Histoire d’un texte
le Kitâb al Imtâa wal muânasa d’Abû Hayyân

Dr Faisal Kenanah
Université de Caen, France

Résumé :

En étudiant le Kitâb al-Imtâ wa-l-muânasa d’Abû Hayyân et les études qui y ont été consacrées, cet article se veut montrer le contexte de l’historicité de ce texte littéraire médiéval, à caractère encyclopédique, ainsi que les conditions qui ont poussé l’auteur à réaliser cette composition d’adab. Cette dernière, à l’origine une conversation orale, prend une forme de muthâqafa (quête des connaissances). Il est question également d’aborder l’édition de cet ouvrage ainsi que les différentes et multiples traductions proposées par divers chercheurs. Cette œuvre a traversé, en effet, plusieurs étapes avant de nous parvenir en l’état actuel.

Mots-clés :

Kitab, Abu Hayyan, littérature médiévale, adab, culture.

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Story of a text
the Kitâb al Imtâ wal muânasa of Abu Hayyân

Abstract:

By studying Abû Hayyân's Kitâb al-Imtâ wa-l-muânasa and the studies devoted to it, this article aims to show the context of the historicity of this medieval literary text, of an encyclopedic nature, as well as the conditions which pushed the author to realize this composition of adab. The latter, originally an oral conversation, takes the form of muthâqafa (quest for knowledge). It is also a question of approaching the edition of this work as well as the different and multiple translations proposed by various researchers. This work has gone through several stages before reaching us in its current state.

Key words:

Kitab, Abu Hayyan, medieval literature, Adab, culture.

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Texte :

Le Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa se distingue des autres ouvrages d’Abû Hayyân, de par sa nature. C’est en effet un ouvrage, au sens moderne du terme, à caractère encyclopédique représentant la vie intellectuelle, sociale et politique du IVe/Xe siècle sous l’aspect d’une série d’entretiens nocturnes entre un vizir, avide et féru de connaissances, et un homme de lettres, très au fait des sciences de son temps.

L’intérêt de l’œuvre réside dans le fait que sa rédaction incarne l’une des étapes les plus importantes de la vie de notre auteur. En parcourant l’ouvrage, nous découvrons la vaste culture d’Abû Hayyân et ses diverses préoccupations, qui reflètent de la vie intellectuelle de son époque.

Si nous cherchons à connaître l’origine de cette composition littéraire, nous devons nous référer au passage suivant, passage tiré de ce même ouvrage :

"En outre, je ferai ce que tu m’as demandé en rapportant tout cela. Cependant, l’étude à l’improviste de ce sujet est à l’heure actuelle pénible et difficile après le déroulement des entretiens nocturnes. Si tu le permets, je rassemblerai tout dans une épître qui contiendra le subtil et le vénérable, le doux et l’amer, le tendre et le rêche, l’aimable et l’odieux... car il se peut que cette quête des connaissances demeure et soit rapportée, et qu’en cet acte soit préservé un bon souvenir... même si cela contient des éléments nombreux et différents, complexes et étranges dont certains d’entre eux font bouillir le sang retenu, l’âme précieuse qui se démène pour lui ; l’obscurité se réduit avec lui, et on ne s’en contente pas par effort minimal sans effort maximal. On y trouve également autre chose, (des éléments) qui font sourire, amusent l’esprit, invitent à la raison, prodiguent un conseil, appuient la sacralité, lient l’alliance, diffusent la sagesse, honorent l’ardeur, fécondent l’intelligence, accroissent la compréhension et la civilité, ouvrent la voie du succès et de la prospérité, font valoir la marchandise des gens de science au marché qui n’est pas achalandée, réveillent les yeux endormis, mouillent l’outre usée et déchirée, humidifient l’argile sèche, et seront une raison forte de mieux être et de vie agréable"(1).

Cet extrait situé dans l’introduction du Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa semble livrer une des clefs de l’intention du projet de l’auteur, Abû Hayyân al-Tawhîdî. L’objectif est décrit : celui de rapporter "tout" à un ami, par écrit. Ce "tout" n’est finalement qu’une "muthâqafa" (quête des connaissances) qui contient de nombreux aspects culturels. Abû Hayyân semble avoir tracé sa visée dans ce projet de composition malgré toutes les difficultés qu’il a pu rencontrer.

Il est en effet évident que l’ouvrage d’Abû Hayyân aborde plusieurs sujets, de caractère encyclopédique, puisque la nature de la conversation orale exige que l’on parle de tout. Nous serions donc face à un compte rendu oral mis à l’écrit.

Il s’agira pour nous de tracer l’histoire du Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa afin de saisir les enjeux qui se cachent derrière cette composition littéraire, tout en soulignant les liens entre les protagonistes. Il nous faudra donc faire apparaître les motifs et les contraintes de la rédaction : le choix d’un projet écrit peut se comprendre par la volonté de rédiger un texte d’adab.

