La science de l’amour dans les poèmes et les contes soufis

Dr Natália Maria Nunes
Université de Lisbonne, Portugal

Résumé :

Cet article est le résultat introductoire du travail de recherche sur l’amour divin à partir de deux grands maîtres soufis, Ibn Arabi et Djalal ad-Din Rumi, qui ont développé dans leurs poèmes et contes ce qu’on peut appeler la Science de l’Amour. Rumi, considéré comme l'un des maîtres de la "Science de l'Amour", l’a répandue à travers des poèmes mystiques et de la danse des derviches. Ibn Arabi, connu comme le "maître maximum" du Soufisme a saisi la sagesse sur l'amour dans le Traité d’Amour. Les deux amoureux de Dieu, ont exprimé leur sagesse sur l'Amour et la Beauté du Bien-Aimé, l’extase de l'âme dans l'union entre l'homme et Dieu.

Mots-clés :

amour divin, soufisme, Ibn Arabi, Rumi, spiritualité.

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The science of love in the poems and mystical tales

Dr Natália Maria Nunes
University of Lisbon, Portugal

Abstract:

This article is the introductory result of the research work on divine love from two great Sufi masters, Ibn Arabi and Djalal ad-Din Rumi, who developed in their poems and stories what can be called the Science of Love. Rumi, considered one of the masters of the "Science of Love", spread it through mystical poems and dervish dancing. Ibn Arabi, known as the "maximum master" of Sufism, captured the wisdom about love in the Treatise on Love. The two lovers of God, expressed their wisdom on the Love and Beauty of the Beloved, the ecstasy of the soul in the union between man and God.

Keywords:

divine love, Sufism, Ibn Arabi, Rumi, spirituality.

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Texte :

Le Soufisme, mystique de l'Islam, s’est développé depuis le VIIe siècle, mais historiquement il apparaît en Irak, au VIIIe siècle, notamment à Bagdad, Bassora. Les premières confréries apparaissent au XIIe siècle, par exemple, le Mevlevis de Konya, inspirés par Djalal ad-Din ar-Rumi. Cette mystique se rapportait (et se rapporte encore) sur les rituels du Coran, comme par exemple les réunions régulières pour la pratique de la méditation et les cérémonies mystiques notamment la danse. Dans le Soufisme, la poésie est le principal véhicule du mouvement mystique islamique. A travers le langage poétique le soufi se fusionne dans le langage comme s'il était en fusion avec Dieu.

L'origine du mot Soufisme a plusieurs interprétations. Une des interprétations vient du vocable "saf", mot qui signifie pure, ou "suf" qui se rapporte aux vêtements en laine utilisés par les premiers disciples de Mahomet. Le Soufisme est considéré comme une pratique ascétique par laquelle s’établit la vraie connaissance de l’entité divine. Ibn Arabi, nous donne aussi une définition de Soufisme, ou Tasawwuf : "El sufismo es la adhesión a las buenas maneras (adab) prescritas en la Ley revelada, tanto externa (zahir), como internamente (batin). Estas buenas maneras son divinas disposiciones (ajlaq ilaliyya). Aplícase también el término al cultivo de los nobles rasgos de carácter y al abandono de los triviales"(1).

Les contes ou anecdotes et la poésie étaient les genres littéraires qui ont mieux développé les pratiques et les enseignements des soufis. Les contes, bien qu'ils soient des très courts récits ils ont sous-jacent des vérités, des connaissances et des moralités. Les poèmes ont été également un véhicule important pour la transmission de la sagesse soufie.

Parmi les pratiques de des soufis on détache celles qui ont été pratiquées par des derviches. Ces mystiques faisaient des vœux de pauvreté et les rituels les plus expressifs étaient (et sont encore) la danse des derviches tourneurs et l'intonation de quelques expressions, des phrases, des chants sacrés et l’invocation des 99 noms d'Allah. La pratique de la danse avait une partie liée au corps et une autre liée à l'oralité à travers la récitation et les chants. Les deux permettaient l'accès à la transe, à l'extase, favorisant l'absorption de l'âme en Dieu. Dans cette étape, le soufi voit son propre cœur purifié, lui permettant de voir la face du Bien-Aimé, une théophanie par laquelle le mystique trouve le visage de la Beauté. Selon Leili Anvar : "Le stade ultime de la vision consiste à voir Dieu en toute chose, que toute chose regardée devienne objet de contemplation et signe de la présence divine, de son immanence en même temps que de transcendance"(2).

