Le personnage hybride dans les romans de Fouad Laroui

Dr Ahmed Bouftouh
Université SMBA de Fès, Maroc

Résumé :

Le présent article a pour but de voir de près comment Fouad Laroui, l’écrivain marocain d’expression française dont l’écriture est marquée par le sceau de l’interculturalité, met en texte des personnages hybrides. L’étude de "Méfiez-vous des parachutistes" découvre l’habileté de Fouad Laroui qui apporte un éclairage intéressant sur certains traits de l’identité qui se heurtent à des obstacles à la suite de l’évolution de ces personnages dans leur société d’origine. L’examen de l’intrigue si fascinante de "Les tribulations du dernier Sijilmassi" porte sur l’empreinte de l’Autre chez les êtres hybrides.

Mots-clés :

interculturalité, personnages hybrides, obstacles, identité, l’Autre.

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The hybrid character in Fouad Laroui's novels

Dr Ahmed Bouftouh
SMBA University of Fez, Morocco

Abstract:

The purpose of this article is to take a closer look at how Fouad Laroui, the French-speaking Moroccan writer whose writing bears the stamp of interculturality, puts hybrid characters into text. The study of "Méfiez-vous des parachutistes" discovers the skill of Fouad Laroui who sheds an interesting light on certain identity traits which come up against obstacles following the evolution of these characters in their home society. To examine the intriguing plot of "Les tribulations du dernier Sijilmassi" relates to the imprint of the Other in hybrid beings.

Keywords:

interculturality, hybrid characters, obstacles, identity, the Other.

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Texte :

Introduction :

Sur une période de vingt ans, Fouad Laroui a écrit une dizaine de romans. De "Les dents du topographe" (1996) à "L’insoumise de la Porte de Flandre" (2016), cet écrivain, dont les travaux sont salués plusieurs fois, fait de l’interculturalité l’une de ses thématiques privilégiées. Mettre en texte des personnages hybrides est l’un des aspects de cette interculturalité.

Dans l’œuvre romanesque de Fouad Laroui, les sujets hybrides, résultat de "la transition d’une culture à une autre"(1), sont légion. Dans le cadre de cet article, nous nous focalisons sur "Méfiez-vous des parachutistes" et "Les tribulations du dernier Sijilmassi". Les deux romans relatent respectivement les parcours de Machin et Adam Sijilmassi, deux ingénieurs marocains qui, après avoir mené des études en France, reviennent au bled, élisent domicile à Casablanca et pratiquent l’ingénierie dans la Société des bitumes du Tadla. Pour Machin, ce sont les quelques mois de sa vie, en tant que personnage empêché de vivre tout seul, qui marquent le récit. Pour Adam, est mise en texte son entreprise de se débarrasser du mode de vie occidental pour vivre à la façon de ses ancêtres.

Quelles sont les composantes identitaires du sujet hybride qui pourraient être sujettes à des obstacles émanant de sa société d’origine ? Quels effets ces obstacles ont-ils sur lui ? Quels éléments de la marque de l’Autre sont-ils susceptibles d’être l’objet d’un renoncement de l’être hybride ? Ce dernier peut-il se défaire, une fois pour toutes, de cette marque ? C’est à ces interrogations que nous allons répondre en prenant pour point de mire les deux personnages de Machin et Adam Sijilmassi dont les identités sont bâties à la suite de leur nomadisme tant culturel que spatial : dès leur prime enfance, ils ont fréquenté l’école française, ils y ont fait leurs études primaires, collégiales et secondaires ; après quoi, nous venons de le dire, ils ont suivi une formation en ingénierie à l’Hexagone, puis ils sont de retour au Maroc.

Qui dit interculturalité dit des valeurs, des représentations, des manières de faire différentes, donc des normes différentes. C’est pourquoi nous allons nous appuyer sur l’apport théorique qu’a développé Philippe Hamon dans "Texte et idéologie" (1984). Ce dernier, tout en visant quatre plans de médiation (le savoir-dire, le savoir-jouir, le savoir-vivre, le savoir-faire), considère l’évaluation comme étant l’appareil normatif par excellence. Egalement, la théorie des chronotopes de Mikhaïl Bakhtine nous sera d’une utilité non négligeable quant à l’examen du temps et de l’espace dans le corpus retenu.

1 - Machin et Bouazza :

Dans l’incipit de "Méfiez-vous des parachutistes", nous lisons : "Un jour, alors que je me promenais, un parachutiste s’abattit sur moi... C’est ce qu’on appelle à proprement parler le hasard : la rencontre de deux séries indépendantes"(2). Il s’agit, dans ce passage, de la rencontre du parachutiste Bouazza, l’homme qui incarne la tradition marocaine et s’attache obstinément au style de vie communautaire, et l’ingénieur Machin(3) qui déclare "être quelques part entre Rien et Tout" et nourrit le désir de vivre en tant qu’"un homme sans importance collective, tout juste un individu"(4).