Dans cet article, nous nous attacherons à étudier le cadre général du Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa en deux temps afin d’en éclaircir et d’en établir le contexte.

La première idée directrice que nous étudierons consistera à faire la lumière sur l’historicité de l’ouvrage afin de saisir le fond de cette composition littéraire. Nous nous efforcerons de montrer que le Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa a traversé plusieurs phases avant de nous parvenir dans son état actuel.

Ainsi, l’ouvrage sur lequel porte notre étude est apparu à l’époque où l’on composait des Maqâmât (Séances), et où l’on emplissait les ouvrages de nombreux entretiens nocturnes, de légendes, de contes et de récits. Cette œuvre est donc à classer parmi les textes qui ont adopté le discours narratif et qui ont fait appel à de nombreux "akhbâr" et autres récits pour leurs différents thèmes. L’étude de l’œuvre nous oblige à nous arrêter sur la nature du message que l’auteur transmet, et ceci à travers la manière dont le texte est reproduit et sur son état final, afin de découvrir son organisation précise, la perfection de sa rédaction, pour mieux en connaître la spécificité. Ce texte est finalement le résultat concret, organisé et conscient qui tire son existence de sa nature propre : puisqu’il est fait de paroles et que la logique de celles-ci exige un enchaînement selon l’ordre chronologique, il résulte de cet enchaînement que chacun des éléments du texte occupe une place primordiale, et que ces éléments apparaissent en suivant une certaine organisation.

1 - L’édition d’Ahmad Amin :

Nous nous sommes référés, pour notre étude, à la deuxième édition d’Ahmad Amin et d’Ahmad al-Zayn, rééditée en trois tomes en 1953 au Caire. Ces deux éditeurs nous indiquent dans leur introduction qu’ils ont adopté les deux manuscrits d’Abû Hayyân pour réaliser et mettre au propre l’ouvrage d’al-Imtâa wa-l-muânasa : "Quant au premier exemplaire, il est complet et est constitué de cinq parties... mais les deux manuscrits contiennent de graves incohérences quant aux ajouts, aux omissions et aux falsifications... Le défunt Ahmad Zakî Bâchâ a photographié ce premier exemplaire de la bibliothèque du palais de Top Kapi à Istanbul"(2).

Les deux éditeurs ajoutent que "le deuxième exemplaire est un exemplaire photographié et emprunté de l’original à Milan, mais qu’il est incomplet. Il est constitué de trois parties… Cet exemplaire est resté encombré de fautes et d’erreurs"(3).

Selon al-Tâhir Ahmad Makki, le critique Ihsân Abbâs, a exprimé sa défiance quant à la réalisation du Kitâb al-Imtâa. Après avoir pris connaissance du manuscrit qui se trouve à la bibliothèque Ambrosiana de Milan, il a pu apprécier que les nombreuses notes et ajouts qui le composaient pouvaient fournir matière à éclairer davantage l’œuvre d’al-Imtâa(4).

Cela signifierait que la présente édition aurait besoin d’être réexaminée afin d’en explorer intégralement la matière, et de prendre conscience des erreurs commises par les prédécesseurs. Or, nous savons qu’il existe également une partie d’un autre manuscrit signalée par Abd al-Razzâq Muhiyy al-Dîn, mais selon lui : "l’orientaliste Margoliouth a consulté une copie du premier tome qui se trouve à Bagdad"(5).

Par ailleurs, les deux éditeurs ont ajouté une introduction à certaines nuits et ont subdivisé chaque nuit du premier tome en différents thèmes numérotés(6). Ils ont ainsi introduit un prologue à la 30e nuit(7) alors qu’il n’existait pas, dans les manuscrits qu’ils ont adoptés, d’indications pour cette nouvelle nuit(8).

La mention du troisième livre quant à elle, figure deux fois dans un seul et même tome. Nous la trouvons à la fin de la 28e nuit : "le troisième tome du Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa"(9).

Les deux éditeurs notent également que, dans le cours de la 31e nuit du deuxième tome on lit : "Le deuxième tome du Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa d’Abû Hayyân al-Tawhîdî s’achève conformément à notre organisation..." Le troisième tome le suit et s’ouvre sur : ''Puis la conversation s’est engagée sur le sujet des hôtes et convives''(10).

La mention du troisième tome apparaît une deuxième fois après vingt-six autres pages consacrées à l’index des thèmes du deuxième tome. Ce désordre dans la subdivision des nuits soulève, selon nous, un problème d’organisation.