Il convient de noter que pour la tradition mystique islamique, le cœur est l'organe principal de la gnose, de la connaissance. D'autre part, la beauté mystique est accessible uniquement lorsque le cœur est pur. Beauté et Amour sont donc inséparables. Toutefois, le véritable Amoureux et la seule Beauté qui existent sont Dieu.

Dans la mystique soufie (surtout celle préconisée par Rumi), la création de l'univers était fondée sur l'amour. Selon quelques mystiques notamment pour Ibn Arabi il existe trois types d'amour : l'amour divin, l’amour de la créature pour son Créateur ; l’Amour Spirituel, où l'Amoureux et le Bien-Aimé sont un seul ; et l'Amour Naturel, celui qui vise à satisfaire les désirs. Cependant, le véritable amour est celui qui ne meurt jamais, même dans les pires adversités. En d'autres termes, on dira que le Soufisme est le chemin de l'amour ou du cœur. Amour, Beauté et Harmonie sont des mots-clefs dans le Soufisme. En outre, les poèmes soufis peuvent être considérés comme des hymnes dédiés à la Bien-Aimée transcendantale, dont la rose est la fleur élue pour exprimer la Beauté de la Bien-Aimée ou de Dieu. Selon Rumi(3):

El es la rosa, el prado,
el jardín y la fuente.
No hay ningún otro que El
en el jardín del mundo.

A propos de l'Amour et du rapport avec le Bien-Aimé, il y en a deux grands mystiques qui ont développé cette thématique dans leurs œuvres. Au XIIIe siècle, sont apparus deux grands sufis: un d’eux en Orient, en Perse - Djalal ad-Din ar-Rumi (1207-1273) ; l'autre en Occident, dans al-Andalus, à Murcie - Ibn Arabi (1165-1240). Grâce à leurs poèmes et à certains contes de la sagesse soufie, il est possible d'établir une "Science de l'Amour", où la connaissance se lie au corps et à la religion et dont l'Amour est la "science" qui fait tourner le monde.

Dans ce contexte, Rumi, considéré comme l'un des maîtres de la "Science de l'Amour", l’a diffusée à travers des poèmes et des contes mystiques et par la danse. Ibn Arabi, connu comme le "maître maximum", a saisi la sagesse sur l'Amour dans son Traité d’Amour.

Djalal ad-Din ar-Rumi, connu aussi par Mevlana, fut un grand mystique de l'Islam. Il a vécu au XIIIe siècle, en Asie Mineure (à Konya, en l’actuelle Turquie) et sa nature mystique se trouve essentiellement dans les odes ou "rubayat" et dans la danse des derviches. Selon Rumi dans l'un de ses poèmes(4):

Cuando brilla el Sol del espíritu,
Los sufíes danzan como partículas.
Dicen que Sema es un juego del diablo.
Sí, un diablo tan agradable
que da vida al alma.

L'importance de la poésie pour ce soufi est évidente dans un de ses poèmes où il éloge la plénitude de l'amour et le désir d'apprendre des chansons, des poèmes et des "rubayats"(5):

Mi corazón está tan lleno de tu amor,
que ha desaparecido todo lo demás.
Haz que olvide los libros, la ciencia y
moderación.
y la moderación.
Enséñame sólo canciones, poemas y
Rubayats.

A travers les chansons, les poèmes et la danse, les mystiques soufis atteignaient l’Extase Divin, la profonde intimité avec Dieu, celle qui libère l'homme de tous les obstacles qui pourraient empêcher le Bien-Aimé (suf) d’atteindre Dieu. En conséquence, les chansons, la poésie et la danse sont une sorte de stratégie spirituelle afin d'aboutir le plan divin :

"Entre esa "metodología espiritual" utilizada dentro de la tradición sufí, la audición de música y poemas místicos - el samá - ha ocupado un lugar muy importante a la hora de evocar o propiciar los estados interiores de encuentro o unión con la Divinidad. No en vano, la música - y la poesía - se ha manifestado siempre como un potente evocador de emociones, y la emoción - del latín emotio - significa (mover) en nuestro caso, (mover) hacia la Divinidad"(6).