En traitant de l’origine de l’individualisme en Occident, Louis Dumont oppose l’"individu-hors-du-monde" du début de l’ère chrétienne et l’"individu-dans-le monde" qui a vu le jour à la Renaissance. Le premier désigne le barbare, l’arriéré qui ne fait pas partie de la communauté. Le second renvoie à l’individu comme une valeur, comme un choix de vivre parmi et à l’écart des membres de la société(5). C’est en pleine conformité avec la deuxième acception que l’ingénieur Machin aspire à exister.

En plus de son caractère hasardeux, la rencontre des deux personnages s’imprègne d’une tonalité pathétique. Bouazza qui donne un spectacle pour Havelange, rate son but et tombe sur Machin. A la suite de cette collision, il "avait la tête entre les mains et pleurait à chaudes larmes"(6), ce qui anticipe la compassion de l’ingénieur qui l’accueille pour quelques jours.

Cependant, Bouazza élit domicile coûte que coûte chez Machin. De ce fait, la route permet à ces deux personnages, dont les modes de vie sont antinomiques, de se confronter, ce qui correspond parfaitement au propos de Bakhtine qui affirme que "(dans la route) peuvent naître toutes sortes de contrastes, se heurter... diverses destinées"(7).

Ce qui marque le rapport de Machin et Bouazza, c’est l’abondance des situations où ce dernier s’impose en personnage-évaluateur qui juge de la valeur des aspects langagier, vestimentaire, gastronomique de l’identité de l’ingénieur et de son mode d’habitation.

La prise de position de Bouazza vis-à-vis du moyen langagier de Machin place son hybridité sous le signe du refus, un refus qui trouve son origine dans la tendance du parachutiste à "séparer l’identité – caractère de ce qui est dans l’ordre du même - de l’Altérité - conscience de la relation aux autres considérés dans leur différence - (et à) construire l’identité sur le socle de la différenciation et de l’éloignement de l’Altérité"(8).

Bouazza considère même la compétence langagière de l’ingénieur comme une hérésie : "(Bouazza) pousse jusqu’à se demander à voix haute si mon obstination à parler français ne constitue pas une manière de blasphème contre cette génitrice qu’on ne voit oncques"(9). Face à la négativité sous laquelle le savoir-dire de l’ingénieur est placé, celui-ci, en colère, s’évertue à démontrer que l’énoncé normatif qui sous-tend les dires de l’indésirable Bouazza manque de fiabilité. Ainsi, il produit un discours qui, sur le plan pragmatique, fait appel à la raison de l’intrus, mais en vain, puisqu’au sédentarisme spatial de ce dernier s’ajoute un sédentarisme identitaire. Nous disons ceci dans la mesure où il développe une identité dont les contours sont dessinés sous le prisme de "l’unicité des référents culturels et identitaires"(10) et, partant, fait sienne la norme évaluante suivante : un Marocain doit nécessairement avoir la langue arabe pour langue maternelle. Le discours justificatif dont il est question, intitulé "L’individu et son langage", s’étend sur plusieurs pages. En voici l’essentiel :
- Sa mère, qui est censée lui apprendre l’arabe, mobilise "une ratatouille de mots arabes, berbères, français, plus quelques mots de l’espagnol"(11).
- Il a fait ses études dans des établissements français où l’arabe n’a pas droit de cité : "Nichant dans l’internat du lycée Lyautey avec des Thierry, des Pascal et des Jean-Pierre..., je rivalisais d’ardeur avec mes petits camarades dans l’invention verbale et le néologisme marrant"(12). Hors de l’établissement, il dévore des classiques français et n’utilise guère l’arabe. Même quand il rend visite à sa tante à Casablanca, il fait preuve d’une méconnaissance du parler arabe : "je répondais "oui" à toutes les questions que par politesse ils me posaient et que bien entendu je ne comprenais pas"(13).
- S’il est admis que c’est dans la langue maternelle que s’expriment les sentiments, le français ne doit pas être perçu chez lui en tant que langue étrangère : "D’où l’on conclut que si l’émotion appelle en moi Mallarmé ou Leconte de Lisle, alors le français est ma langue maternelle"(14).

En dépit du statut que la langue arabe occupe chez Machin, son incapacité de la maîtriser constitue un obstacle qui entrave la réalisation d’une hybridité achevée. De la sorte, parler devient synonyme de souffrir, ce qui fait de lui un personnage hybride dont "le rapport à la langue est marqué par le sceau du regret et de la complainte"(15): "Aurais-tu compris Bouazza que je n’ai pas de langue maternelle, que c’est une blessure béante"(16).

D’après Alain Finkielkraut, "(l’homme) n’est pas maître de sens. Le sens passe à travers lui. Sa subjectivité est seconde. Il est issu d’une source qui le précède et le transcende. Il vient après, il suit"(17). Si nous nous en tenons à ce propos, le sens qui traverse le parachutiste a pour origine une société marocaine qui voit le monde sous l’angle de la conformité aux traditions. Ainsi, il juge inconvenant tout ce qui ne cadre pas avec les habitudes vestimentaires et culinaires ancrées dans cette société.