Si les deux éditeurs signalent des ajouts et des omissions, nous en ignorons les limites. Cela signifierait donc que le premier manuscrit ne serait pas complet puisque celui de Milan contient, selon Ihsân Abbâs, bien plus d’informations et d’éléments que ceux fournis par Ahmad Amin et Ahmad al-Zayn.

Pour l’heure, nous ne pouvons que constater que l’ouvrage que nous avons entre nos mains aujourd’hui ne nous est pas parvenu tel qu’Abû Hayyân l’avait rédigé. Voyons maintenant si le titre même de l’œuvre a soulevé diverses interprétations et variantes.

2 - Réflexion sur le titre "de multiples traductions" :

Nous allons à présent étudier les significations et relever les traductions du titre données par certains chercheurs afin de déterminer la relation entre le titre et le contenu de l’ouvrage.

Marc Bergé, dans Bulletin d’études orientales, tome XXV, a consacré une courte étude à l’œuvre d’Abû Hayyân al-Tawhîdî, sous le titre de "Genèse et fortune du Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa d’Abû Hayyân al-Tawhîdî". Il a apporté une explication aux deux termes d’al-imtâa wa-l-muânasa que nous tenons à citer : "Le mot Imtâa que nous pourrons traduire par "plaisir", ou "jouissance"..., n’en couvre pas moins tout le contenu du Kitâb al-Imtâa, en insistant sur le plaisir intellectuel lié au développement des thèmes les plus variés"(11).

Il poursuit : "De son côté, le mot "muânasa" exprime ici "l’intimité", "la familiarité", "la sympathie" qui existent entre ceux qui mettent en commun leurs richesses intellectuelles dans le cadre de cette forme de vie sociale que représente le majlis (cercle) propre à une personnalité telle que celle d’un vizir"(12).

Dans sa thèse "Récit et discours dans le Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa d’Abû Hayyân al-Tawhîdî", Aïcha Bayoudh a adopté une approche plus lexicale du titre d’Abû Hayyân al-Tawhîdî : "Al-Imtâa, serait le nom dérivé des racines "ma-ta-a" dont le signe linguistique désigne la jouissance et le plaisir… Ainsi, l’Imtâa… s’associe au terme muânasa, qui lui, dérive des racines "a-na-sa", se sentir en sécurité"(13).

En outre, selon Ibn Manzûr, nous trouvons dans son Lisân al-arab que le mot "imtâa" vient du verbe "mataa" : "l’homme se réjouit. On dit que tout ce qui est bon, réjouit (matua) et est réjouissant (mati)"(14).

Quant au mot "muanasa", il est l’opposé de "wahcha" : solitude, tristesse et absence de société. Il trouve son origine dans les verbes "anasa, anisa, anusa et ânasa" : "être sociable, s’habituer à quelqu’un et devenir familier avec lui". Les trois composants "al-anasu wa l-unusu wa l-insu" désignent une vie sociale, une familiarité et une sérénité.

Quant à la traduction même du titre, Pierre-Louis Reymond se propose de le traduire par : "La saveur du plaisir de se trouver en société agréable"(15).

Dominique Mallet dans son article "La volière d’Abû Hayyân" donne la traduction "L’agrément du plaisir cultivé et la jubilation de se trouver en agréable compagnie"(16).

Ibrahim al-Kilani, dans son livre Abû Hayyân al-Tawhîdî, essayiste arabe du IVe siècle de l’Hégire (Xe siècle) propose la traduction "la délectation et l’agrément"(17).

Quant à Frédéric Lagrange, dans sa traduction de l’œuvre d’Abû Hayyân al-Tawhîdî La satire des deux vizirs, il traduit le titre d’al-Imtâa wa-l-muânasa par "Le plaisir offert et la sociabilité partagée"(18).

Enfin, dans son article intitulé "La nuit inaugurale de Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa d’Abû Hayyân al-Tawhîdî : une leçon magistrale d’adab", Salah Natij traduit le titre de l’ouvrage par "Le livre des conversations instructives et sociables"(19).

Comme nous pouvons le constater, le titre de cette œuvre a donné plusieurs traductions possibles. Pour notre part, nous jugeons bon de conserver le titre original en arabe sans essayer de l’interpréter laissant ainsi le lecteur déterminer à travers sa lecture le(s) sens possible(s) qu’il peut lui attribuer.

A travers les significations d’al-Imtâa wa-l-muânasa, les quarante nuits de l’ouvrage d’Abû Hayyân se déroulent dans ce même cadre afin d’apporter le plaisir et la sociabilité aux membres de l’auditoire. Chaque nuit entretenue avec le vizir porte en elle des images claires et occupe un cadre temporel et spatial. Elle a également des variétés particulières quant à ses exemples, ses personnages, ses événements et ses détails.