Les contes de la sagesse soufie témoignent également l'importance de la musique et de la danse mystique des derviches. Toutefois, ces chansons, poèmes et danses mystiques n'ont pas toujours été bien acceptés dans les communautés, comme le confirment certains récits :

"Se cuenta también que el cadí Izzuddin se oponía a la danza y a la música, que inducen sentimientos místicos en el hombre. Cierto día, Maulana, inspirado profundamente por el éxtasis espiritual, salió de la madraza en el momento culminante de la música mística. Se acercó al cadí y le grito y le pidió que acudiera a la reunión en la que estaba alabando a Dios... Y el cadí se rasgo las vestiduras den éxtasis y se entrego como los demás al canto místico, y bailó dando vueltas y grito lleno de emoción; y acabó por convertirse en uno de los mejores discípulos de Maulana"(7).

Dans un autre conte, "La Cortesía", on fait également référence à des accusations qui ont été faites sur les rituels mystiques développés par Rumi et ses adeptes : "La gente solía acusar a Maulana de haberse desviado del Camino Recto en sus prácticas místicas, y muchos planteaban graves objeciones a las representaciones, a las canciones y a la música que se interpretaba en sus reuniones"(8).

Pour quelques-uns, ces rituels d'ascèse et d'extase pour atteindre le divin ont été considérés hétérodoxes et, en ce sens, un groupe d'érudits a décidé de tester la sagesse de Rumi à travers des différents examens portant sur plusieurs sujets : mathématiques, astronomie, philosophie, métaphysique, poésie, littérature, droit, logique, entre autres. Toutefois, ses réponses démontrent la grande sagesse et donc le niveau de connaissance de ce soufi : "Maulana pidió que le trajeran pluma y tintero, y escribió las respuestas a cada una de las preguntas, con tanta profundidad y extensión de conocimientos, dando todas las referencias necesarias, que cuando los que esperaban sus respuestas recibieron el documento que las contenía, se quedaron asombrados de su perfección y quedaron humillados por completo"(9).

Au cours de cet événement, Maulana attirait largement l’attention sur les caractéristiques de la "rubab", révélant l'importance de cet instrument musical sur la concentration des soufis, c'était un instrument fondamental pour aider les "amoureux" de la piété pour lesquels la musique contribuait à une ambiance ésotérique : "Y escribió al dorso de su larga respuesta una alabanza del rubab, como instrumento cuyo sonido y cuya música favorecía el ambiente esotérico, añadiendo que si lo hacía tocar era para ayudar a sus amigos místicos en el plano de la concentración; y dijo que se había dedicado a su vida de maestro para ayudar a su gente, y no por ningún otro motivo, pues ayudar a los demás era la tarea de los verdaderos "amantes de la piedad". Y recitó unos versos que dicen(10):

Sabes lo que canta el rubab?
Derrama lágrimas con el corazón palpitante!".

Après les mots du soufi, on lui a demandé le pardon et on a vérifié la grandeur de son âme et de sa sagesse. D'autre part, l'audience de chants mystiques et la danse étaient les moyens utilisés par les soufis pour atteindre l'extase. En même temps, ces rituels étaient une manière de connaître en Dieu une incarnation de l’Amour. Grâce à la musique et à la danse, le mystique "se trouvait" avec le Bien-Aimé (Dieu) ou, en d'autres termes, avec la Lumière, la Beauté, la Vie et la Réalité.

Le contact avec la musique mystique et la danse emmène le soufi à trouver la science de l'amour. Par leur achèvement il cherche à communiquer personnellement avec Dieu, exerçant en même temps, une méditation sur le Coran et les noms de Dieu. Selon les versets de Rumi, c'est un secret caché(11):

En las cadencias de la música hay un secreto escondido,
si te lo revelara, conmovería al mundo.

En conclusion, pour Rumi, les véritables amoureux étaient les amoureux de la danse et de la musique. Au-delàs de la thématique liée à la question de l'Unité, le thème principal de ce soufi est l'amour, parce que la demande de l'Unité et l'union avec le Bien-Aimé passent par le sentiment de l'amour. Comme l'indique Faustino Teixeira dans une interview à propos de la poésie de Rumi :

"O amor é a "doce loucura" que cura todas as enfermidades. E o amor que justifica o coração, e nele desperta o "perfume do Sedutor". O coração habituado pelo amor é capaz de reconhecer a beleza da diversidade, já que se torna capaz de acolher inúmeras formas. O coração purificado capta a dinâmica da generosidade divina, o abraço universal do Amado"(12).