Pour ce qui est du vestimentaire, l’intrus voit que le port du costume européen, habit que l’ingénieur privilégie, n’est plus commode à certaines circonstances. De la sorte, il le disqualifie tout en valorisant le port de la djellaba, pris pour norme : "J’ai vérifié, tu sais. Que des costumes à l’européenne dans ta penderie. Tsss... tsss..., suppose que le Grand Patron en personne (clignement complice à l’œil) t’invite en son palais de Marrakech, à l’occasion d’une cérémonie ou d’une fête. Et tu n’as pas de djellaba. Catastrophe ? Tu y vas comment ?"(18).

Les choix gastronomiques de Machin sont également vivement contrariés. Les plats traditionnels marocains sont d’importants constituants de l’identité de Bouazza ; c’est pourquoi il passe le clair de son temps à pratiquer un art où il excelle : cuisiner. De ce fait, l’ingénieur le voit souvent qui "plume, touille, mitonne, réchauffe, grille, brûle"(19). Les mets préparés sont divers : rghaïfs, couscous d’orge aux fèves sèches, salade de pois chiches au cumin et zaalouk d’aubergines, épaule d’agneau au safran et au paprika, tajine de poulet au citron ou aux amandes, tagine d’agneau à la courge et au miel, sardines à la tchermula, etc.

Il nous paraît que la relation du savoir-faire gastronomique de l’intrus n’est pas faite dans un souci documentaire, ethnographique. Plutôt, elle donne lieu à deux modes culinaires opposés, celui de Bouazza et celui de l’ingénieur qui aime boire Coca-Cola ou Orangina, consomme des plats pré-cuisinés à réchauffer aux micro-ondes. De la sorte, le culinaire permet d’opposer deux façons d’être et, par conséquent, participe à l’engendrement des évaluations. Faisant de son manger un programme-étalon, Bouazza frappe d’un signe négatif le manger d’Adam. Quant à ce dernier, aucun parallèle entre les nouveaux et les anciens repas n’est mentionné, puisqu’il se contente de "(s)’emplir la panse"(20).

Le personnage de Bouazza ne cesse de suggérer à l’ingénieur de se comporter comme solidaire et inséparable de son entourage. L’observation du plan sémantique de l’acte de parole de Bouazza prouve la disqualification qui touche, outre les codes linguistique, vestimentaire et culinaire de l’ingénieur, son mode d’habitation. Fortement enraciné dans un moule identitaire où l’individualisme n’a pas droit de cité, l’intrus profite de toutes les occasions pour inciter l’ingénieur à vivre en communauté. Toutefois, celui-ci se sent dérangé non seulement par la présence permanente de Bouazza, mais aussi par l’intrusion des voisins qui, invités par ce dernier, se plaisent à passer de longues heures à jouer aux cartes et à manger de succulents plats.

D’ailleurs, nous l’avons signalé, les difficultés qu’endure Machin, en tant qu’un être soucieux de vivre en "singleton"(21), constituent l’ossature du récit dans "Méfies-vous des parachutistes". De la sorte, dans ce roman, la fonction de l’immeuble où l’ingénieur habite se croise avec celle que lui assigne la mise en texte zolienne en ce qu’il permet d’"écraser l’homme par son milieu, (de) le priver de toute liberté"(22).

Les commentaires évaluatifs où l’ingénieur disqualifie la norme-programme "cohabitation" ne manquent pas. En voici un exemple où il saisit l’occasion pour intimider l’intrus : "Bouazza, je voudrais t’apprendre un mot. Que penses-tu de celui-ci : individu. L’individu, vocable noble et altier. Mais tu vois : ce mot n’existe pas dans ton vocabulaire... Tu es comme l’homme des foules qui court dans les rues à la recherche d’attroupements... Le rassemblement des corps, empêchement à l’émergence du mar"(23).

Machin considère toute tentative de partager son intimité comme atteinte à son identité. Cependant, un seul personnage fait exception, c’est Yto, une jeune fille qu’il considère comme un autre Même : "Je voudrais entrer dans l’univers de cette jeune fille et n’y faire plus qu’un avec elle"(24). Ce personnage est introduit dans l’univers intime de l’ingénieur après la rencontre hasardeuse d’un gendarme. Ils se sont rencontrés au moment où l’ingénieur est de retour au Maroc. Quoique la durée de la rencontre soit brève, ce gendarme, un ami d’enfance, ne manque pas de lui proposer de lui envoyer sa sœur Yto pour lui servir d’aide-ménagère, ce qu’il fait. L’arrivée d’Yto permet de mettre l’accent sur un autre trait du protagoniste, celui d’un être amoureux, ce qui introduit dans le roman le chronotope de l’idylle amoureuse(25). Néanmoins, il est vite détruit, vu que le frère d’Yto vient la chercher trois semaines après.

