia.fr/Ahmad Shâmlou, visité en 20/5/2015.
5 - Ibid.
6 - Dictionnaire "Le Petit Robert", Paris 2001.
7 - Esfandiar Esfandi : Métamorphose de l'humanisme mystique dans la poésie persane contemporaine, l'exemple de Sohrâb Sepehrî, Revue Plume, 1ère année, N° 2, Téhéran 2007, p. 67.
8 - Mahnaz Rezaï : La vie et la mort dans la poésie persane contemporaine, Revue des études de la langue française, 1ère année, N° 2, Téhéran 2010, p. 71.
9 - Ahmad Shâmlou : Les paroles du poète. Sahéb Ekhtiari, Behrooz et Bagherzadeh, Hamid-Reza : Ahmad Shâmlou, poète des nuits et des amours, Ed. Hirmand, Téhéran 2002, T.1, p. 138.
10 - Ahmad Shâmlou : Œuvres complètes, édition Négah, Téhéran 2004, p. 256.
11 - Abbass Baghinejad : Shâmlou, poète de la vie et de la mort, Téhéran 2008, Revue de langue et littérature persanes, 3e année, N° 9, p. 15.
12 - Ahmad Shâmlou : Œuvres complètes, Ed. Négah, Téhéran 2004, p. 143.
13 - Ibid., p. 173.
14 - Mahnaz Rezaï : op. cit., p. 79.
15 - Abbass Baghinejad : op. cit., p. 8.
16 - Ali Abbasi et Monire Akbarpouran : Structure d'horizon comme une méthode pour une étude comparée ; le cas de Nâzim Hikmet et Ahmad Shâmlou, Ed. Unité des sciences et de la recherche de Téhéran, Téhéran 2014, Revue La poétique de l'Université Azad Islamique, 1ère année, N° 4, p. 72.
17 - Ahmad Shâmlou : Les paroles du poète, T.1, p. 78.
Pour citer l'article :

* Dr Rozita Ilani : L'existence selon le mysticisme de Shâmlou, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 15, 2015. http://annales.univ-mosta.dz

Articles du même auteur :

Mysticisme dans le monde poétique de Sohrâb Sepehri
Annales du patrimoine N° 13, 2013.

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