Le rapport avec le Bien-Aimé et la connexion au coeur suppose "un amour ivre", enflammé, qui brule et qui incite l'amant à se donner complètement au Bien-Aimé. Dans son grand oeuvre intitulée Mathnawi, le mystique fait référence à cet amour qui brûle tout, à l'exception du Bien-Aimé(13):

O amor é a chave, que quando se incendeia,
Queima tudo, exceto o Eterno Amado.
Ele usa a espada do "não deus" para tudo eliminar,
a não ser Deus.
Olha cuidadosamente: após o "não deus", o que resta?
Permanece o "porém Deus"; o resto se foi.
Bravo, O grande Amor, incinerador de ídolos.

En ce qui concerne le grand mystique de l'al-Andalus, le soufi Ibn Arabi (XII-XIIIe siècles), une des œuvres qui reflètent le mieux les théories sur l'amour est le Traité d’Amour, écrit au XIIIe siècle, vers 1203-1240. Dans ce texte, l'auteur désigne essentiellement les différents types d'amour : spirituel, naturel et physique, en décrivant aussi les états et les qualités des vrais amoureux. Dans un des extraits, quelques versets d'amour se ressemblent aux chansons d'amour des troubadours galaico-portugais - l'amant lointain éventuellement contemple celle qui le laisse en veille permanente et dont le regard est un acte pertinent pour faire naître des sensations et des émotions(14):

Mon essence après elle se prend à soupirer
Et cependant mon œil ne l'a pas regardée,
Car s'il l'avait perçue, il serait devenu
La victime immolée de cette belle houri.
Mais au premier moment où je la contemplai
Je fus tout subjugué sous le coup du regard
Je dépensai ma nuit sous l'effet de son charme,
Tout éperdu d'amour jusqu'au matin...
O mon Dieu ! Quelle est cette âme qui fit ma conquête ?
C'est une beauté pénétrée de pudeur,
O parfaite splendeur de gracieuse gazelle ! ...
O toi, astre lunaire, dans la profonde nuit,
Viens donc et appréhende mon être tout entier !

Selon l'auteur, l'amour implique des états qui affectent les amoureux : "Le désir ardent d'amour (shwq), la domination amoureuse (gharâm), éperdu (hiyâm), la peine d'amour (kalaf), les pleurs (bakâ), la tristesse (huzn), la blessure d'amour (kabd) la consommation (dhubûl), la langueur (inkisâr) et d'autres états semblables propres aux amants qui les décrivent dans leurs vers et que j'exposerai en détail s'il plaît à Dieu"(15).

En outre, d'autres versets expriment aussi les plaintes à cause de la séparation. Malgré la distance, celui qui aime a toujours présent dans son imagination l'être aimé. Les versets de Ibn Arabi soulignent cette idéologie amoureuse et la fusion spirituelle en rapport avec la soumission au Bien-Aimé(16):

L'amant passionné, possédé par l'amour,
Est toujours à se plaindre
D'être séparé de l'aimé
Ou d'être éloigné de lui.
Loin de moi cet état !
Car dans l'imagination
Le bien-aimé demeure
Toujours en ma présence.
De moi il procède,
Il me compénètre,
Et reste en moi intimité.
Pourquoi alors dirais-je :
Que m'arrive-t-il ? Que m'arrive-t-il ?

Bien que dans la mystique soufie l'être aimé soit Dieu, l'idéologie est la même de l'amour humain: "l'amant demeure sous l'autorité de son aimé et perd son autonomie. Il reste tributaire des largesses et des ordres du Souverain maître de l'amour qui s'est emparé de son cœur"(17).

Le "Traité d’Amour" présente encore les différentes manifestations de l'amour :
Le regret (asaf), la nostalgie (walah), l'étonnement (baht), la stupéfaction (dahash), la perplexité (hayra), la jalousie (ghyra), le mutisme (kharas), la maladie (saqâm), l'émoi (qalaq), l'immobilité (jumûd), les pleurs (bakâ), la peine (tabrîh), l'insomnie (suhâd), et toutes celles que les amants ont chantés dans leurs poèmes(18).