Trois personnages s’ingèrent d’une manière active dans le quotidien de Machin et le mettent sous l’effet d’un grand malaise : Bouazza et les voisines que sont Nour et sa mère. Après s’être débarrassé de celles-ci, l’ingénieur s’efforce à mettre fin à la présence du parachutiste qui ne veut pas décamper : "Non, c’est au-dessus de mes forces. Voir ce type chaque matin, chaque soir... Ses reniflements, ses rots... Non, trop de bad blood entre nous"(26). Doit-il s’exiler ou changer de logement ? De ces deux solutions, il choisit la deuxième : "Inutile de m’exiler au loin. La moindre bicoque sans Bouazza, c’est déjà l’Eden"(27). Cependant, l’indésirable s’accroche vigoureusement à lui. Après quoi il renonce à l’idée du déménagement et se contente de la chambre du fond. De même, cette solution ne présage rien de bon, il se sent toujours mal à l’aise. Seul un remède lui permet de vivre en toute tranquillité : mettre un terme à une volonté ardemment contrariée en acceptant de vivre avec Bouazza. Ce court extrait qui clôt le roman nous en renseigne : "Et soudain je sais ce qu’il me reste à faire. Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? C’est la seule solution. Elle crève les yeux. Il faut aimer Bouazza"(28).

2 - De Casablanca à Azemmour :

Les pages liminaires de "Les tribulations du dernier Sijilmassi" présentent le personnage d’Adam qui ne cesse de louer la vie de ses ancêtres les Sijilmassi, surtout celle de son grand-père le hadj Maati et son père Abdeljebbar qui était paisible, lente et meublée de lectures passionnantes ; lui qui, des années durant, vivait à l’occidentale.

Pour quelqu’un qui vit l’expérience du déracinement, l’une des manières pour revenir à ses origines est de faire appel aux souvenirs(29). Or, le retour aux origines par le biais de la mémoire n’est pas ce qui tente le plus Adam. Il entreprend d’accomplir un changement important dans son parcours de vie : quitter un monde voué à une vitesse effrénée et embrasser un autre régulé par la lenteur, celui de ses ancêtres, tout ceci en sacrifiant sa carrière d’ingénieur dynamique. La décision de l’ingénieur se produit d’une manière immédiate, ce qu'incarne le sémantisme du terme "épiphanie" : "Donc, il était plein, l’avion, mais la question n’est pas là. Il ne s’agit pas de gens que j’ai vus ou pas vus... il s’agit d’une expérience... enfin, d’une... (Allons-y, les grands mots ; je sais que je vais être ridicule)... d’une épiphanie"(30). Se réalise par la suite ce que nous appelons, en reprenant les termes de Bakhtine, un "infléchissement d’une vie entière"(31): Adam quitte Casablanca et voyage vers la ville d’Azemmour(32) là où il aspire à jouir d’une vie à la traditionnelle.

Avant de tirer au clair les conséquences de ce voyage, nous nous concentrons d’abord sur l’évolution d’Adam à Casablanca lors des premiers instants et jours de sa métamorphose et sur les évaluations émises à cette occasion.

D’après l’apport théorique de Philippe Hamon, nous pouvons traduire le changement auquel procède Adam Sijilmassi en un changement de programme-norme. Pour reprendre le même Hamon, la norme, pour subsister, a besoin de garants(33). En ce sens, l’ingénieur ne veut plus être le garant d’une vie soumise au culte de la vitesse, trait identitaire qui installe chez lui la marque de l’Occident. Au contraire, il valorise son identité d’origine où règne la lenteur.

Dès que l’avion à bord duquel le nouveau programme-norme voit le jour atterrit à l’aéroport de Casablanca, l’ingénieur passe à l’acte et décide de parcourir à pieds toute la distance qui le sépare du centre-ville là où il réside. Selon lui, une telle démarche est adéquate à son projet : "Après avoir descendu une langue rampe, et ainsi quitté l’aéroport, il s’engagea sur le bord de la route, traînant sa valise à roulettes, et atteignit bientôt sa vitesse de croisière : quatre kilomètres par heure. Pendant sept millions d’années, aucun homo, ni erectus ni sapiens, n’avait longtemps dépassé cette allure : au regard des millénaires, il était dans la norme"(34).

Les passants trouvent le fait qu’un homme, habillé en costume, arborant une cravate, traînant une valise à roulettes, n’emprunte aucun moyen de transport est hors-norme. Certains, en lui proposant de monter à bord de leurs véhicules, tentent d’interpréter, chacun à sa manière, la bizarrerie par laquelle ils sont frappés : "Tu es un émigré, hein ? Tu habites en Europe ? Pauv’gars. Laisse-moi éclairer ta lanterne. On ne va pas à pied à Casa. C’est impossible"(35), "Je te répète que c’est un type bizarre"(36), "je vous déconseille de marcher le long de la route... on n’est pas aux States"(37). D’autres le rangent dans la catégorie des familles de renom. A titre illustratif, voici comment un certain Kettani explique à son fils ce qu’ils ont sous les yeux : "un homme qui marche le long de la route, en costume-cravate, traînant une valise à roulettes toute neuve... ce n’est pas un blédard... Par conséquent, c’est un des nôtres. Qui sait ? Peut-être même un Kettani"(38).