Abû Hayyân a certes voulu que son œuvre porte le titre de "al-Imtâa wa-l-muânasa" comme pour prouver que ces questions intellectuelles portent dans leurs profondeurs un plaisir offert et une aimable compagnie. La question en effet, qui se pose est de savoir : qui a donné du plaisir à l’autre ? Abû Hayyân ou le vizir ? La satisfaction n’a-t-elle pas été éprouvée que d’un seul côté ?

En tout état de cause pour Abû Hayyân et le vizir, ces "noms d’action" énoncent fondamentalement l’idée d’une entente parfaite entre les deux protagonistes. D’ailleurs, le vizir Ibn Saadân mentionne dans la 9e nuit, l’expression majlis al-imtâa wa-l-muânasa (le cercle d’al-imtâa wa-l-muânasa). Cette expression renvoie à une idée de communication orale, puisque le terme majlis désigne tout d’abord un lieu, lieu où l’on s’assoit et discute sur divers sujets. D’ailleurs Marc Bergé montre que : "Ce cercle porta, à l’occasion, le nom de "majlis al-imtâa wa-l-mu’ânasa", comme l’indique Al-Tawhîdî lui-même (Imtâa, I, 157, l. 18). Il y a donc identité de nom entre l’ouvrage d’al-Tawhîdî et le majlis du vizir, sans que nous sachions à qui revient l’initiative de ce choix".

Quelle est la limite de la concordance entre le titre et sa matière ? Le titre présente-t-il le développement d’une réflexion ou un couronnement de la matière débattue ?

Si un lecteur arabophone non spécialisé, en découvrant l’ouvrage, se contente d’en lire le titre "al-Imtâa wa-l-muânasa", son imaginaire le renvoie à des aspects érotiques. Car, le sens premier du mot imtâa est "plaisir et jouissance", et celui du mot muânasa, "la compagnie intime". C’est pourquoi, le titre, au premier abord, ne semble pas correspondre tout à fait à son contenu. Et c’est pour cette raison que les chercheurs qui ont proposé des traductions à ce titre, ont eu recours à des titres explicatifs afin de déterminer le contenu de l’ouvrage.

Ainsi, il est difficile de donner une traduction mot à mot du titre sans faire appel à des tournures explicites.

Au dire de l’auteur lui-même, des témoignages du vizir, aux impressions de tout lecteur spécialiste de la littérature classique, nous démontrerons le contraire, c’est-à-dire que le titre est en totale harmonie avec son contenu, car nous entendons par les deux termes imtâa et muânasa, "un plaisir et une sociabilité intellectuels".

Le fait que le vizir offre à Abû Hayyân al-Tawhîdî l’occasion de déverser la richesse de ses pensées et de son intelligence, crée en lui un sentiment de plaisir et de satisfaction. Quant à Abû Hayyân, qui aborde plusieurs sujets, il est déterminé à profiter d’une sociabilité si désirée et répond enfin à la pleine satisfaction du vizir. Car cette satisfaction repose sur l’échange mutuel, même si, extérieurement, elle semble avoir pour projet de contenter l’un des symboles du pouvoir, représenté par le vizir. Et al-Imtâa dépend de l’immense savoir qu’Abû Hayyân transmettra au cercle du vizir. Abû Hayyân a l’honneur de servir le vizir, d’entretenir de bons rapports avec lui et d’avoir sa faveur. Le vizir lui-même affiche le désir de sa compagnie : "j’ai désiré ardemment ta présence pour nous entretenir et avoir une aimable compagnie"(20).

Nous devons également signaler le jugement d’al-Qiftî à propos de la description de l’ouvrage : "en vérité c’est un livre intéressant pour celui qui participe aux diverses branches de la science. Car ce livre a abordé de nombreux sujets et les a traités avec minutie"(21).

L’auteur, par ce titre, spécifie donc la catégorie de lecteur qui peut s’intéresser à la matière de cet ouvrage. Tout lecteur ne peut pleinement savourer l’ouvrage lorsqu’il le lit, car il a besoin d’un bagage de connaissances suffisant pour être en harmonie avec la matière du livre et en tirer avantage.

Abû Hayyân confirme cette réalité lorsqu’il signale que les conceptions de la pensée et de la connaissance ne sont pas une substance solide qui provoque l’ennui. Au contraire, la matière de l’ouvrage est intéressante pour des individus ayant acquis un niveau culturel élevé et précis qui leur permet d’affronter toutes sortes de savoirs.

Cette approche de connaissance qui nous dévoile quels étaient le niveau et la valeur intellectuels des conversations et des discussions, s’affirme par les interrogations du vizir qui reflètent un savoir profond, savoir qui nous pousse à nous informer sur sa personnalité. Nous sommes dans "al-Imtâa" à la fois devant un locuteur et un interlocuteur exemplaire. En outre, le cercle du vizir n’est pas de ceux où l’on entend des paroles oiseuses ou des conversations futiles, mais c’est un majlis qui a un trait particulier, caractéristique qui nous fait part de la préoccupation d’un vizir cultivé et d’un homme lettré unique, écrivain d’une grande connaissance(22).