Ibn Arabi souligne aussi les règles essentielles relatives à l'amour(19):

L'être occis,
démuni de raison,
dont la démarche est vers Dieu par Ses Noms,
mobile comme l'oiseau,
toujours en veille,
dissimulant son affliction,
aspirant à se dégager de ce bas monde pour rencontrer
son Bien-Aimé,...
soupirant vers Lui abondamment,
trouvant le repos dans le propos et le souvenir de son
Bien-Aimé par la récitation de Sa Parole,...
le cœur tout éperdu d’amour,
préférant le Bien-Aimé à toute autre compagnie,
s'effaçant sous l'effet d'une affirmation (de son Bien-Aimé),
se résignant parce que son Bien-Aimé le veut ainsi,
se compénétrant des attributs de l'Aimé,...
jaloux de lui-même pour son Bien-Aimé,
sous la sujétion de son amour à la mesure de son intelligence,
semblable à l'animal démuni de raison qui est innocenté des blessures qu'il porte,...
esclave dans la familiarité de celui qui l'asservit,...
il est réjoui et triste à la foi, qualifié par les contraires.

Dans l'amour soufi il existe également le désir bien qu'il soit d'un autre type : le désir pur est considéré comme une attraction divine à travers laquelle l'homme peut envisager le Beau (selon la théorie de l'amour platonique dans "Le Banquet" de Platon).

Le mythe préislamique qui reflète mieux ces sentiments est présent dans le désir et dans l'amour de Madjun par Laila, conduisant à la fusion de deux âmes à un état supérieur. L'extase visuelle, la contemplation de la beauté sont les objectifs primordiaux de cet amour :

Pour l'amant soufi, rien n'est pire, rien n'est plus insupportable que la séparation. Ne plus voir l'Aimé un jour, une minute, n'est pas concevable et rend fou. Alors que la séparation est vue par les amants occidentaux comme une alternance de temps nécessaire pour faire éclater la joie des retrouvailles...

Car le but de l'amour courtois est un accomplissement du Moi dans l'amour, alors que celui de l'amour soufi vise la dissolution du Moi dans ce même amour. Les deux se gagnent également avec beaucoup d'efforts(20).

Selon Ibn Arabi (dans son œuvre "Tuhfat al-Safrah Ila Hadrat al-Bararah" La joya del viaje a la presencia de los Santos) à propos de l'union mystique il y en a deux types d'union : l'union où le serviteur (amant) découvre la beauté du Vrai et reste extasié en Lui ; et l'union où on se détache de nous-mêmes pour rester en face de Dieu pour que lui soit comme Lui(21). Pour ce soufi, la seule essence est l'unité de l'amour(22):

Tal es la situación si bien lo entiendes:
Si eres El, entonces eres tú…
Pues sólo a sí mismo el amante ama,
ya que todo eres Tú, todo eres Tú.

En conclusion, c'est Ibn Arabi qui a établi la synthèse du mysticisme islamique à travers son caractère œcuménique qu'on trouve essentiellement dans le poème la "Religion de l'Amour", avec un extrait duquel on termine cet article(23):

Mon cœur est devenu capable
D'accueillir toute forme.
Il est pâturage pour gazelles
Et abbaye pour moines !
Il est un temple pour idoles
Et la Ka'ba pour qui en fait le tour,
Il est les Tables de la Thora
Et aussi les feuillets du Coran !
La religion que je professe
Est celle de l'Amour.
Partout où ses montures se tournent
L'amour est ma religion et ma foi !.