Devant le nombre de curieux qui va croissant, Adam monte au bord d’une carriole. Ce véhicule arrivé à un poste de gendarmerie, un gendarme lui propose de l’emmener dans sa Jeep à Casablanca. Adam accepte, mais à condition que cette voiture ne dépasse pas les 50km/h, ce qui est une pure fidélité au rythme de vie de ses ancêtres. Les commentaires des gens qui repèrent l’"anomalie" du comportement d’Adam, tout en mettant ce dernier face aux premières difficultés, invitent au rire. D’ailleurs, par le truchement du rire, Fouad Laroui dédramatise les nombreuses situations que regorge son œuvre romanesque et où des sujets hybrides entrent en conflit avec eux-mêmes et/ou avec les autres.

Car les nombreux déplacements à travers les avions font en sorte que son corps se meuve "à une vitesse supersonique"(39), Adam démissionne de son emploi. Cependant, pour mettre à bien son "grand projet de ralentissement"(40), la seule démission ne lui suffit pas. Il passe donc au pas suivant : effectuer des changements au niveau culinaire : "ce n’était pas en mangeant des pizzas arrosées de chianti qu’il allait faire retour à ses ancêtres"(41). Ses faires, accompagnés de critiques virulentes à l’encontre du manger occidental, lui coûtent le départ de sa femme Naïma. Cette réaction trouve sa justification également dans le fait qu’Adam transgresse la norme qui consiste à vivre à la façon des autres ingénieurs, ce que condense le paradigme "normal" dans ces mots que lui adresse son épouse : "Va, va t’installer dans un studio comme un zoufri. Quand tu seras normal, tu sais où me trouver : chez maman"(42).

Le temps qu’Adam installe les premiers changements dans son quotidien, l’horizon d’attente que nous avons construit est celui d’un personnage émetteur d’un langage hédonique positif. Cependant, l’ingénieur est sous l’effet d’un déplaisir manifeste, car Casablanca s’avère, pour lui, un espace de "représentations". Par "représentations", il désigne l’ensemble des idées se concrétisant en des habitudes et des façons de faire qui meublent la vie à Casablanca et connotent une vie réussie conformément au modèle en vogue dans cette ville : "J’ai vu... des représentations... Je ne vois plus le monde (le monde de mon père, de mon grand-père, le hadj Maati, digne vieillard)... Mais lui-même, Anas Kettani, arroseur arrosé, vit dans un monde de représentations... La 4×4 rutilante : autre nom de la réussite"(43). L’idée est que ces représentations rendent insaisissable l’objectif d’Adam. Il prend alors la décision de quitter les lieux et se dirige vers Azemmour.

Les figures du voyage qui prennent forme dans les treizième, quatorzième et quinzième chapitres, cumulent deux fonctions : primo, elles servent de ligne de démarcation entre deux mondes figuratifs distincts : celui de l’Autre à Casablanca qui, de par le culte de la vitesse qui le régit, tient à l’Occident, et celui du Même à Azemmour qui est soumis à la norme de la lenteur. Secundo, elles représentent le cheminement spatial qui aide Adam à apaiser une âme aux prises avec une vie effrénée, ce qui confère au voyage un caractère libérateur.

En plus de son caractère libérateur, le voyage d’Adam vers la ville d’Azemmour s’avère aussi métaphorique et initiatique. Il est métaphorique parce qu’il symbolise un déplacement dans le temps ; d’abord vers la période des père et grand-père à travers la tentative de ressusciter une forme de vie révolue ; ensuite vers une ère lointaine, celle où "les Arabes savaient penser"(44), et ce moyennant la lecture des manuscrits retrouvés dans le riad des Sijilmassi. Il est initiatique parce qu’il est sensé, selon Adam, lui apprendre de penser et de vivre autrement.

Arrivé à destination, Adam trouve dans le riad Nanna, une vieille femme, veuve de son oncle, et une petite orpheline qui se prénomme Khadija. Ce déplacement fait en sorte que l’ingénieur mène une vie qui pourrait, nous semble-t-il, se traduire dans les termes de Bakhtine comme une idylle de la famille : "Il pensa à son grand-père le hadj Maati, digne vieillard assis, immobile, dans le patio de sa demeure, qui occupait ses jours et consumait ses nuits à compulser d’augustes traités... Adam se rendit compte que son grand-père n’avait jamais dépassé la vitesse du cheval lancé au galop dans la plaine de Doukkala"(45).

Certes Adam est déterminé à vivre à la traditionnelle, mais il n’entreprend pas de travailler dans les champs pour reprendre à la lettre la vie de ses aïeux, il veut en tirer ce qui fait son bonheur : son rythme lent, ce qui se réalise dans les premiers jours de son aventure et donne au chronotope de l’idylle la valeur d’un espace-temps de détente : "La vraie vie est ici... la vie est là / Simple et tranquille... On se nourrit peu, mais saintement, de légumes cueillis au potager, de fruits pris sur l’arbre, de lait, de dattes. On ne craint pas de rester immobile, des heures durant. On consume ses heures en d’austères études, comme le hadj Maati"(46).