3 - Origine du Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa :

Nous avons l’habitude de trouver dans les œuvres d’Abû Hayyân al-Tawhîdî des indications chronologiques qui peuvent embrasser une période d’environ quinze ans, comme par exemple dans al-Basâir wa-l-dhakhâir (Vues des anciens et pensées des sages) et les Muqâbasât (Entretiens). Ces indications sont les preuves que ces ouvrages n’ont pas été réalisés d’emblée ni sur une courte durée(23), mais au contraire qu’ils sont le fruit de savoirs, de connaissances et de différents témoignages qu’Abû Hayyân al-Tawhîdî a rencontrés sur plusieurs années. Il rassemble par la suite toutes ces expériences dans une forme finale après les avoir minutieusement étudiées.

Le Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa a-t-il pu être rédigé de manière définitive d’emblée ou a-t-il été remanié, modifié avec précision comme les deux autres ouvrages indiqués ci-dessus ?

En effet, de nombreux indices dans al-Imtâa wa-l-muânasa nous renvoient à différentes dates. La dernière remonte à l’année 370/980, date à laquelle Abû Hayyân rentre de Rayy, dépité du vizir bouyide Ibn Abbâd.

Dans l’édition manuscrite de Milan, les deux éditeurs, Ahmad Amîn et Ahmad al-Zayn, indiquent à la fin du premier tome du Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa que : "cette épître a été rédigée au mois de rajab 374/984"(24).

Cette date nous met sur la voie pour découvrir à quelle période l’ouvrage a vu le jour, et quel vizir Abû Hayyân a pu fréquenter. Il s’agirait, en effet, du vizir Ibn Saadân qui était au service de Samsâm al-Dawla entre 373-375/983-985. D’autre part, l’épître par laquelle Abû Hayyân al-Tawhîdî termine son dernier tome, indique que l’ouvrage a été intégralement achevé avant la mort du vizir, car il y déclare : "Rappelle au vizir ma personne, mentionne-lui sans cesse mon nom à ses oreilles, récite-lui quelques-uns de mes remerciements et pousse-le à faire mon bien"(25).

Avant d’entrer dans le détail, nous devons rappeler les conditions qui ont permis à Abû Hayyân de pénétrer dans le cercle du vizir, et comment cet accès lui a été accordé après avoir subi plusieurs fois des échecs dans le passé.

Ce sont les besoins moraux et matériels qui l’ont poussé à se déshonorer maintes fois près du seuil des "Grands". Il n’a donc pas pu obtenir ce qu’il désirait pour des raisons que certains ont tenté de justifier. Mais ce qui est important pour nous ici est de savoir que, bien qu’il ait éprouvé les douleurs de la déception, il n’a jamais perdu espoir. Dès son retour à Bagdad en 358/968, il retrouve son ami Abû l-Wafâ, et cela fut "la rencontre la plus heureuse"(26).

Abû Hayyân se plaint de sa situation et demande de l’aide auprès d’Abû l-Wafâ qui n’hésite pas à lui tendre la main : "Et je t’ai promis d’améliorer ta situation avec une ferme intention"(27).

Poussé par le besoin et la nécessité, Abû Hayyân avait conscience de la faille qui touchait ses valeurs morales et ses mœurs. Il l’annonce lui-même par allusion ou par déclaration, car la quête de la nourriture ne peut s’obtenir : "Que par le fait d’abandonner sa foi, corrompre ses vertus, perdre son respect, fatiguer son corps, digérer l’amertume, supporter la peine, souffrir la privation, résister à toutes sortes de tourments"(28).

C’est ainsi, et grâce à son ami, qu’Abû hayyân al-Tawhîdî a pu pénétrer dans le majlis du vizir Ibn Saadân.

C’est seulement quand le protecteur et ami, Abû l-Wafâ, a demandé à Abû Hayyân de lui transmettre sur un ton menaçant les entretiens nocturnes(29), et quand Abû Hayyân, suite à cette demande, s’est proposé de les transmettre par écrit, que les nuits commencèrent à être fixées graphiquement et que l’expression "majlis al-Imtâa wa-l-muânasa" prit ainsi le nom de "Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa" qui signifie "livre écrit ou livre". Les deux éditeurs Ahmad Amîn et Ahmad al-Zayn l’ont intitulé dans leur édition "kitâb".