Notes :
1 - Muyiddin ibn Arabi : Mujam, introd. y ed. de Bassam Abd al-Wahhab al-Jabi, Dar al-Imam Muslim, Beirut 1990.
2 - Leili Anvar : "Si vos oreilles deviennent des yeux - la vision mystique en islam", in Religion et Histoire, Nº 26, mai-juin, 2009, p. 51.
3 - Hossein M. Elahi Ghomshei: "La Metafísica y la Estética en el Sufismo", in http://www.webislam.com/idt=11839 (2009).
4 - Rumi: Locos de Amor, Las 4 Fuentes Editorial, Madrid 1997, p. 73.
5 - Ibid, p. 87.
6 - Grian et Eduardo Paniagua: Rumi et Ibn Arabí - Oriente et Occidente Siglo XIII, col. "Poesía y Música 1 - La Ciencia del Amor" (contiene CD), Pneuma-Almuzara, Córdova 2005, p. 17.
7 - Idries Sham (trad.): "La Danza Mística", in Los Cien Cuentos de la Sabiduría Sufí, 2ª ed., Arca de Sabiduría, Madrid 2006, p. 54.
8 - Idem, "La Cortesía", p. 118.
9 - Idem, "Lo Visible", p. 141.
10 - Idem, "Lo Visible y lo Oculto", p. 141.
11 - Rumi, in G. Grian et Eduardo Paniagua, op. cit., p. 7.
12 - "Rûmi é o Poeta da Dança e da Unidade", Entrevista a Faustino Teixeira, in Revista do Instituto Humanitas Unisinos, Edição 221 de 2007, S. Leopoldo.
13 - Cf. Rumi: Mathnawi, V 586-590, in "Rûmi no Contexto da Mística e da Tradição Islâmica", Entrevista a William Chittick, op. cit., p. 26.
14 - Ibn Arabi : Traité de l’Amour, introd. trad. et notes par Maurice Gloton, col. "Spiritualités Vivantes", Albin Michel, Paris 1986, pp. 45-46.
15 - Idem, p. 125.
16 - Idem, p. 131.
17 - Idem, p. 132.
18 - Idem, p. 150.
19 - Idem, pp. 177-179.
20 - Sandrine Alexie (juillet 2001) : "Amour Courtois vs Amour Soufi".
21 - Cf. Ibn Arabi: La joya del viaje a la presencia de los Santos, introd. y trad. de Mahomed Reda, col. Ibn Arabi, Editora Regional de Murcia, Murcia 1990.
22 - Pablo Beneito (trad. ed. y notas): El lenguaje de las alusiones: amor, compasión y belleza en el sufismo de Ibn Arabi, col. "Ibn Arabi, 8", Editora Regional de Murcia, Murcia 2005, p. 158-159.
23 - Ibn Arabi : L’interprète des désirs, présentation et traduction de Maurice Gloton, col. "Spiritualités Vivantes", Albin Michel, Paris 1996, pp. 117-118.
Références :
1 - "Rûmi é o Poeta da Dança e da Unidade", Entrevista a Faustino Teixeira, in Revista do Instituto Humanitas Unisinos, Edição 221 de 2007, S. Leopoldo.
2 - Alexie, Sandrine : Amour Courtois vs Amour Soufi, 2001.
3 - Anvar, Leili : "Si vos oreilles deviennent des yeux, la vision mystique en islam", in Religion et Histoire, Nº 26, mai-juin, 2009.
4 - Beneito, Pablo: El lenguaje de las alusiones: amor, compasión y belleza en el sufismo de Ibn Arabi, col. "Ibn Arabi, 8", Editora Regional de Murcia, Murcia 2005.
5 - Ghomshei, Hossein M. Elahi: La Metafísica y la Estética en el Sufismo.
6 - Grian et Eduardo Paniagua: Rumi et Ibn Arabí, Oriente et Occidente Siglo XIII, col. "Poesía y Música 1, La Ciencia del Amor" (contiene CD), Pneuma-Almuzara, Córdova 2005.
7 - Ibn Arabi, Muhyiddin : L’interprète des désirs, présentation et traduction de Maurice Gloton, col. "Spiritualités Vivantes", Albin Michel, Paris 1996.
8 - Ibn Arabi, Muhyiddin : Mu‘jam istilahat as-sufiyya, introd. y ed. de Bassam Abd al-Wahhab al-Jabi, Dar al-Imam Muslim, Beirut 1990.
9 - Ibn Arabi, Muhyiddin : Traité de l’Amour, introd. trad. et notes par Maurice Gloton, col. "Spiritualités Vivantes", Albin Michel, Paris 1986.
10 - Ibn Arabi, Muhyiddin: La joya del viaje a la presencia de los Santos, introd. y trad. de Mohamed Reda, Editora Regional de Murcia, Murcia 1990.
11 - Rumi: Locos de Amor, Las 4 Fuentes Editorial, Madrid 1997.
12 - Sham, Idries: "La Danza Mística", in Los Cien Cuentos de la Sabiduría Sufí, 2ª ed., Arca de Sabiduría, Madrid 2006.
Pour citer l'article :

* Dr Natália Maria Lopes Nunes : La science de l’amour dans les poèmes et les contes soufis, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 11, 2011. http://annales.univ-mosta.dz

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