Néanmoins, deux obstacles entravent l’entreprise d’Adam, d’abord les pratiques superstitieuses des habitants d’Azemmour. Une fois au courant de l’arrivée du dernier Sijilmassi, ceux-ci affluent vers le riad, car ils croient que la baraka des Sijilmassi est de retour. En outre, ils n’hésitent pas à prendre Adam pour un saint et l’eau puisée chez les Sijilmassi pour miraculeuse. Face à cette circonstance, le protagoniste se trouve dépassé : "Ce Maroc ! Je suis venu chercher le calme, je me retrouve dans des intrigues à n’en plus finir"(47). Par conséquent, il s’isole et n’entre plus en communion avec la nature. Seul son regard à travers le patio du riad lui permet d’embrasser le ciel : "on pouvait lever les yeux, dans le patio, et il n’y a avait plus, alors, que ce grand carré d’azur qui délivrait l’âme de l’enfermement"(48). Ainsi, d’après la théorie des chronotopes de Bakhtine, il est question d’une "idylle détruite"(49), quelques jours après son apparition.

Etant convaincu que la langue française est l’incarnation d’une vie à l’occidentale qu’il juge insupportable, Adam tente de s’en défaire une fois pour toutes. Or, sa tentative s’avère vaine, puisqu’il est atteint d’incipitopathie(50). Pour faire face à ce deuxième obstacle, il décide de se détricoter, et ce en lisant des livres écrits en arabe : "Il allait, comment dire ?... se détricoter. Vider sa tête... ou, plutôt soigner sa tête, atteinte d’incipitopathie..., et pour ce faire, pour effectuer ce détricotage, il fallait emplir sa tête d’autre chose, d’une autre grille de mots, plus humaine, plus naturelle... plus lente... et ce serait précisément celle qui accompagna toute sa vie le hadj Maati, son grand-père, et Si Abdeljebbar, son propre père... Pour commencer, il lui fallait se plonger dans leur langue, lire leurs livres, avoir leurs références"(51).

Lire des livres dans la langue arabe fait du riad un lieu de résistance mémorielle. Par résistance mémorielle, nous entendons la contribution de cet espace à lier le parcours du protagoniste avec un passé lointain, et, partant, révéler de nombreuses réalités étonnantes. Nous en citons deux : (i) il apprend qu’Ibn Tofail et Ibn Rochd prêchent l’usage de la raison, ce qui le mène à reprocher aux Occidentaux d’attribuer l’esprit rationaliste à eux seuls, (ii) il se rend compte, en compulsant "Hayy Ibn Yaqzân" d’Ibn Tofail, que cet érudit arabe prône la dissection, ce qui convoque chez lui le souvenir de son professeur de sciences naturelles au lycée Lyautey, monsieur Castellani, qui, en parlant de ce sujet, ne cite plus les contributions des Arabes. Cette deuxième découverte fait en sorte qu’Adam s’imagine en train de contrecarrer les propos du professeur : "Mais, monsieur... (il brandit le livre et s’agita énergiquement). Voici un roman philosophique écrit au XIIe siècle, en arabe, et dans lequel l’auteur met la dissection à la base de toute connaissance... L’observation, les expériences, la science empirique... Tout cela se trouvait préconisé, glorifié dans le petit livre d’Ibn Tofail, plusieurs siècles avant votre Vésale belgo-suisse"(52).

Il est vrai que les lectures accomplies procurent un sentiment d’enthousiasme chez d’Adam "il était dans un état d’exaltation qu’il n’avait pas connu depuis longtemps"(53), mais il reste incapable de penser sans véhiculer la nomenclature de la langue française. De nombreuses scènes illustrent cette imperfection. Nous en citons quatre :
- Ne voulant pas rencontrer deux visiteurs, Adam demande à la vieille Nanna d’"envoyer paître"(54) le premier et d’"envoyer brouter"(55) le deuxième.
- En s’entretenant avec l’inspecteur Basri, Adam parle du Makhzen en ayant recours à une expression déjà utilisée par Jean Cocteau : "Ça me rappelle plutôt la phrase de Cocteau : "Ces événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs" N’est-ce pas là l’attitude constante du Makhzen ?"(56).
- Œuvrant pour l’alphabétisation de Khadija, Adam opte pour l’alphabet français et non pas pour les lettres arabes.
- Refusant une offre de deux policiers qui, en contrepartie, lui demandent d’agir pour le bien du Makhzen, Adam leur fait remarquer qu’ils ont tort de le comparer aux ignorants qu’ils manipulent facilement. Pour le dire, il use d’une expression en français : "on ne mélange pas les torchons et les serviettes"(57). Pour les intimider, il se vante d’avoir lu Montaigne et Voltaire.