Abû Hayyan et le vizir sont donc tous deux des bénéficiaires. L’un a réalisé son rêve de fréquenter les majlis, l’autre a réussi à se renseigner sur ce qu’il cherchait. Quant à Abû l-Wafâ, il reste l’intermédiaire, l’axe de meule de ce projet. Il est certes l’initiateur et c’est à lui aussi que reviennent les résultats. Abû l-Wafâ a eu finalement raison de menacer Abû Hayyân al-Tawhîdî pour qu’il l’informe de ses entretiens avec le vizir, car l’ouvrage, d’un simple échange oral s’est transformé en un véritable écrit.

Nous constatons à travers l’introduction de l’ouvrage d’Abû Hayyân al-Tawhîdî, et quand celui-ci adressait ses paroles à Abû l-Wafâ, et notait le déroulement de leurs échanges, qu’Abû Hayyân s’isolait avec le vizir. Car Abû l-Wafâ lui dit : "Méritais-je de ta part, dans tous ces motifs que je viens d’énumérer et ceux semblables que je n’ai pas cités ici par crainte de m’attarder, que tu t’isoles avec le vizir, que Dieu prolonge ses jours, des nuits durantes, consécutives, que tu lui parles alors de ce que tu aimes et de ce que tu veux, que tu lui livres ce que tu souhaites et ce que tu choisis, et que tu lui rédiges billets sur billets ?"(30).

Malgré ses grands espoirs et les promesses qui lui ont été faites, Abû Hayyân al-Tawhîdî n’a pas atteint son but. Nous ne savons si cela relève d’un échec de sa relation avec le vizir ou avec Abû l-Wafâ, ou bien s’il s’agit davantage d’une non adaptation, d’une non intégration à la vie du pouvoir, ou plutôt, si cela ne découle pas tout simplement de la malchance(31).

Nous venons d’établir rapidement l’histoire du Kitâb al-imtâa telle qu’elle a été décrite par l’auteur lui-même et les deux éditeurs Ahmad Amin et Ahmad al-Zayn dans leur introduction. Au final, plusieurs phases doivent être distinguées dans la composition de cette œuvre :
1 - La première couvre les entretiens passés avec le vizir sans l’intervention d’Abû l-Wafâ. Ces entretiens demeurent ou non entièrement confiés à la mémoire. Ce fait explique que le contenu de ces entretiens n’était pas au départ destiné à être rapporté à nouveau, c’est-à-dire qu’Abû Hayyân n’avait peut-être pas l’intention de révéler un jour ses entretiens avec le vizir par écrit. A mesure que les entretiens nocturnes se succèdent, ils prennent place dans des ensembles de longueur très variable que l’on nommera bientôt nuit, notion ou terme que l’on retrouve déjà dans un autre ouvrage célèbre, Les Mille et une nuits.

Le projet de texte écrit existe sans doute chez Abû Hayyân bien avant l’intervention et la menace de son protecteur Abû l-Wafâ. Il se peut qu’il ait eu l’idée ou l’intention de composer à la fin de ses entretiens nocturnes avec le vizir Ibn Saadân une épître semblable à celle de La satire des deux vizirs(32).

C’est, semble-t-il, après l’installation d’Abû Hayyân chez le vizir que surgissent le doute, la colère et la menace d’Abû l-Wafâ qui réclame le compte rendu de ce qui se déroule entre Abû Hayyân et le vizir.

Ce besoin chez Abû l-Wafâ de savoir tout sur ces entretiens provient peut-être d’une jalousie. Abû Hayyân répond favorablement à son ami et protecteur et s’en fait presque un devoir.
2 - La deuxième phase débute avec la menace d’Abû l-Wafâ et son exigence de tout connaître. Abû Hayyân se trouve face à un ami puissant et capable de retourner sa situation. L’inquiétude s’empare de son esprit et lui impose l’obligation de s’exécuter à la demande de ce protecteur sans poser de questions. Abû Hayyân soumet lui-même l’idée à Abû l-Wafâ de lui rapporter les entretiens par écrit. Cette entreprise qui s’opère à son initiative reste d’ordre personnel et ne semble pas avoir été imposée par Abû l-Wafâ, puisqu’Abû Hayyân lui dit : "Si tu le permets, je rassemblerai tout dans une épître"(33). Cela renforce notre hypothèse qui montre qu’il avait déjà ce projet à l’esprit.

Abû Hayyân se trouve donc devant deux obligations, deux projets difficiles et décisifs : répondre aux exigences du vizir et satisfaire son protecteur. Il doit procéder à un effort de mémorisation pour rapporter tout par écrit, entreprise exigeante, et enfin réaliser son ouvrage, "car il se peut que cette muthâqafa (quête des connaissances) demeure et soit rapportée"(34).
3 - C’est après la mort d’Abû Hayyân que nous pouvons placer la troisième phase de l’histoire du Kitâb al-Imtâa.

La composition d’Abû Hayyân (lui-même avait dû modifier, corriger, supprimer, ajouter des éléments), l’existence de plusieurs exemplaires, ont très certainement entraîné une manipulation de la part des copistes. Même si cette manipulation a peut-être été superficielle, sans toucher au fond du contenu, nous devons la prendre en compte dans la structure de l’ensemble de l’ouvrage. Enfin, les deux éditeurs Ahmad Amin et Ahmad al-Zayn eux aussi ont procédé à des changements, corrections et explications.

Plusieurs siècles séparent donc la date de la composition de l’ouvrage par Abû Hayyân de la date de son édition par Ahmad Amin(35). Ce dernier montre dans l’introduction au Kitâb al-Imtâa l’existence des deux manuscrits(36).

Nous comprenons ainsi que trois phases, correspondant chacune à une étape, ont pu être dégagées. Il en résulte donc que le Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa, loin d’être à considérer comme une œuvre fixée définitivement, s’est construit au fil des siècles. Cette notion d’évolution est l’une des caractéristiques de son histoire rédactionnelle.

Au terme de cette étude, nous nous sommes attachés à préciser l’historicité de l’ouvrage. Nous avons pu ainsi étudier le contexte de la composition à partir des éléments dont nous disposions que ce soit des témoignages, des fragments d’historiens, des propos de l’auteur lui-même ou encore des points de vue des deux éditeurs. Leur examen montre que des entretiens nocturnes oraux ont été mis par écrit par la volonté d’Abû Hayyân au IVe/Xe siècle et non par une autorité extérieure représentée par la personne d’Abû l-Wafâ, comme cela est admis chez certains chercheurs.

Il a été question aussi de savoir si les manuscrits avaient été remaniés ou modifiés avant de nous parvenir dans l’état actuel, et définir ce que l’on entend par les deux termes composant le titre, Imtâa et muânasa, tout en faisant part de notre difficulté éprouvée face à la traduction de ce titre trompeur aux yeux d’un lecteur non spécialiste. Force est de constater que plus l’on progresse dans la lecture de l’ouvrage, plus le titre apparaît être en totale harmonie avec son contenu.

Quoi qu’il en soit, le Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa présentera d’autres aspects intéressants : il pourra ainsi être apprécié soit comme une simple œuvre de commande, rédigé sous la contrainte et l’intimidation, soit, inversement, perçu comme une œuvre de dénonciation et d’accusation du point de vue du contenu. Le lecteur découvrira alors que cette double lecture, oscillant sans cesse entre l’affectation et la simplicité, l’invention et la vérité, est à l’image de l’auteur.