L’inévitable retour à la langue française qui, selon Adam, connote le culte de la vitesse, le met sous ébranlement affectif : "Bien sûr, il employa d’autres mots, en arabe dialectal, mais "paître" et "brouter" le rendirent triste"(58). Après tant d’incidents, il se rend à l’évidence de l’échec de "l’ablation linguistique" entamée : "Décidément, il était difficile d’oublier Voltaire (il était coriace, le bougre)"(59). La solution ultime pour lui, c’est d’opter pour un entre-deux langagier où les langues arabe et française coexistent : "Non, il ne faut pas renier Voltaire, ni Rousseau, ni Diderot... mais je les prends avec Ibn Rochd et les autres... Ibn Tofail, précurseur de Spinoza, qui le lisait avec ferveur"(60).

Conclusion :

En guise de conclusion, il va sans dire que les interrogations auxquelles nous nous sommes évertués de répondre méritent une réflexion plus poussée que l’espace modeste de cet article ne saurait contenir. Alors, nous nous sommes contenté d’y répondre à la lumière de notre lecture de "Méfiez-vous des parachutistes" et "Les tribulations du dernier Sijilmassi".

Notre analyse a montré que l’histoire tramée dans "Méfiez-vous des parachutistes" met l’accent sur le style de vie, le véhicule linguistique, le mode d’habitation, le choix vestimentaire, les habitudes gastronomiques en tant que composantes identitaires susceptibles d’être l’objet d’une résistance de la part des membres de la société d’origine du sujet porteur de deux cultures (ou plus). Autrement dit, ils sont des écrans à travers lesquels on aperçoit la marque de l’Autre comme une menace. Nous avons également mis en vedette le malaise identitaire que provoquent ces écrans.

En traitant de ce malaise par le biais de la fiction, Fouad Laroui n’a pas manqué de mettre en texte des stratégies qui font face aux différentes atteintes identitaires comme l’intimidation, la justification et la soumission(61). Rappelons-le, "Méfiez-vous des parachutistes" prend fin sur la dernière stratégie : Machin n’a-t-il pas accepté de vivre avec Bouazza ?

Les tenants et aboutissants du projet d’Adam attestent de l’impossibilité pour l’être hybride de se défaire définitivement de l’empreinte de l’Autre, une empreinte qui, dans le cas d’Adam, consiste en le culte de la vitesse qu’il associe à l’Occident et son corollaire la langue française. Nous l’avons vu, cette dernière se colle au dernier Sijilmassi malgré ses tentatives de s’en débarrasser, ce qui n’est qu’une illustration parmi d’autres : le gastronomique, le vestimentaire, les cérémonials, etc. pourraient également occuper la même place.

A l’issue de l’examen de "Les tribulations du dernier Sijilmassi", nous pouvons dire que l’être hybride, pour ne pas subir les affres d’une identité frustrée, est appelé à assumer pleinement sa construction identitaire spécifique qui consiste à être à cheval entre deux ou plusieurs cultures, et ce en se situant dans un espace culturel interstitiel. En cela, l’écriture de Fouad Laroui valorise toute tendance des êtres dont l’identité est complexe à "réaliser une alchimie des cultures"(62) au carrefour desquelles ils se trouvent.