Notes :
1 - Abû Hayyân al-Tawhîdî : Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa, Ed. Ahmad Amin et Ahmad al-Zayn, Matbaat lajnat al-talîf wa-l-tarjama wa-l-nachr, 2e édition, Le Caire 1953, I, pp. 8-13.
2 - Al-Tawhîdî : Imtâa, I, pp. qâf, l. 10 et râ, l. 7-8 et l. 13-14.
Voir aussi Marc Bergé : Essai sur la personnalité morale et intellectuelle d'Abû Hayyân al-Tawhîdî, tome 1, Ed. Université de Lille III, 1974, pp. 106-107.
3 - Al-Tawhîdî : Imtâa, I, p. ayn.
4 - Al-Tâhir Ahmad Makki : al-Tawhîdî yubath fî l-Qâhira, Majallat al-Hilâl, (novembre 1995), p. 71.
5 - Abd al-Razzâq Muhiy al-Dîn : Abû Hayyân al-Tawhîdî, sîratuhu wa-âthâruh, al-muassasa al-arabiyya li-l-dirâsât, 2e éd., Beyrouth 1979, p. 214.
6 - Al-Tawhîdî : Imtâa, I, p. tâ.
7 - Ibid., II, pp. 196-201.
8 - Ibid., II, p. 196, note N° 4.
9 - Ibid., II, p. 165, l. 5.
10 - Ibid., II, p. 205, l. 7-111.
11 - Marc Bergé : Genèse et fortune du Kitâb al-imtâa wa-l-muânasa d'Abû Hayyân al-Tawhîdî, Bulletin d'études orientales, IFEAD, Damas 1973, tome XXV, p. 97.
12 - Ibid., p. 99.
13 - Aïcha Bayoudh : Récit et discours dans le Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa d'Abû Hayyân al-Tawhîdî, Thèse de 3e cycle, Université de la Sorbonne nouvelle, Paris 2003, pp. 55-199.
14 - Ibn Manzûr : Lisân al-arab, tome 13, (article mataa), Dâr ihyâ al-Turâth al-arabî, Muassasat al-Târîkh al-arabî, 3e édition, Beyrouth 1999, p. 14.
15 - Pierre-Louis Reymond : La question du langage dans sa relation aux intellectuels et au pouvoir à partir du kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa, Thèse de Doctorat, Université Lumière, Lyon II, 2003.
16 - Dominique Mallet : La volière d'Abû Hayyân, dans Construire un monde ? Mondialisation, Pluralisme et Universalisme, sous la direction de Pierre Robert Bauduel, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, Maisonneuve et Larose, Paris 2007, p. 97.
17 - Ibrâhîm al-Kîlânî : Abû Hayyân al-Tawhîdî, essayiste arabe du IVe siècle de l'Hégire (Xe s.), Beyrouth 1950, p. 43.
18 - Frédéric Lagrange : La Satire des deux vizirs, Ed. Sindbad-Acte sud, Paris 2004, p. 12.
19 - Salah Natij : La nuit inaugurale de Kitâb al-Imtâa wa-l-muânasa d'Abû Hayyân al-Tawhîdî : une leçon magistrale d'adab, Arabica, (avril 2008), volume 25, fascicule 2, E. J. Brill, Leiden, p. 228.
20 - Al-Tawhîdî : Imtâa, I, p. 19, l. 7-8.
21 - Abû l-Hasan Jamâl al-Dîn al-Qiftî : Târîkh al-ulamâ bi-akhbâr al-hukamâ, Maktabat al-Mutanabbî, Le Caire, (n.d.), p. 283.
22 - Saîd Yaqtîn : Al-majlis, al-Kalâm, al-khitâb : madkhal ilâ layâlî al-Tawhîdî, Majallat fusûl, tome 14, N° 4, hiver 1996, p. 198.
23 - Voir Marc Bergé : Problèmes chronologiques, Bulletin d'Etudes Orientales, tome XXIX, Damas 1977, pp. 53 ss.
24 - Al-Tawhîdî : Imtâa, I, p. 226.
25 - Ibid., III, p. 228, l. 3-4.
26 - Marc Bergé : Pour un humanisme vécu Abû Hayyân al-Tawhîdî, essai sur la personnalité morale, intellectuelle et littéraire dun grand prosateur et humaniste arabe engagé dans la société de l'époque bouyide, à Bagdad, Rayy et Chiraz, au IVe/Xe siècle (entre 310/922-414/1023), Damas 1979, p. 171.
27 - Al-Tawhîdî : Imtâa, I, p. 4, l. 8.
28 - Ibid., II, p. 143, l. 8-10.
29 - Contrairement à ce que précisent certains chercheurs, à savoir que cet ouvrage a été commandité par le vizir Ibn Saadân. Comme nous pouvons le constater, c'est Abû l-Wafâ, qui a demandé à Abû Hayyân de lui transmettre oralement ce qui se passait entre lui et le vizir. Mais il ne faut pas perdre de vue, que c'est Abû Hayyân lui-même qui s'est proposé de transmettre par écrit ses entretiens avec le vizir.
30 - Al-Tawhîdî : Imtâa, I, p. 5, l. 11-14.
31 - Cf. Zadi Mahjoub : Abû Hayyân al-Tawhîdî, un rationaliste original, Institut des Belles Lettres arabes, 27e année, N° 108, 4e trimestre, 1964, pp. 323-329. L'auteur y expose les échecs d'Abû Hayyân al-Tawhîdî avec le vizir Ibn Saadân.
32 - Cf. lorsqu'Abû Hayyân dit à son protecteur : "Je t'ai remis ce premier tome par l'intermédiaire de Fâiq, le page, et je tiens à poursuivre dans un deuxième tome. Il te parviendra dans la semaine, si Dieu le veut". Cela signifie qu'Abû Hayyân a déjà entrepris un projet d'écriture parce qu'il comptait envoyer un tome en entier dans la semaine, sachant que ce tome contient douze nuits.
33 - Al-Tawhîdî : Imtâa, I, p. 8, l. 10-11.
34 - Ibid., I, p. 9, l. 6.
35 - La publication de Kitâb al-Imtâa est datée comme suit : 1ère édition : l'apparition du 1er tome en 1939, le 2e en 1942 et le 3e en 1944. La 2e édition a été rééditée en trois tomes en 1953 au Caire.
36 - Al-Tawhîdî : Imtâa, I, introduction, p. qaf, l. 8-15 ; p. ra, l. 1-20 ; p. chîn, l. 1-21, et p. tâ, l. 1-4.
Pour citer l'article :

* Dr Faisal Kenanah : Histoire d’un texte - le Kitâb al Imtâ wal muânasa d’Abû Hayyân, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 14, 2014. http://annales.univ-mosta.dz

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