Notes :
1 - Adama Coulibaly et Yao Louis Konan (dir.) : Les écritures migrantes. De l’exil à la migrance littéraire dans le roman francophone, L’Harmattan, coll. Espaces littéraires, Paris 2015, p. 52.
2 - Fouad Laroui : Méfiez-vous des parachutistes, Julliard, Paris 1999, p. 7.
3 - Dans l’entrée "Machin" du Dictionnaire de français Littré en ligne, nous lisons : "Terme très trivial employé pour désigner une personne, un objet dont on ne se rappelle pas le nom". http://littre.reverso.net/dictionnaire/francais
4 - Fouad Laroui : Méfiez-vous des parachutistes, p. 35.
5 - Louis Dumont : Essais sur l’individualisme. Une perspective anthropologique sur l’idéologie moderne, Ed. rev. et corr., Seuil, coll. Points Essais, Paris 1991, p. 38.
6 - Fouad Laroui : Méfiez-vous des parachutistes, p. 7.
7 - Mikhaïl Bakhtine : Esthétique et théorie du roman, Gallimard, coll. Tel, Paris 1978, p. 385.
8 - Maurice Simo Djom : L’hybridité dans le roman autobiographique francophone contemporain, Connaissances et Savoirs, Saint-Denis 2017, p. 289.
9 - Fouad Laroui : Méfiez-vous des parachutistes, p. 87.
10 - Maurice Simo Djom : op. cit., p. 51.
11 - Fouad Laroui : Méfiez-vous des parachutistes, p. 88.
12 - Ibid., p. 91.
13 - Ibid., p. 89.
14 - Ibid., p. 91.
15 - Maurice Simo Djom : op. cit., p. 149.
16 - Fouad Laroui : Méfiez-vous des parachutistes, p. 87.
17 - Alain Finkielkraut : L’identité malheureuse, Gallimard, Coll. Folio, Paris 2013, p. 87.
18 - Fouad Laroui : Méfiez-vous des parachutistes, p. 67.
19 - Ibid., p. 133.
20 - Ibid., p. 65.
21 - Ibid., p. 35.
22 - Aziza Awad : L’Immeuble parisien dans Pot-Bouille d’Emile Zola et dans Passage de Milan de Michel Butor : du chronotope au mythe, Edilivre, coll. Sciences Humaines/Politique Littérature, Paris 2011, p. 98.
23 - Fouad Laroui : Méfiez-vous des parachutistes, p. 72.
24 - Ibid., p. 135.
25 - L’union avec la nature fait défaut, puisque la scène se passe dans un immeuble. Ce manque est récupéré par le protagoniste à travers des rêveries : "Je ferme les yeux et je nous imagine tous deux sur la plage, la grâce de ta course vers l’eau". Fouad Laroui : Méfiez-vous des parachutistes, p. 138.
26 - Ibid., p. 169.
27 - Ibid.
28 - Ibid., p. 190.
29 - Faïza Guennoun et Taoufik el Bakali : "Le Clézio, passeur des mots et des sentiments dans Le livre des fuites", in Bahija Khadiri Yazami (coord.) : Des sentiments et des mots, F.L.S.H. Saïs-Fès, Fès 2017, p. 128.
30 - Fouad Laroui : Les tribulations du dernier Sijilmassi, Julliard, Paris 2014, pp. 40-42.
31 - Mikhaïl Bakhtine : op. cit., p. 389.
32 - La majorité des villes et des pays où se passent les événements sont des espaces familiers à Fouad Laroui. Azemmour est la ville de ses origines.
33 - Philippe Hamon : Texte et idéologie, P.U.F., coll. Quadrige, Paris 1984, p. 203.
34 - Fouad Laroui : Les tribulations du dernier Sijilmassi, p. 15.
35 - Ibid., p. 19.
36 - Ibid., p. 25.
37 - Ibid.
38 - Ibid., p. 22.
39 - Ibid., p. 9.
40 - Ibid., p. 70.
41 - Ibid., p. 108.
42 - Ibid., p. 106.
43 - Ibid., pp. 115-116.
44 - Ibid., p. 234.
45 - Ibid., pp. 11-12.
46 - Ibid., p. 157.
47 - Ibid., p. 296.
48 - Ibid., p. 208.
49 - Mikhaïl Bakhtine : op. cit., p. 374.
50 - Néologisme créé par l’écrivain pour désigner le retour permanent des incipit des œuvres lues en langue française chez Adam Sijilmassi.
51 - Fouad Laroui : Les tribulations du dernier Sijilmassi, pp. 159-160.
52 - Ibid., p.166.
53 - Ibid., p. 170.
54 - Ibid., p. 177.
55 - Ibid.
56 - Ibid., p. 205.
57 - Ibid., p. 295.
58 - Ibid., p. 178.
59 - Ibid., p. 309.
60 - Ibid.
61 - Pour plus de détails sur ces trois stratégies et bien aussi d’autres, voir Alex Mucchielli : L’identité, 8e éd. mise à jour, P.U.F., coll. Que sais-je ?, Paris 2011.
62 - Adama Coulibaly et Yao Louis Konan (dir.) : op. cit., p. 111.
Références :
1 - Awad, Aziza : L’Immeuble parisien dans Pot-Bouille d’Emile Zola et dans Passage de Milan de Michel Butor : du chronotope au mythe, Edilivre, coll. Sciences Humaines/Politique Littérature, Paris 2011.
2 - Bakhtine, Mikhaïl : Esthétique et théorie du roman, Gallimard, coll. Tel, Paris 1978.
3 - Coulibaly, Adama et Yao Louis Konan (dir.) : Les écritures migrantes. De l’exil à la migrance littéraire dans le roman francophone, L’Harmattan, coll. Espaces littéraires, Paris 2015.
4 - Djom, Maurice Simo : L’hybridité dans le roman autobiographique francophone contemporain, Connaissances et Savoirs, Saint-Denis 2017.
5 - Dumont, Louis : Essais sur l’individualisme. Une perspective anthropologique sur l’idéologie moderne, Ed. rev. et corr., Seuil, coll. Points Essais, Paris 1991.
6 - Finkielkraut, Alain : L’identité malheureuse, Gallimard, Coll. Folio, Paris 2013.
7 - Guennoun, Faïza et Taoufik el Bakali : "Le Clézio, passeur des mots et des sentiments dans Le livre des fuites", in Bahija Khadiri Yazami (coord.) : Des sentiments et des mots, F.L.S.H. Saïs-Fès, Fès 2017.
8 - Hamon, Philippe : Texte et idéologie, P.U.F., coll. Quadrige, Paris 1984.
9 - Laroui, Fouad : Les tribulations du dernier Sijilmassi, Julliard, Paris 2014.
10 - Laroui, Fouad : Méfiez-vous des parachutistes, Julliard, Paris 1999.
11 - Mucchielli, Alex : L’identité, 8e éd. mise à jour, P.U.F., coll. Que sais-je ?, Paris 2011.
Pour citer l'article :

* Dr Ahmed Bouftouh : Le personnage hybride dans les romans de Fouad Laroui, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 21, 2021. http://annales.univ-mosta.dz

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